Une région dynamique, mais victime de son succès
Si de nombreux métiers sont en tension et que certaines entreprises peinent à recruter les profils qu’elles recherchent, le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté de 7,7% en un an en Midi-Pyrénées.
Midi-Pyrénées est une des trois régions de France les plus créatrices d’emploi, ce qui lui permet de limiter (relativement) la casse sociale dans un contexte français morose. Si les chiffres de l’emploi régional sont stables entre les deuxièmes trimestres 2012 et 2013, ils sont contrastés selon les secteurs avec une légère progression de l’industrie (+0,8%) et du tertiaire (+0,3%) alors que la construction souffre fortement (-3,4%).
A fin octobre, 239 500 personnes étaient inscrites comme demandeurs d’emploi (y compris avec une activité réduite), en hausse de 0,8% sur un mois et de 7,7% sur un an (contre +6,8% sur la France). Le taux de chômage de la région (10,7%) est légèrement supérieur au taux national en raison de sa forte attractivité.
Des disparités fortes
Les 23 bassins d’emplois ne sont pas logés à la même enseigne. Celui de Toulouse (qui trustait 43% des intentions d’embauche mesurées par Pôle emploi pour 2013) et celui de Muret créent des emplois, avec un taux de chômage autour de 10,7%. Ceux de l’Isle-Jourdain (+2% d’emplois en quatre ans) et de Figeac s’en sortent mieux encore avec 8,9% et 8,4% de chômage. En revanche, Lavelanet et St-Girons souffrent beaucoup, avec respectivement 12,9% et 13,2% de chômage et 20% de perte d’emplois en quatre ans dans l’ancienne capitale du textile.
Des offres à nouveau à la hausse
Une bonne nouvelle : les offres d’emploi collectées par Pôle emploi Midi-Pyrénées ont augmenté de +8,6% ces trois derniers mois par rapport aux trois mois précédents. Avec un bémol : il s’agit surtout d’emplois de moins de 6 mois (en hausse de 17,2%). Au 4e trimestre 2013, 80% des offres sur les métiers en tension dans l’industrie métallurgique émanaient des entreprises de travail temporaire. Pourtant, l’intérim midi-pyrénéen voit ses effectifs fondre de 9,5% sur les dix premiers mois de 2013 par rapport à la même période de 2012, et même de 1,9 % pour le mois d’octobre. « La bonne demande dans l’aéronautique n’a pas réussi à compenser la tendance des autres secteurs, faible dans l’industrie hors aéronautique et très mauvaise dans le BTP », déplore Bernard Petit, président de Prism’Emploi, organisation qui rassemble 600 entreprises de l’intérim.
Santé et hôtellerie toujours en demande
Les principaux pourvoyeurs d’offres sont les services à la personne et aux collectivités, le commerce, l’hôtellerie-restauration, l’industrie et le support à l’entreprise. « L’hôtellerie-restauration, les soins infirmiers, les soins d’hygiène et de confort des patients offrent des opportunités dans 19 des 23 bassins d’emploi de Midi-Pyrénées », précise Pierre Brossier, responsable du service statistiques et études de Pôle emploi Midi-Pyrénées. Son enquête 2013 sur les besoins en main d’œuvre met en évidence les métiers où l’on recherche le plus : aide à domicile, aide-ménagère, agent d’entretien, employé de cuisine, serveur, professionnel de l’animation socio-culturelle, aide-soignant, infirmier, cadre infirmier, puéricultrice, monteur, ajusteur, contrôleur et autres ouvriers qualifiés de la mécanique, chef de projet informatique, ingénieur et cadre d’études R&D et informatique dans l’industrie… Pôle emploi a mis en place de nombreuses formations pour permettre aux demandeurs d’emploi de développer les compétences attendues par les entreprises : en 2013, 8000 aides conventionnées à la formation et POE (Préparations Opérationnelles à l’Emploi) ont été financées sur des métiers porteurs, 1 600 actions de formations préalables au recrutement et 2 800 aides individuelles à la formation ont été accordées.
Une année 2013 bien orientée pour les cadres
Pour les cadres, l’année 2013 a été bien orientée avec une évolution des recrutements prévus par les entreprises interrogées par l’APEC allant de -5 à +10% par rapport à 2012 (contre -10 à -20% au niveau national). « La fourchette haute est portée par l’aéronautique et le spatial, souligne Jean-Sébastien Fiorenzo, responsable des relations entreprises à l’APEC : une offre d’emploi cadre sur deux correspond à un profil ingénieur informaticien ou aéronautique. »
Inquiétude dans l’ingénierie
Pourtant, quelques nuages se profilent à l’horizon pour certains ingénieurs de l’aéronautique : « la fin des grands programmes de développement d’Airbus va générer des suppressions de postes massives dans les SSII et bureaux d’études, affirme Dominique Sellier du cabinet Secafi. 30 à 40% des effectifs travaillant sur des projets Airbus seraient supprimés, soit 8 000 à 10 000 postes. Pour les sous-traitants toulousains du bureau d’études Airbus, la baisse de charge devrait représenter de 4 000 à 5 500 équivalents temps plein entre 2013 et 2016. » Pour favoriser les reconversions de ces milliers de salariés, l’expert préconise qu’une démarche de GPEC soit entamée dès à présent, à l’échelle de la filière aéronautique.
La production toujours en tension
Car par ailleurs, avec des carnets de commande d’Airbus pleins pour 7 ou 8 ans, les métiers de production et de logistique auront besoin de bras. Les métiers en tension dans l’aéronautique sont ceux d’ajusteur, intégrateur cabine, monteur-câbleur aéro, assembleur composite, opérateur commande numérique et ajusteur monteur.
Cependant, les besoins en formation ne sont pas forcément anticipés. « Nous avons de grosses difficultés à trouver les entreprises qui font le pari de recruter pour demain », regrette Philippe Almansa, directeur du réseau emploi-formation de l’UIMM. « Alors que les entreprises s’étaient mises en ordre de marche l’an dernier, il leur manque aujourd’hui la visibilité nécessaire. L’année a été en dents de scie et les demandeurs d’emploi formés ne représentent que 2/3 de ceux de 2012. »
Comment s’annonce 2014 ? « Plus propice à la formation et au recrutement dans les métiers de production, espère Philippe Almansa, même si nous n’aurons pas les volumes de recrutements de 2012. » De son côté, Pierre Brossier prévoit une année 2014 « sous de meilleurs auspices que 2013, compte tenu de l’évolution positive du PIB. On n’est pas revenu aux croissances de 2% d’avant la crise, mais on sent un frémissement… »
Catherine Sanson-Stern
Encadré
En Midi-Pyrénées, les intérimaires sont plus souvent des cadres que sur l’ensemble
de la France et moins souvent des ouvriers non qualifiés, même s’ils représentent plus du tiers des effectifs.(source : Prism’Emploi)
Le nombre de demandeurs d’emploi en fin de mois (DEFM) a augmenté de 7,7% en Midi-Pyrénées en un an à fin octobre, mais certains départements sont plus durement touchés que d’autres. (source : Pôle emploi, novembre 2013)
Verbatim
Au lieu d’anticiper, on travaille au coup par coup. On monte des actions quand les entreprises ont besoin de main-d’œuvre.
Philippe Almansa, directeur du réseau emploi-formation de l’UIMM
Tous les métiers manuels sont en tension : second œuvre
dans le bâtiment ; soudure, chaudronnerie, métallerie, dans l’industrie ; dans les services à la personne et le médical (infirmières, aides-soignantes…), toutes les qualifications en hôtellerie-restauration…
Bernard Petit, président de Prism’Emploi (intérim)










