Alex Larue fixe le cap de la future agence de développement et des transitons de la Métropole de Montpellier
Dans un entretien accordé à La Lettre M, Alex Larue, détaille la feuille de route de l’agence de développement et des transitons de l’aire urbaine de Montpellier qu’il préfigure. Validée lors du dernier conseil métropolitain, la création de cette nouvelle entité qui compte dix collectivités parmi ses membres fondateurs* doit se structurer dans le courant de l’été. Les acteurs du monde de l’entreprise devraient y être associés à cette échéance. Parmi les chantiers prioritaires : l’accompagnement des entreprises à la transition écologique et sociétale et le maintien des talents sur le territoire.
Quel est le calendrier de déploiement de l'agence ?
La Métropole de Montpellier vient de valider les statuts de l’association. Désormais les neufs autres membres fondateurs prennent aussi des délibérations pour signer les statuts. Une fois l’ensemble des signatures recueillies, celles-ci seront déposées en préfecture. Une assemblée constitutive aura lieu au plus tard au mois de juin avec les membres fondateurs. Ces derniers désigneront à ce moment-là le président de l’agence de développement et des transitions. La structuration opérationnelle et la feuille de route coconstruite feront partie des priorités à compter de cette assemblée. L’entité sera créée juridiquement dans le courant de l’été, pour être opérationnelle début septembre. Les premières actions et partenariats se multiplieront dès la fin de l’année 2023.
Pourquoi sa mise en place a été si longue ?
Nous avons voulu créer un véritable outil de coopération à l’échelle du bassin de vie, soit 200 communes et 35 000 entreprises. Nous allons travailler avec chaque intercommunalité sur des sujets de développement économique et de transition écologique. Cela nécessite du temps et plusieurs réunions préparatoires. Je me suis déplacé dans certaines collectivités trois ou quatre fois, par exemple. Il y a tout un travail de pédagogie et de relation de confiance à instaurer. C’est la première fois que toutes ces intercommunalités vont travailler au sein d'une structure commune sur des sujets économiques. Il a fallu un temps de concertation entre les différents membres. Il y a aussi eu un temps de détermination de la stratégie. Nous avons évolué sur ce point pour l’adapter aux contraintes actuelles.
Avec un positionnement accru sur la transition énergétique ?
Avec le conflit ukrainien, mais aussi les phénomènes climatiques qui s’amplifient, nous avons voulu réadapter la stratégie pour être au plus proche des problématiques des entreprises du territoire. Nous visons le temps long. Cette association a pour vocation d’être un acteur influent. Pour être ancré, il faut que la phase de gestation soit la plus efficace possible.
Avec quelles ambitions concrètes ?
Accompagner les entreprises et acteurs économiques sur les problématiques de transition. Qu’elles soient écologiques, liées aux problématiques climatiques, mais aussi sociétales. 85 % des entreprises de ce bassin de vie disposent de moins de 10 salariés et ont pour obligation de s’adapter au contexte. Elles n’ont pas forcément les moyens de le faire. Notre but va être de les accompagner en faisant le lien avec les bons acteurs. Mais aussi de globaliser les problématiques pour répondre aux enjeux. Désormais les banques et fonds d’investissement conditionnent de plus en plus leurs interventions, que ce soit en bas ou en haut de bilan, à l’atteinte de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). L’agence va ainsi faire office de “chef d’orchestre“ sur ce type de sujets.
Le maintien des talents est aussi l’une des priorités ?
Nous travaillons en ce sens avec l’Institut des Mines Télecom et nous avons des discussions avec l’Université de Montpellier et Polytech sur la question. Nous disposons, sur le territoire, de formations d’excellence. Mais très peu d’étudiants restent dans le territoire à l’issue de leur cursus, souvent par manque de débouchés locaux. Un des points primordiaux de la feuille de route fixée par Michaël Delafosse, président de Montpellier Méditerranée Métropole, c’est d’essayer de créer des emplois non délocalisables. Que les gens restent ici et aident les entreprises à se développer.
Le budget de fonctionnement de 837 k€ pourra-t-il faire l’objet d’une réévaluation ?
Nous avons fait du benchmarking sur ce type d’agence. En fonction du territoire couvert, notre structure devrait disposer d’un budget oscillant entre 1,5 et 2 M€ en vitesse de croisière. L’entité disposera à son lancement d’un noyau de quatre à cinq personnes au Mibi (Montpellier International Business Incubator). Nous serons certainement une vingtaine de salariés, une fois l’agence opérationnelle. Il y aura aussi une mise en commun des services économiques des intercommunalités. On va pouvoir travailler avec des gens de Sète, du Pays de Lunel, du Pays de l’Or… Chaque collectivité va conserver son service économique de manière à travailler ensemble.
L’agence va-t-elle aussi être portée sur les sujets de l’attractivité et de l’accélération ?
Sur le sujet de l’attractivité, l’agence Ad’Occ fait déjà cela très bien et nous gardons espoir que la Région intègre notre gouvernance. Parmi nos membres fondateurs, l’agence Blue a aussi pris ce positionnement sur le périmètre d’Agde-Sète. Nous travaillons d’ailleurs très bien avec les équipes de Pascal Pintre, son dirigeant, avec qui nous aurons des actions complémentaires. Le but n’est pas de créer une énième couche du mille-feuilles, mais de compléter les dispositifs pour aller au plus près des besoins. Il est vrai que l’accompagnement des transitions va aussi permettre l’accélération des entreprises. Mais nous ne sommes pas là pour réaliser des actions déjà opérées par d’autres entités. Notre positionnement est innovant. Il y a peu d’agences orientées sur les transitions. Qui plus est dans le cadre d’une coopération interterritoriale.
Comment vont s’articuler vos actions avec celles du Bic ou de MedVallée ?
Ce seront aussi des bras armés de la Métropole. Nous allons coordonner nos actions en concertation. Chacun va avoir son champ d’activité et collaborer de manière transverse. D’ailleurs la CCI Héraut va aussi être un des principaux soutiens de l’agence. Avec ses compétences et sa gamme de service, elle aurait pu très bien voir la création de cette agence d’un mauvais œil.
Dans quelle mesure les entreprises vont-elles être associées au pilotage de l’agence ?
Une des particularités de cette agence c’est qu’elle disposera de quatre collèges. L’un d’eux disposera de représentants des entreprises. La Chambre de Métiers, la Chambre d’Agriculture, mais également la CPME, le Medef et autres réseaux professionnels, pourront être présents dans la gouvernance et le pilotage de l’agence dans une dynamique de co-développement. Les chefs d’entreprises pourront exposer leur point de vue sur les futurs dispositifs mis en place. Le collège des entreprises nommera lui-même ses représentants.
Les problématiques foncières seront-elles aussi abordées ?
Ces sujets seront sûrement évoqués sous l’angle de l’aménagement d’un territoire économique cohérent. Pour éviter que les intercommunalités se fassent concurrence sur des sujets thématiques, alors qu’elles pourraient travailler ensemble. Même s’il est primordial, le foncier ne sera pas au cœur de l’agence. Les collectivités restent très soucieuses de la maîtrise de l’avenir de leur propre foncier. L’idée n’est pas de préempter des terrains.
* Les dix membres fondateurs de l'agence de développement et des transitions : Montpellier Méditerranée Métropole, Région Occitanie, communautés d’agglomération Pays de l'Or ainsi que Sète Agglopôle Méditerranée et Hérault Méditerranée, représentées par l’agence d'attractivité Blue, communautés de communes du Pays de Lunel, du Grand Pic Saint-Loup, de la Vallée de l’Hérault, du Clermontais et du Lodévois et Larzac.











