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Haute-Garonne
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Conjoncture
| 10/06/2026

« Un sujet économique majeur » : à l'IoT Valley, la reprise d'entreprise alimente les débats

© Laurie Correia

À l’occasion de l’événement Focus Sens 2026, organisé le 2 juin à Labège (31) par l’IoT Valley, une table ronde réunit Julien Murzy, président de Captain, société d’accompagnement des cédants et repreneurs de TPE et PME, et Éric Bonnet, directeur général de Minuit Pile, groupe de conseil en stratégie d’entreprise. Alors que 500 000 sociétés devraient être à transmettre à horizon 2030 en France selon le plan France Reprise, les deux experts analysent un marché en profonde transformation marqué par le vieillissement des dirigeants, la montée des transmissions hors cadre familial et les enjeux économiques liés au repreneuriat. Extraits choisis par La Lettre M.

La grande transmission des entreprises
Julien Murzy : « Nous sommes au moment de la grande transmission des entreprises. Une part importante des dirigeants arrive à un âge où la question du départ à la retraite se pose. Ce sont souvent des entreprises qui ont eu le temps de se structurer, de se développer et de générer du cash. L’enjeu aujourd’hui, c’est de trouver des repreneurs capables de poursuivre cette histoire, mais aussi d’innover. »
Éric Bonnet : « Plus de trois millions d’emplois sont concernés par ces transmissions. Pendant longtemps, la succession familiale était la norme, mais aujourd’hui, dans un cas sur deux, elle n’est plus envisagée. Cela change complètement le paysage. On voit émerger de nouveaux profils de repreneurs, y compris des salariés. Le repreneuriat devient un sujet économique majeur. »

Reprendre plutôt que créer 
J.M. : « On a beaucoup mis en avant la création d’entreprise ces dernières années, mais pas assez la reprise. Pourtant, reprendre une société, c’est partir d’une base existante : une clientèle, une équipe, des savoir-faire. La ressource la plus précieuse, c’est le temps. On évite des années d’erreurs et on bénéficie d’une structure déjà opérationnelle. Les chiffres sont parlants : 75 % des entreprises reprises sont encore en activité après cinq ans, contre environ 50 % des entreprises créées. »
É.B. : « Lorsqu’on reprend une entreprise, on rachète dix ans d’erreurs. On hérite d’une histoire, de ses forces mais aussi de ses angles morts, parfois de sujets non réglés ou de projets inachevés. Le vrai travail, c’est de comprendre cette réalité avant de vouloir la transformer. »

Des freins à la reprise
J.M. : « Beaucoup de candidats à la reprise s’autocensurent. Ils pensent qu’il faut énormément de capital pour acheter une entreprise, alors que des solutions existent. Les dispositifs d’accompagnement sont proches de ceux de la création d’entreprise. Le prix peut sembler élevé, mais il ne doit pas être un frein absolu. »
É.B. : « Il y a aussi un problème de visibilité. Les données sur les transmissions de TPE et PME sont encore peu accessibles. Cela contribue à entretenir une forme de flou autour du marché de la reprise. »

Innovation vs entreprise traditionnelle
J.M. : « Il ne faut pas opposer reprise et innovation. Au contraire, les entreprises traditionnelles offrent un terrain formidable pour intégrer des technologies comme l’IA ou le numérique. C’est là que se trouve une grande partie du potentiel de croissance. »
É.B. : « Les technologies actuelles permettent de transformer profondément des secteurs comme le BTP, les services ou l’hôtellerie-restauration. L’IA et l’automatisation ouvrent des perspectives considérables dans des activités très concrètes. »

La dimension psychologique
J.M. : « Vendre son entreprise est l’un des actes les plus importants dans la vie d’un dirigeant. Cela demande d’être à l’écoute, de comprendre ses attentes et de l’accompagner dans ce moment de bascule. Une reprise est aussi un choc pour les équipes, avec des départs possibles après le changement de propriétaire, ce qui montre à quel point la dimension humaine est centrale. »
É.B. : « Le feeling entre le cédant et le repreneur est souvent déterminant dans une transmission, car la dimension psychologique est omniprésente. Lorsqu’on reprend une entreprise, il faut aussi accepter une phase d’observation : ne rien changer immédiatement, prendre le pouls des équipes et comprendre l’organisation avant d’agir. »

Laurie Correia / correia@lalettrem.net
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