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Haute-Garonne
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Industrie
| 12/06/2026

« Il ne faut rien lâcher ! » : à cinq jours de l’audience au tribunal, élus et syndicats montent au front pour sauver Fibre Excellence

© Fibre Excellence

« On ne peut pas accepter l’indifférence ou le renoncement : nous devons trouver une solution ! », martèle Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, le 12 juin à Saint-Gaudens. À cinq jours de l’audience organisée au tribunal de commerce de Toulouse qui décidera du sort des usines de pâte à papier Fibre Excellence de Tarascon (13) et de Saint-Gaudens (31) – avec 670 emplois à la clé -, élus et syndicats montent au créneau devant la presse, dont La Lettre M. Objectif ? Soutenir le projet de reprise formulé par la direction de Fibre Excellence et convaincre le ministre de l’Industrie de lever formellement toutes les « conditions suspensives » qui y sont associées, alors que des fonds « rapaces » s'intéresseraient au dossier.

Échanges de courriers
La conférence de presse, organisée à quelques jours de la décision du tribunal de commerce toulousain, constitue un nouvel appel formalisé en direction du gouvernement, alors que Fibre Excellence a été placé en redressement judiciaire fin avril. Le 20 mai dernier, Carole Delga a rencontré le ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, aux côtés des organisations syndicales. Le 1er juin, la direction de Fibre Excellence a déposé une offre de reprise auprès du tribunal de commerce de Toulouse. Un projet qualifié de « robuste et ancré dans la réalité économique » qui prévoit la création d'une nouvelle entité visant à reprendre l'intégralité des actifs et des salariés. La structure en question s’appuierait le cas échéant sur un pacte d'actionnaires privés et publics incluant les Régions Occitanie et Sud.

Alors que dans un communiqué de presse, la direction du groupe indiquait toujours le 12 juin au matin « attend(re) la réponse de l’État à ses propositions », un courrier émanant du ministre de l’Industrie a été reçu par les élus et les forces syndicales quelques minutes avant le début des échanges avec la presse. Dans cette lettre, que La Lettre M a pu consulter, Sébastien Martin réitère les engagements de l’État. À savoir une réévaluation des tarifs de rachat de l’électricité produite par les sites industriels, une augmentation de l’approvisionnement en bois par l’Office national des forêts (ONF), un soutien à la réintégration du site de Saint-Gaudens dans le système d’échange de quotas d’émission européen, une restructuration du passif public et de la dette constituée à l'égard d'EDF, de l'État et de la Caisse des dépôts et, enfin, un soutien au projet stratégique de la pâte fluff sur le site de Tarascon. Des « efforts exceptionnels » qui, du point de vue du ministre, « doivent permettre à tout acteur industriel crédible d'envisager un plan de retournement et de se positionner à cette fin ».

Une réponse jugée « insuffisante »
Mais pour Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, le compte n’y est pas. « L’offre qui a été construite par le management avec les salariés comporte des conditions suspensives que le gouvernement doit lever, insiste-t-elle. Nous avons enfin reçu une réponse du ministre ce matin. Mais elle est insuffisante. Il reste cinq jours au Gouvernement pour apporter des compléments. Il faut qu’il regarde les coûts, à la fois sociaux, économiques et environnementaux, qu’induirait une fermeture de ces usines. Nous n’en pouvons plus d’avoir des gouvernements qui versent des larmes de crocodile en parlant de perte de souveraineté… Il faut agir ! » Depuis la Région Sud, le conseiller régional Cyril Juglaret acquiesce : « Il faut faire preuve d’ambition et de bon sens, maintenant. Car en cas de fermeture, le coût de la facture serait terrible ! »

Attention au fonds « rapaces » ?
Face à cette situation, Carole Delga se veut combative. « Nous sommes mobilisés et le resterons, insiste-t-elle. Ces usines ne fermeront pas, car la France a besoin de production et d’emploi. Nous ne sommes pas dans une logique de dépense à tout-va ; nous avons un projet industriel. » Et l’édile d’ajouter : « Nous ne voulons pas de projet porté par des rapaces… » Dans le viseur de l’élue régionale, une lettre d’intention qui aurait été formulée en vue de l’audience au tribunal de commerce de Toulouse par SPB, liée au groupe canadien Dottori. Un acteur susceptible selon Sophie Binet de se positionner pour, in fine, « démanteler les usines afin de revendre les machines ». La secrétaire générale de la CGT entend « les empêcher de démanteler l’un de nos fleurons industriels ». Pour l’élu syndical René Sale (Force Ouvrière), « donner à un ferrailleur la reprise d’une telle activité industrielle serait un scandale d’État ; car un ferrailleur, c’est fait pour démanteler les usines... ».

« Dans ce pays, on manque de courage politique, c’est ça le vrai sujet, assure Carole Delga. Il faut se battre, ne rien lâcher ! Il y a des solutions. Il faut bosser et avoir du courage ! » Un nouveau courrier va être adressé au ministre de l’Industrie.

Alexandre Léoty / leoty@lalettrem.net
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