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Région Occitanie
| | 10/06/2026

Transition écologique, innovation, gestion des RH... : les nouveaux enjeux de croissance des entreprises régionales

© François Werth

Eternity Systems, Greenkub, Medincell, Mint Énergie et Semco Technologies. Cinq dirigeants d'Occitanie ont partagé leurs expériences et leurs défis respectifs lors d’un débat organisé le 9 juin en live streaming par La Lettre M, avec le cabinet Deloitte, depuis les Studios PM, à Castelnau-le-Lez (34). Au cœur des échanges : conjoncture économique, transition environnementale, innovation et gestion des RH. Morceaux choisis.

Croissance et conjonture
« Comme nos clients particuliers et professionnels, nous subissons la hausse des prix de l’énergie, explique d’emblée Gaël Joly, directeur général du fournisseur alternatif montpelliérain d’énergie Mint Énergie en évoquant le contexte actuel pesant sur la croissance économique. Cette augmentation constitue cependant un levier pour développer une offre énergétique décarbonée. » Pour Christophe Douat, directeur général de la biotech héraultaise Medincell, spécialisée dans le développement de médicaments injectables, la conjoncture actuelle pèse moins sur son activité : « Nous sommes une entreprise atypique, avec des clients basés dans le monde entier, souligne le dirigeant. De fait, l’impact de ces difficultés est moindre même si les lourdeurs administratives françaises constituent un vrai boulet pour notre développement. » Autre exemple de ces freins à la croissance avec Alexandre Gioffredy, à la tête du fabricant héraultais de studios de jardin en bois Greenkub. « Nous intervenons sur les marchés de l’amélioration de l’habitat et de la maison individuelle, tous deux soumis à la hausse des taux, à la raréfaction du foncier et à la complexité administrative, résume-t-il. Autant de facteurs ayant un impact sur notre croissance. » 

L'heure des transitions
« Nous faisons du réemploi depuis une trentaine d’années, commente Gildas Bouilly, PDG du groupe perpignanais Eternity Systems, spécialiste du lavage industriel de contenants et d'emballages réemployables, au sujet des transitions environnementale et écologique. Et l’emballage réutilisable est plus rentable. Il faut une réalité économique pour rendre l’écologie plus rentable, même si les coûts restent élevés pour ce type d’activités. Au-delà, le cadre législatif joue le rôle de catalyseur pour accélérer ces transitions. Les dirigeants s’adaptent à cet environnement réglementaire… » Gaël Joly regrette le manque de stabilité dans ce domaine : « Nous avons besoin de règles et de prix stables, commente-t-il. Or, ces derniers sont marqués par trop de volatilité. » Responsable marketing et communication du groupe ECM, principal actionnaire de l’entreprise héraultaise Semco Technologie, spécialisée dans la conception et la fabrication de composants pour la production de semi-conducteurs, Florian Giraudet considère ces transitions comme un levier de développement : « Elles nécessitent en effet des semi-conducteurs de pointe utilisant notre technologie. Cela nous incite à alimenter le marché avec des solutions innovantes et plus efficientes pour accompagner ces évolutions. Cette adaptation fait partie de notre ADN. Plus largement, la décarbonation ouvre de nouveaux marchés. » 

Transformation RH
Autre thématique évoquée lors de ce débat : les nouveaux modes de gestion des ressources humaines. « Tous nos salariés sont actionnaires de façon significative, explique Christophe Douat, qui emploie 140 personnes, dont une majorité de médecins, pharmaciens et ingénieurs, issues de 30 nationalités différentes. Au-delà de leur fidélisation, il s’agit d’obtenir d’eux la meilleure performance. Parallèlement, nous prônons des valeurs sociétales très fortes en travaillant sur des problématiques de santé avec une dimension humanitaire… C’est fondamental. L’innovation ne peut être créée et ne peut se développer que dans un environnement favorable. » Même approche pour Gaël Joly : « La culture d’entreprise est aussi importante que les salaires, abonde-t-il. Nous recherchons des profils très spécialisés et nos concurrents sont internationaux. De fait, pour motiver ce type de candidats à venir travailler à Montpellier, donner du sens à ce que l’on fait dans le cadre d’une stratégie RSE est essentiel pour les attirer et les fidéliser. » Autre exemple avec Enternity Systems. À la tête de 1 500 salariés, son dirigeant explique avoir mis en place une marque employeur avec un impact environnemental.  « Nous inscrivons l’entreprise dans la famille en organisant des évènements accueillant les conjoints et les enfants de nos collaborateurs. L’objectif est de les fidéliser, notamment ceux basés aux États-Unis. Cela a eu un réel impact, en particulier après la crise sanitaire. Le réemploi est aussi au cœur de cette marque employeur en donnant du sens à notre activité », souligne Gildas Bouilly. « Les entretiens d’embauche se font d’égal à égal, commente Gaël Joly. Nous devons autant séduire et nous vendre que nos futurs salariés. Un impératif pour attirer certains profils très recherchés, à l’image des développeurs ou des conducteurs de travaux. Nous vendons réellement l’entreprise et nos postes à pourvoir dans les annonces que nous publions. »

