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Languedoc-Roussillon
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BTP
| 7/12/2011

AG de la FRTP L.-R. : les économistes envisagent le pire pour 2012

Crise de l'euro, difficultés de financement des collectivités locales, erreurs d'investissements... Lors de l'AG de la FRTP L.-R., ce mardi 6 décembre, trois économistes de renom ont prédit le pire pour l'année 2012.
Pour Marc Bourgeois, spécialiste de la réforme territoriale, « les Régions n’ont plus d’autonomie fiscale. Elles commencent à s’endetter, car elles sont plombées par les charges de personnel des lycées. De plus, le poids de la formation professionnelle est alourdi en période de crise. Les conseils généraux sont les collectivités locales qui sont le plus en difficulté. A la perte d’autonomie fiscale s’ajoute la chute des droits de mutation depuis 2010. Il y a une montée en charge des allocations individuelles de solidarité : APA, RSA, PCH. Avec la montée en puissance des intercommunalités, la masse salariale du bloc communal explose. » D’après lui, « le législateur n’ a pas tranché sur la question du devenir des EPCI. Soit on va vers une coopérative entre communes, comme l’Europe, mais avec les mêmes complexités…, soit on considère que les EPCI ne sont qu’une étape vers une fusion des communes, avec une élection au suffrage universel direct des conseils communautaires. »
L’assèchement des ressources financières va, d’après Marc Bourgeois, contraindre les collectivités à opter pour « des montages juridiques et financiers pus élaborés, de type DSP ou PPP », à financer « davantage par l’usager que par le contribuable » et à faire émerger « une maîtrise d’ouvrage de haut niveau, notamment pour les processus de dévolution des contrats ».

2012, année noire de l’Euro


Christian Saint-Etienne, titulaire de la chaire d’économie industrielle au Cnam et membre du conseil d’analyse économique, prône une « métropolisation des territoires. Il faudrait élire des structures intercommunales pour qu’elles deviennent de vrais lieux de pouvoir, comme sur l’axe Paris Lyon Marseille. Les responsables élus seraient alors à la taille des investissements. Le mitage des territoires en France est très inefficace. Les Régions devraient avoir le pouvoir d’agrément des PLU. Elles devraient également s’entendre entre elles sur des schémas interrégionaux. Il faudrait une fonction d’Etat stratège. La réflexion menée dans le cadre du Grand Paris n’est pas capitalisée ! Or, on pourrait s’en inspirer pour l’élaboration d’un Grand Toulouse, d’un Grand Montpellier… »
Christian Saint-Etienne prédit la disparition de l’euro. « La zone Euro n’a pas de gouvernance économique. Elle n’a pas une politique budgétaire, monétaire et de change, au service d’une croissance stable et durable. On va vers une gouvernance punitive. Chacun prend des décisions sans consulter les autres. Ce n’est pas le cas, par exemple, d’un gouvernement fédéral comme celui des Etats-Unis. L’Europe ne déploie pas de politique stratégique : énergie, espace, technologies de croissance propre. » Les pays du Sud de l’Europe pèsent « 60 % de la population de la zone Euro et 55 % de son PIB. S’ils s’entendaient, ils pourraient peser très lourd. » Pour Christian Saint-Etienne, on est à la croisée des chemins. « Soit on fédéralise, soit risque de scission Nord / Sud. Il faudrait amorce d’un budget fédéral européen, pour lancer un plan d’infrastructures physiques et numériques. L’absence de démarrage de ce budget fédéral est inquiétant. Il nie tous les enseignements de la théorie keynésienne depuis 50 ans. »
Il a clairement stigmatisé la hausse des effectifs dans les collectivités locales. « Quand l’Etat supprime 20 000 postes de fonctionnaires, les collectivités locales en créent 30 000. Les investissements ne sont pas toujours à bon escient. Il faudrait plus de grandes pénétrantes, doubler axe rhodanien, construire des grandes circulaires autour des grandes métropoles et des lignes dédiées au fret ferroviaire, plutôt que d’avoir la moitié des ronds points d’Europe ! » D’après lui, 2012 sera « extrêmement médiocre dans le meilleur des cas. Il faut favoriser les investissements pour renouveler les infrastructures. On peut les démarrer très vite, et ça occupe beaucoup de monde. »

La strétagie Merkel-Sarkozy « vouée à l'échec »


Pour Xavier Timbeau, directeur du département analyse et prévision à l’OFCE, 2012 verra une « réplique du séisme financier de 2009. En 2009, le séisme a frappé les Etats-Unis ; l’an prochain, ce sera l’Europe. » La stratégie des pays européens, et notamment celle du « couple » Merkel-Sarkozy, est « vouée à l’échec. Vouloir à tout prix l’équilibre budgétaire réduit les marges de manœuvre et impacte la croissance. Cette stratégie ne rassurera ni les agences de notations ni les marchés financiers. » D’autant plus que « la restriction budgétaire est déjà là. Les pays européens font des efforts et sont mieux classés que les autres pays développés en termes de déficit public : 5 % de déficit public pour la moyenne des pays européens, contre 9 % pour le Japon, les Etats-Unis et le Royaume-Uni. » Dès lors, adopter une stratégie punitive « est mauvais, car on est meilleurs que les autres pays développés. Cette stratégie est d’ailleurs tellement mauvaise qu’on ne va pas sortir de la crise. » Xavier Timbeau ne croit pas pour sa part à un plan de relance par les infrastructures via la mise en place d’un budget fédéral. « C’est de la politique fiction. Une majorité d’Européens sont opposés à un fédéralisme. Les Parlements et les peuples ne veulent pas de fédéralisme. »
Patrick Bernasconi, président de la FNTP, a appelé à lancer de toute urgence des travaux d’entretien du patrimoine existant. Et à arbitrer : « Faut-il maintenir l’entretien des 30 000 km du réseau ferroviaire ? On peut se poser la question. De même, il y a 200 000 ponts en France, la plupart sont dans un état très précaire. » Il souhaite que soit dressé un « état des lieux des réseaux pour choisir, avoir une bonne connaissance. On plaide pour la création d’un observatoire pour faire remonter les infos région par région, et prioriser les actions à mener. » Il regrette que le fret ferroviaire « n’ait pas de réseau dédié. Du coup, on ne peut pas le développer ! Pour une politique ambitieuse, il faut penser global, économique. L’argent vient s’il y a un intérêt économique des acteurs à porter les projets. »

Crédit photo : Baptiste Rouveure

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