Sursis accordé par le tribunal de commerce, entrée en jeu de Matthieu Pigasse : l’espoir renaît chez Fibre Excellence
Élus locaux, représentants syndicaux et salariés sont rassemblés le 18 juin devant le site Fibre Excellence de Saint-Gaudens, au lendemain de la décision du Tribunal de commerce de Toulouse de reporter son jugement au 6 juillet et alors que l’homme d’affaires Matthieu Pigasse s’est positionné en potentiel investisseur. « Notre détermination nous a permis de déjouer les scénarios écrits par les vautours », se réjouit Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. « Nous sommes au boulot pour présenter la meilleure offre de reprise possible », martèle Carole Delga. Fibre Excellence a été placé en redressement judiciaire fin avril. 670 emplois sont menacés dans les usines de pâte à papier de Tarascon (13) et de Saint-Gaudens (31).
La piste Matthieu Pigasse
Si, comme le souligne le délégué CGT Sébastien Oustric, « les salariés ont retrouvé le sourire, un peu de baume au cœur », c’est parce qu’après des mois de lutte, depuis quelques jours, les planètes semblent enfin s'aligner. « Grâce à notre unité et à notre combativité, nous avons remporté hier deux grandes victoires, assure Sophie Binet. D’une part, le tribunal de commerce a reporté son jugement et d’autre part, nous avons réussi à trouver un investisseur français, robuste, solide et sérieux. » Parmi les salariés rassemblés sous un soleil de plomb devant l’unité de production haut-garonnaise, son nom est sur toutes lèvres : Matthieu Pigasse, banquier d’affaires et patron de presse. L'arrivée d'un nouvel entrant dans le jeu qui écarte pour l’heure le spectre d’une reprise par SPB, société liée au groupe canadien Dottori, désireuse selon Sophie Binet de « démanteler les usines afin de revendre les machines ». « Ils étaient en embuscade », assure la responsable syndicale.
Pour trouver un investisseur de choix susceptible de soutenir le dossier de reprise, Carole Delga l’assure, il a fallu « remuer ciel et terre » et mettre en avant « un débouché, un marché, un modèle économique ». Et l’élue de préciser : « Je connais Matthieu Pigasse depuis plusieurs années. Il connaît bien le site de Saint-Gaudens. » Interrogée par la presse sur les intentions présidentielles de l’intéressé, Carole Delga insiste, l’homme d’affaires et elle n’ont évoqué « que la question industrielle ». L’offre de reprise, qui prévoit la création d'une nouvelle entité visant à reprendre l'intégralité des actifs et des salariés des sites Fibre Excellence, s’appuierait sur un pacte d'actionnaires privés et publics incluant les Régions Occitanie et Sud à hauteur de 8 M€. « J’ai eu Matthieu Pigasse très longuement au téléphone, confie Sophie Binet. Il s’est montré intéressé par les enjeux économiques, sociaux et environnementaux du projet. Nous sommes très vite passés à l’opérationnel. »

© Alexandre Léoty
« L'État doit jouer son rôle ! »
Un projet industriel co-construit et un investisseur solide en renfort. Pour les salariés comme les élus, toutes les cases sont désormais cochées. À une exception : la levée attendue de certaines « conditions suspensives » par Sébastien Martin, le ministre de l’Industrie. Or, si ce dernier a bel et bien adressé un courrier le 12 juin afin de réitérer les engagements de l’État, témoignant d’« efforts exceptionnels » qui, de son point de vue, « doivent permettre à tout acteur industriel crédible d'envisager un plan de retournement et de se positionner à cette fin », pour les syndicats et les élus locaux, le compte n’y est toujours pas. Ils ont ainsi adressé le 16 juin un nouveau courrier au ministre, que La Lettre M a pu consulter. Selon les co-signataires, la question n’est « plus de savoir si une solution crédible peut émerger. Elle est désormais de savoir si l’État est prêt à créer les conditions permettant à cette solution d’aboutir ». Dans leur viseur, notamment, les sujets - sensibles - des tarifs de rachat de l’électricité produite par les usines, mais aussi de l’approvisionnement en bois et des quotas carbone. Mais pour l’heure, malgré le « texto adressé dimanche soir au président de la République et au Premier ministre » par Carole Delga elle-même, la réponse se fait toujours attendre. « Nous avons besoin que l’État soit au rendez-vous, martèle Sophie Binet. Nous avons déplacé des montagnes. Les salariés se sont mobilisés depuis des mois et des mois. Les collectivités ont mouillé le maillot et se sont engagées à monter au capital, ce qui n’est pas commun. Désormais, l’État doit jouer son rôle et corriger les désordres dont il est responsable. » Et la représentante syndicale de déplorer que la puissance publique « signe des chèques de milliards pour des multinationales » et « par contre, quand il s’agit de projets de salariés, de projets d'élus locaux, de projets de territoires, c'est opération pièces jaunes… ».
En attendant d’obtenir une réponse de l’État, élus, syndicats et investisseur entendent profiter des trois semaines de sursis offertes par le tribunal de commerce toulousain pour affiner leur projet de reprise.

© Alexandre Léoty