Compétitivité et nouvelles technologies
« Grâce à l’IA utilisée dans l’automatisation des différentes étapes de production, nous avons gagné en temps et en productivité, constate Florian Giraudet. Et cela ne se fait pas au détriment de l’emploi. Certains postes ont évolué pour accompagner ce déploiement qui constitue un véritable levier de croissance. » Le représentant de Semco Technologie explique par ailleurs avoir mis en place un outil d’IA interne, de type ChatGPT : « Nous investissons massivement dans l’innovation. » Même approche chez Medincell : « Nous adorons l’IA, glisse Christophe Douat. Son utilisation est naturelle chez nos collaborateurs. Elle permet un gain de temps indéniable au niveau des tâches les plus répétitives. Et chacun de nos départements – recherche, marketing, juridique… - développe ses propres applications. Cela décuple notre imagination, et donc notre faculté d’innovation. » Pour le dirigeant de Greenkub, l’intelligence artificielle est aussi une réalité : « Nous l’utilisons dans notre processus commercial et dans nos études amont, confie Alexandre Gioffredy. L’objectif est de structurer des données issues de la relation client qui ne le sont pas. L’IA va nous permettre à terme de mieux contrôler les visites techniques de nos studios. » Grâce à cette technologie, Eternity Systems optimise également ses process de contrôle : « L’IA analyse le tri de bouteilles consignées en Allemagne avec un taux d’exactitude de 99,7 %, complète Gildas Bouilly. Nous développons également son usage en bureautique et investissons actuellement pour récupérer les données issues de nos machine afin de les analyser. » Enfin, du côté de Mint Énergie, Gaël Joly souligne l’importance de l’IA en vue de structurer les données et de les mettre au service de sa clientèle : « L’intelligence artificielle va nous permettre d’améliorer l’expérience client en renforçant nos services, notamment en adaptant nos conseils aux profils spécifiques de consommation pour répondre au mieux aux attentes de la clientèle. Nous structurons les données pour les mettre à son service. » 

David Danielzik / danielzik@lalettrem.net

Stéphanie Norvège (Deloitte) : « Sortir des modèles existants et les transformer »

« Nous devons sortir des modèles existants et les transformer », résume Stéphanie Norève, avocate associée chez Deloitte Société d’avocats, spécialisée en droit du travail et de la sécurité sociale, basée à Montpellier, lors de ce débat en évoquant les nouveaux défis des dirigeants. « Les organisations sont en mutation avec moins de verticalité, une responsabilisation des salariés plus importante. La quête de sens dans le travail est le maître mot de ces transformations », explique-t-elle. Après avoir évoqué la conjoncture actuelle, marquée « par une croissance molle et de fortes incertitudes économiques et politiques », des tensions sur les coûts et sur le marché du travail, Stéphanie Norève insiste sur la nécessité d’adapter la stratégie des entreprises à ce nouveau contexte, notamment en matière de gestion des ressources humaines : « Si une entreprise ne peut pas vivre sans client, elle ne peut pas se développer sans talents. L’un des principaux défis à relever consiste à faire évoluer les politiques RH. Il s’agit d’accompagner l’évolution des compétences et des métiers dans une logique de fidélisation des salariés et de performance. En la matière, la mise en avant des valeurs et de la culture d’une entreprise sont essentielles pour recruter durablement. »

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