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Energies
| 22/05/2026

De la méthanisation à l'usage : sur le chemin du gaz vert en Occitanie

Le rebours de Teréga, à Boussens (31)
© Laurie Correia

En Haute-Garonne, l’unité de méthanisation Méthaboul, exploitée par 11 fermes agricoles à Blajan, produit depuis 2025 du biométhane injecté dans le réseau GRDF. Alimenté par 26 000 tonnes de déchets d’élevage par an, le site génère 20 GWh de gaz vert, l’équivalent de la consommation de 5 000 logements. Soutenu par l’Ademe et la Région, ce projet à 10 M€ illustre l’essor de la méthanisation agricole en Occitanie, où 32 sites injectent déjà du biométhane. Le gaz est ensuite acheminé via le rebours de Teréga à Boussens vers le réseau national. À Toulouse, CDC Habitat prépare déjà l’intégration future de ce gaz vert dans ses logements collectifs en misant sur des solutions énergétiques décarbonées. Reportage.

Une légère odeur de fumier flotte dans l’air sous le ciel bleu de Blajan, au milieu des collines de la Haute-Garonne. Sur 2,2 hectares, l’unité de méthanisation Méthaboul tourne depuis un an. Ici commence le parcours du gaz vert en Occitanie : des déchets agricoles transformés en biométhane, injectés dans le réseau puis destinés à être consommés dans des logements ou des transports.  « L’idée de départ, c’est de préserver les modèles existants dans nos fermes », explique Bertrand Loup, exploitant agricole et porteur du projet. En 2015, face à la fragilité de la filière laitière, il imagine une unité collective de méthanisation. « Le projet n’a pas eu beaucoup de succès, admet-il. Il a fallu faire évoluer les mentalités autour du collectif. » Le projet prend finalement forme en 2019. Deux ans et demi sont nécessaires pour obtenir la validation du rebours et le raccordement au réseau d’Aurignac. Les travaux démarrent en février 2024 pour une mise en service en mai 2025.
Aujourd’hui, 11 exploitations agricoles détiennent l’intégralité du capital du site. Montant de l’investissement : 10 M€, financé à 12 % par des subventions de l’Ademe et de la Région. Chaque exploitation a également apporté 25 k€, complétés par un fonds participatif. « Construire une grosse unité nous permet de continuer à vivre sur des petites fermes et à ne pas céder à l’agrandissement forcé de nos exploitations », insiste Bertrand Loup.

© Laurie Correia

26 000 tonnes de déchets valorisées chaque année
Méthaboul valorise 26 000 tonnes de déchets d’élevage par an. Le site produit 20 GWh de biométhane injectés dans le réseau, l’équivalent de la consommation annuelle de 5 000 logements. Selon les exploitants, cela permet aussi d’éviter 3 500 tonnes de CO2 par an. Les 23 000 tonnes de digestat – les résidus « digérés » issus de la méthanisation – permettent par ailleurs d’éviter « 60 % des engrais chimiques », revendique Bertrand Loup, en attrapant une poignée de cet « engrais vert » qui a l’avantage de ne dégager aucune odeur. Les exploitants assurent également avoir réduit de 40 % leurs trajets annuels grâce à l’optimisation logistique.
Dans le site, deux digesteurs et un post-digesteur transforment les matières organiques en gaz. Celui-ci passe ensuite dans un épurateur avant injection dans le réseau de GRDF. « Le CO2 rejeté est un CObiogénique, recapté par les plantes », souligne l’agriculteur, par ailleurs vice-président de la Chambre d’agriculture de la Haute-Garonne. Le biométhane produit est vendu à Engie via un contrat garanti sur quinze ans. L’objectif économique affiché est clair : « Gagner entre 1 000 et 2 000 € nets par ferme et par mois. Nous sommes en passe de les atteindre plus tôt que prévu », assure Bertrand Loup. Pour Cédric Avanzini, délégué gaz vert GRDF Sud-Ouest, le défi est ensuite d’intégrer ce gaz local dans le système énergétique : « Il faut garantir la qualité de ce gaz avant qu’il soit mélangé à un autre gaz. » Une fois contrôlé, le biométhane est injecté sur 23 kilomètres de réseau pour alimenter localement le territoire. Le surplus est ensuite envoyé vers le rebours de Teréga, à Boussens.

© Laurie Correia

À l’entrée de cette commune du Comminges, le poste de rebours apparaît au bord d’un rond-point. Cette infrastructure permet désormais de faire remonter le biométhane produit localement vers le réseau de transport national, où il peut être redirigé vers d’autres zones de consommation ou stocké. « Historiquement, le gaz arrive des frontières. Aujourd’hui, les points de production se développent dans les territoires », explique Gilles Doyhamboure, directeur Commerce et régulation du système gaz de Teréga (64), opérateur de transport et de stockage dans le Grand Sud-Ouest. Le chantier de Boussens a représenté un investissement de 3 M€. Mis en service début 2025 après six mois de travaux, le site pourrait évoluer, « avec une phase 2 prévue dans un ou deux ans pour l’installation d’un compresseur supplémentaire », poursuit le spécialiste. En 2027, des unités devraient être mises en service à Lestelle-de-Saint-Martory et à Cazères, deux projets situés à moins de 10 km de Boussens.

© Laurie Correia

82 sites de méthanisation en développement
Le développement de ces infrastructures accompagne l’essor rapide de la méthanisation. Selon GRDF, la France compte aujourd’hui 830 sites injectant du biométhane, dont environ 700 raccordés au réseau GRDF. En Occitanie, 32 sites injectent déjà du gaz vert en 2026 et 82 projets sont en développement. « L’essentiel de la méthanisation est agricole, soit 85 % des projets. L’Occitanie a donc un fort potentiel », souligne Cédric Avanzini. L’objectif régional est d’atteindre 2 TWh de gaz vert injectés d’ici à 2028, puis 4 TWh en 2030.
Chez GRDF, cette stratégie repose sur trois piliers, rappelle Florence Mourey, directrice Clients territoires GRDF Sud-Ouest : « Verdir le gaz avec un objectif de 100 % gaz vert en 2050, décarboner nos propres activités et accompagner les territoires dans leurs solutions énergétiques. » Le distributeur exploite 207 000 km de réseau en France, dont 19 274 km en Occitanie. Chaque année, plus de 900 M€ sont investis dans les infrastructures, dont 50 M€ dans la région.
Dernière étape du parcours : Toulouse, au cœur de la ZAC de Saint-Martin-du-Touch. Livrée début 2024 par le groupe CDC Habitat, la résidence Au loin illustre la trajectoire visée vers le gaz vert, sans encore y recourir aujourd’hui. Les deux bâtiments de 43 logements sociaux sont équipés d’une chaufferie collective bois, complétée par du gaz conventionnel en appoint lors des pics de froid. L’opération, qui a représenté 7,5 M€ d’investissement, dont 500 k€ pour la chaufferie, s’inscrit dans la stratégie de décarbonation du bailleur : béton bas carbone, énergies locales et objectif de sortie progressive du gaz fossile. « Le prix du gaz vert reste aujourd’hui un frein, mais avec cette installation, nous voulons préparer son intégration à terme », explique Hamdani Dib.

© Laurie Correia

Laurie Correia / correia@lalettrem.net
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