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Région Occitanie
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Agri - Agro
| 21/11/2023

Dominique Granier (Safer Occitanie) : « En 2023, les transactions sont en baisse de 25 % »

© Mickaël Deneux

Dans un entretien accordé à La Lettre M, le président de la Safer Occitanie évoque les enjeux de l’organisme régulateur du foncier agricole régional. Face à une crise protéiforme, il prône le maintien de « ceintures vertes » dans les zones périurbaines avant d’aborder l’évolution de l’offre et de la demande.

Comment se porte la Safer Occitanie ? 
La Safer est souvent critiquée, mais toujours confortée. Grâce à cet outil, nous avons en France le foncier le moins cher d’Europe. Il reste cependant encore trop onéreux par rapport à son rendement. En Occitanie, la Safer représente 40 % du marché rural. Notre structure régionale a été l’une des premières au niveau national à s’ouvrir à d’autres secteurs. Elle n’est donc plus un outil « agrico-agricole ». C’est un peu le « parlement du foncier ». Au sein de son conseil d’administration siègent le monde agricole, via les chambres d’agriculture, les syndicats, les collectivités, mais aussi les banques, les assurances et tout un ensemble d’acteurs. Je travaille avec tout le monde. Entre les Hautes-Pyrénées et l’Aude, les spécificités territoriales sont toutefois différentes. Nous essayons d’harmoniser, sans mélanger les problématiques propres à celles d’un éleveur ariégeois ou d’un viticulteur gardois. 

Les défis ne manquent pas actuellement. Quels sont-ils ?
Je n’ai jamais été autant sollicité que maintenant : il faut du foncier pour réaliser des retenues collinaires, des routes, des aéroports ou des zones d’activités. Et pour cela, il faut zéro artificialisation. Notre spécificité est de protéger la terre nourricière. Elle doit accueillir n’importe quelle graine avec une source d’eau à proximité.

Comment anticipez-vous la fin d’activité des exploitants et la raréfaction de possibles repreneurs ?
Il faut redonner le gout de travailler la terre, mais pour cela il faut que ce labeur soit rémunérateur. On maintiendra des hommes et des femmes dans le territoire à la seule condition d’acheter le produit au bon prix. Actuellement, les agriculteurs ne gagnent pas leur vie, donc ils s’en vont. Sans compter la crise de l’eau, du vin... Il faut revenir à une intelligence pragmatique. 70 % de la consommation passe par les grandes surfaces. Je ne me voile pas la face. Nous sommes les champions du monde de la grande distribution, mais nous leur avons laissé trop de place. 

Pouvez-vous dresser un premier bilan des cessions pour l’exercice 2023 ?
Il y a eu une baisse de 25 % des transactions cette année, d’où la nécessité de revoir le système. On revient toujours à la même chose. Il faut redonner la passion aux gens. On l’a vu pendant la crise sanitaire. Il faut revenir à l’essentiel : la nourriture. En 2024, nous allons mettre le paquet sur le portage. En espérant que la crise financière n’impacte pas trop le marché de l’alimentation. 

Comment voyez-vous évoluer l’offre et la demande ?
Demain, l’exploitant ne sera pas forcément propriétaire du foncier. C’est une révolution dans la paysannerie. C’est l’évolution que je vois. D’où la nécessité de porter le foncier, par différents outils : la foncière régionale soutenue par Carole Delga ou les associations Terre de Liens, Terra Hominis, FEVE... Il faut avoir le courage politique d’imposer une ceinture verte autour des villes de manière à ce que nos aliments n’aient pas à transiter sur 500 km avant d’arriver dans nos assiettes. Gardons nos terres pour les mettre à disposition des agriculteurs. Et non pour vendre une parcelle 500 k€ afin d’y installer une maison alors qu’elle n’en vaut pas plus de 10 k€. Je suis contre la spéculation et vis très mal la pression foncière actuelle. 

Propos recueillis par Mickaël Deneux / deneux@lalettrem.net
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