Antoine Bréchignac (Suez) « L’eau a de la ressource en Occitanie »
Directeur régional de Suez Eau depuis 2019, Antoine Bréchignac évoque en exclusivité pour La Lettre M les projets du groupe qui vient de décrocher plusieurs appels d’offre majeurs liés à l'eau et à l'assainissement en Occitanie. Entretien.
Que représente le dispositif de Suez en Occitanie ?
Le groupe emploie 1 700 salariés, dont 650 dédiés à l'activité « eau », pour un chiffre d’affaires de 180 M€ l’an dernier. Suez est présent dans les départements des Hautes-Pyrénées, de la Haute-Garonne, de l’Aude, de l’Aveyron, du Gard et de l’Hérault. Nous sommes également implantés dans les Pyrénées-Orientales en tant qu’opérateur des stations de montagne.
Quel bilan tirez-vous de l’exercice 2025 ?
Je me félicite tout d’abord de la série d’appels d’offres remportés ces dernières semaines auprès de plusieurs collectivités dans les domaines de l’eau et de l’assainissement : Terre de Camargue dans le Gard, Sète Agglopôle Méditerranée, Hérault Méditerranée, Béziers Méditerranée et Montpellier Méditerranée Métropole (uniquement pour l’assainissement, NDLR) dans l’Hérault. De fait, Suez est un acteur de référence, notamment le long du littoral languedocien, du Grau-du-Roi (30), à Agde (34). Cela vient conforter nos positions, plus particulièrement dans l’Hérault où nos activités couvrent 40 % des usagers en assainissement du département.
Comment qualifieriez-vous ces nouvelles concessions ?
Les propositions faites aux collectivités dans le cadre de ces appels d’offres ont un point commun. Celui de faire de la gestion un élément essentiel de la résilience de ces territoires. Il s’agit tout d’abord de sécuriser l’accès à la ressource, tant en termes de qualité que de quantité. L’eau doit par ailleurs devenir une nouvelle ressource et un levier pour la production d’énergie. Dernier engagement pris par le groupe dans le cadre de ces nouveaux marchés, la protection des milieux naturels, et donc de la qualité de vie des habitants.
Comment cela va-t-il se traduire ?
En matière de sécurisation de la ressource, nous travaillons sur les réseaux et la réutilisation des eaux après traitement (Reut, NDLR). Concernant les réseaux de distribution, il s’agit de réduire les taux de perte avec le recours aux nouvelles technologies. Exemple au niveau de la détection des fuites avec la généralisation de l’installation de capteurs connectés. L’analyse des données est désormais réalisée grâce à l’intelligence artificielle. Plus largement, dans le cadre de ces nouveaux contrats de service public nous nous engageons éviter de prélever 4,5 millions de m3 à terme en réalisant 600 000 m3 d’économies d’eau par an. Nous ciblons un niveau de rendement très élevé des réseaux autour de 90 % sur ces contrats, un niveau déjà atteint dans plusieurs territoires sur lesquels nous opérons en Occitanie.
Qu’en est-il de la réutilisation des eaux usées ?
Dans ce registre, nous prévoyons de réaliser 1 million de m3 d’économies supplémentaires. La réutilisation va notamment permettre d’irriguer des vignes à Sérignan dans l’Hérault. Autre exemple à Agde. Mis en œuvre en 2019, l’arrosage du golf grâce aux eaux usées traitées va être étendu à l’ensemble des équipements sportifs de la ville, au nettoyage des voiries et aux besoins des services d’incendie et de secours. Il est par ailleurs prévu de réaliser les opérations de carénage des bateaux du port de plaisance grâce à leur réutilisation. Toujours dans l’Hérault, les eaux usées traités de la station d’épuration de Sète vont servir à alimenter, dès la fin de 2026 l’usine, de production de bio-carburants Saipol, soit 300 000 m3 par an. Plus largement, notre objectif est de développer les usages de ces eaux usées.
Vous évoquiez des projets de production énergétique. Quels sont-ils ?
Nous allons investir 15 M€ dans la création d’une unité de biométhane au sein de la station d’épuration d’Agde, à l’image des installations déjà opérationnelles à Sète et Carcassonne (11). Les travaux seront lancés en fin d’année pour une mise en service prévue fin 2027, début 2028. A partir de 2029, les 3,6 GWh produits chaque année seront injectés au réseau GRDF. En franchissant ce cap, nous anticipons l’évolution réglementaire relative à la production énergétique grâce aux boues issues de l’épuration dont l’entrée en vigueur est prévue au mitan de la prochaine décennie.
Le dernier volet de vos actions concerne la protection des milieux naturels. De quelle façon ?
Dans le cadre du marché d’assainissement d’une durée de sept ans que nous a confié la Métropole de Montpellier pour 17 communes du territoire, nous assurons un service exigeant destiné à préserver l’étang de l’Or notamment. Nous développons par ailleurs un process innovant au Grau-du-Roi pour le compte de l’intercommunalité gardoise Terre de Camargue. Il s’agit dans ce cas de protéger l’écosystème aquatique en aval de la station d’épuration de la ville en luttant contre l’eutrophisation et le développement d’algues qui limitent la biodiversité. Nous allons travailler avec nos chercheurs en biologie experts en épuration sur la renaturation de la lagune en misant sur la plantation de nouvelles espèces végétales adaptées à ce type d’environnement. Nous allons investir 1,5 M€ dans un démonstrateur. Si le test d’une durée de trois ans est concluant, ce process sera étendu à sept autres lagunes.
Enfin quelles sont vos perspectives plus globales pour 2026 ?
Ce sera un exercice de consolidation et de transition dans un contexte de nouvelle donne liée aux prochaines élections municipales. Au-delà, les collectivités sont de plus en plus sensibles selon moi aux défis relevant de la gestion de la ressource en eau, considérée comme une source de développement des territoires. L'eau a de la ressource en Occitanie.











