Bertrand Serp : « Faire de Zefil un catalyseur d'attractivité, de souveraineté et d'innovation »
Élu à la présidence de la SPL Zefil lors du conseil d'administration du 19 mai, Bertrand Serp veut accélérer le développement du réseau d'infrastructures numériques de Toulouse Métropole. Dans un entretien exclusif accordé à La Lettre M, il détaille les grands chantiers qui doivent structurer les prochaines années : déploiement de la 5G souveraine, accompagnement des entreprises face aux enjeux de cybersécurité, réflexion sur l'accueil de nouvelles infrastructures numériques et poursuite des innovations au service du territoire. « Mon ambition est de faire de Zefil un catalyseur d'attractivité, de souveraineté et d'innovation pour notre territoire », résume son président, également conseiller métropolitain.
Vous venez d'être élu à la présidence de Zefil. Quelle est votre feuille de route ?
Mon ambition est de faire de Zefil un catalyseur d'attractivité, de souveraineté et d'innovation pour notre territoire. L'attractivité, d'abord. Zefil est un opérateur d'opérateurs et le premier réseau d’initiative publique (RIP) métropolitain de France. Nous mettons notre réseau de fibre optique à la disposition des opérateurs télécoms, qui proposent ensuite leurs services aux entreprises et aux acteurs publics du territoire. Ce réseau, créé il y a une vingtaine d'années, regroupe aujourd'hui 32 communes adhérentes, bientôt rejointes par les cinq dernières communes de Toulouse Métropole. C’est un véritable facteur d'attractivité pour les collectivités, mais aussi pour les entreprises qui ont besoin d'une connectivité de très haute qualité et qui bénéficient d'un service premium. Zefil a notamment raccordé les 211 écoles de la Ville de Toulouse à son réseau fibre et 53 collèges de la métropole. Nous avons aussi démontré notre savoir-faire avec le déploiement réussi de la 4G dans le métro, en partenariat avec Orange.
Pourquoi placez-vous la souveraineté au cœur de votre projet ?
Parce qu'elle est devenue un enjeu majeur pour les collectivités comme pour les entreprises. Les questions de cybersécurité et de cybercriminalité prennent une importance considérable. C'est dans cette logique que Zefil a développé une expérimentation de 5G souveraine dans le territoire de Toulouse Métropole. Cette infrastructure est complémentaire des réseaux des opérateurs traditionnels et s'est révélée particulièrement utile lors de la Coupe du monde de rugby. Ce projet est né d'un appel à projets européen et nous souhaitons désormais en généraliser les usages à l'échelle de la métropole grâce au réseau de Zefil. À terme, cette solution pourra également bénéficier aux entreprises. Un appel d'offres est en cours et nous prévoyons d'être opérateurs de ce réseau début 2027. Toulouse Métropole réfléchit également à l’implantation de data centers, notamment autour de projets liés à l’IA. Il ne s'agit pas d'en accueillir à tout prix, mais de répondre aux besoins des entreprises. Zefil entend contribuer à cette réflexion aux côtés de Toulouse Métropole.
L'innovation constitue le troisième pilier de votre projet. Comment cela se traduira-t-il ?
Notre objectif est d'accompagner les innovations de demain et de proposer de nouveaux services aux collectivités membres comme aux entreprises. La couverture 5G de la future ligne C du métro illustre cette dynamique, mais n'est qu'une étape. Nous préparons déjà les évolutions futures, notamment autour de la 6G. De nouvelles expérimentations seront conduites et Zefil entend jouer un rôle central dans le déploiement de ces innovations.
Toulouse apparaît comme un territoire pionnier dans les infrastructures numériques. Est-ce un avantage concurrentiel ?
Oui. Il existe relativement peu de réseaux d'infrastructures publiques de cette nature en France. La décision de créer celui de Toulouse il y a une vingtaine d'années était particulièrement visionnaire. Aujourd'hui, chacun mesure son utilité. Notre ambition est de conserver cette avance. Nous sommes régulièrement observés par d'autres territoires, notamment sur le sujet de la 5G souveraine. Les entreprises sont par ailleurs confrontées à des enjeux croissants de sécurité numérique. Notre rôle est de leur proposer des solutions simples, pragmatiques, innovantes et souveraines afin qu'elles puissent développer leur activité dans les meilleures conditions.
Quels projets auront le plus d'impact pour le territoire dans les prochaines années ?
Pour les collectivités, le développement de la vidéoprotection constitue un sujet majeur, car les besoins continuent de croître. Zefil assure toute l'infrastructure de fibre qui permet le fonctionnement des caméras de vidéoprotection. Depuis 2017, près de 500 caméras ont été raccordées à notre réseau. Une trentaine de nouveaux raccordements sont encore prévus d'ici à la fin de l'année. Pour les entreprises, l'enjeu principal est celui de la cybersécurité. À travers des infrastructures souveraines et des solutions innovantes, nous pouvons les aider à mieux se protéger. Le risque zéro n'existe pas, mais un acteur comme Zefil apporte une garantie supplémentaire grâce à sa logique de service public et à sa connaissance du territoire. Nous contribuons ainsi directement à l'attractivité de la métropole.
Quels indicateurs vous permettront de considérer votre mandat comme une réussite ?
Le raccordement des écoles et des collèges restera un indicateur important, puisque c'est un chantier que j'avais déjà engagé lors de mon précédent mandat (de 2014 à 2018, NDLR). Mais le véritable marqueur sera la capacité de Zefil à proposer de nouveaux services aux entreprises toulousaines, notamment autour de la 5G souveraine ou des futurs data centers. Si nous parvenons à faire de Toulouse une métropole reconnue pour une implantation raisonnée de ces infrastructures numériques, nous aurons atteint notre objectif. Nous avons déjà démontré notre capacité à être précurseurs. Strasbourg s'inspire aujourd'hui de nos travaux sur la 5G. Le port du Havre nous a sollicités pour développer son propre réseau, tout comme Dunkerque. Lors du déploiement de la 4G dans le métro toulousain, Lille et Lyon étaient venues étudier notre modèle, alors même que Paris n'avait pas encore franchi cette étape. Cela démontre que Zefil a souvent joué un rôle de précurseur, et nous entendons conserver cette avance.











