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Transports - Logistique
| 25/05/2023

Depuis Toulouse, Air France lance un appel en faveur des carburants durables

© Air France

En déplacement à Toulouse le 25 mai, Vincent Etchebehere, directeur du développement durable et des nouvelles mobilités d'Air France, en appelle à la structuration et au développement d'une filière de production de Saf (carburants durables d'aviation) en France. « En vue de la décarbonation du secteur aérien, ce sera un levier décisif, insiste-t-il. Car en moyenne, sur l'ensemble de leur cycle d'utilisation, les Saf permettent de réduire de 80 % des émissions de CO2 par rapport au kérosène. » Et d'évoquer les deux autres leviers qui, de son point de vue, permettront au secteur de l'aviation de se décarboner : le renouvellement de la flotte d'avions et les « mesures opérationnelles », en particulier l'éco-pilotage des appareils.

« Le renouvellement de la flotte est un levier majeur, dans la mesure où les avions de nouvelle génération émettent 25 % de CO2 en moins que les précédents, explique Vincent EtchebehereC'est la raison pour laquelle notre groupe investit 1 Md€ par an dans ce renouvellement, afin qu'en 2030, les nouveaux avions constituent 70 % de notre parc. Dans ce cadre, nous avons commandé à Airbus 60 A220 et 41 A350. »

Développer une filière en France
​Mais les Saf (sustainable aviation fuel) constituent pour Air France-KLM une priorité. « Nos émissions de CO2 sont très majoritairement liées aux long-courriers, argumente le directeur du développement durable et des nouvelles mobilités. Par conséquent, même si nous soutenons les initiatives liées aux avions électriques et hydrogène, elles ne nous concernent pas directement. Nous devons miser sur les Saf, qu'il s'agisse de biocarburants produits à partir de biomasse, comme l'huile de cuisson usagée – mais se pose ici la question de la ressource – ou, dans un second temps, des carburants synthétiques qui prendront le relais. » Pour cela, le groupe entend « envoyer des signaux clairs afin que la filière se développe au plus vite en France. » Avec un défi de taille à relever : le prix de ces carburants alternatifs, aujourd'hui encore beaucoup plus élevé que celui du kérosène classique. « Il faut les bons volumes et les bons prix », résume Vincent Etchebehere.

Vers 10 % de Saf en 2030
En 2022, à l'échelle mondiale, le groupe Air France-KLM a incorporé 0,4 % de Saf dans ses vols. « Nous devrions atteindre 1 % cette année et visons le cap des 10 % à l'horizon 2030, dont un tiers est d'ores et déjà sécurisé au travers des contrats d'approvisionnement signés avec Neste (un million de tonnes), DG Fuels (600 000 tonnes), mais aussi le protocole d'accord signé avec TotalEnergies (800 000 tonnes) », précise Vincent Etchebehere. Cette démarche s'inscrit dans la volonté stratégique du groupe de réduire de 30 % ses émissions de CO2 par passager/km en 2030 par rapport à 2019. « Parler de décarbonation ici, à Toulouse, fait sens, estime le directeur du développement durable et des nouvelles mobilités. Aujourd'hui, tout l'écosystème, l'ensemble de la chaîne de valeur du transport aérien converge non seulement sur les objectifs, mais aussi sur les leviers prioritaires à activer. Nous avons devant nous un énorme défi, mais ce n'est pas une option ; c'est un impératif. »

Les clients entreprises sollicités
Dans ce contexte, Air France, dont le site de la Barigoude, à Toulouse, accueille plus de 600 collaborateurs, entend multiplier la signature de "contrats Saf" avec les acteurs économiques, à l'image de celui acté avec le groupe aéronautique toulousain Latécoère. « En investissant dans les Saf, nous proposons à nos clients de décarboner les déplacements professionnels de leurs salariés, et ainsi, d'enrichir leur bilan RSE », indique Vincent Etchebehere, qui estime que ce genre d'initiative, qui concerne déjà une dizaine d'acteurs à l'échelle française, pourrait permettre de générer « un choc de la demande ».

Et le train ?
Interrogé par La Lettre M sur les déclarations du ministre des Transports Clément Beaune, qui estime le 25 mai sur les ondes de France Info que le secteur aérien doit contribuer « davantage au financement du train », Vincent Etchebehere apporte une double réponse. « Tout d'abord, nous sommes convaincus que le développement du ferroviaire est une solution pertinente pour décarboner les transports en France, indique-t-il. Mais la vraie question est la suivante : est-il juste que le secteur aérien soit mis à contribution pour payer cela ? Nous pensons que non. Nous estimons en effet que la décarbonation de l'aérien va coûter tellement cher que le secteur va avoir besoin de tous ses moyens pour la réussir. »

Alexandre Léoty / leoty@lalettrem.net
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