Jean-François Tosti (TAT productions) : « Nous sommes très contents de revenir à la télévision ! »
Dans une interview exclusive accordée à La Lettre M, Jean-François Tosti, cofondateur de la société de production et du studio d’animation toulousains TAT productions, retrace le parcours de l’entreprise fondée en 2000, dévoile sa stratégie de développement et évoque les projets à venir, à l’instar de la série Netflix Astérix.
TAT productions a été fondé en 2000 par David Alaux, Éric Tosti et vous-même. Quels étaient vos objectifs à l’époque ?
Lorsque nous avons créé TAT productions, notre rêve était de réaliser des longs métrages d’animation pour le cinéma. Nous étions passionnés d’animation depuis notre enfance, et complètement autodidactes. Très vite, nous avons compris que le chemin serait long ! Comme toute structure traditionnelle, nous avons donc commencé par du court-métrage d’animation, puis de la publicité, et dès 2007, de la télévision. C’est la série Les As de la Jungle à la Rescousse, dont nous avons lancé la fabrication en 2012, qui nous a permis de sauter le pas quelques années plus tard. En effet, nous avons fait le choix stratégique de réaliser, en 2017, notre premier long-métrage Les As de la Jungle, tiré de l’univers de notre série télévisée à succès (la série a remporté un International Emmy Kids Award dans la catégorie « Meilleure série d’animation pour enfants » en 2014, NDLR). Cela nous a confirmé que nous étions capables de faire du long-métrage. En juillet 2025 sortira notre sixième film, Falcon Express. On peut dire que nous avons atteint nos objectifs !
Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?
Nous travaillons depuis deux ans sur une nouvelle série télévisée, Les Aventures de Pil, issue de l’univers du film Pil, sorti en 2021, et qui comptera 52 épisodes de 13 minutes. Nous livrerons les premiers épisodes à France Télévisions en fin d’année prochaine. Pendant un temps, nous avions délaissé le côté série télévisée pour nous consacrer aux longs-métrages. Nous sommes donc très contents de revenir à la télévision ! Nous sommes aussi en train de finaliser la série animée de Netflix Astérix, réalisée par Alain Chabat et produite par Alain Goldman. Il s’agit de notre première commande, qui est uniquement de la fabrication : notre rôle est de traduire en images les volontés artistiques des équipes créatives. Nous sommes très satisfaits du résultat, Alain Chabat aussi, et Netflix est très enthousiaste. La série, composée de cinq épisodes de 30 minutes, sera diffusée au premier semestre 2025. C’est une aventure de trois ans, qui a même représenté la moitié de notre activité ces deux dernières années !
La production en commande, c’est quelque chose que vous souhaitez renouveler ?
Nous n’avons pas de volonté absolue d’en faire, mais si l’on nous fait des propositions intéressantes, pourquoi pas ! Il est vrai qu’une commande comme Astérix a de nombreux avantages pour notre studio en termes d’image, de budget octroyé, d’accès aux talents. Mais nous n’irons pas chercher de commandes car nous n’avons pas créé TAT productions pour cela. Nous réfléchissons également à des projets de série en production déléguée et à nous ouvrir à des coproductions car nous recevons des propositions de plus en plus intéressantes. La série Astérix nous a permis de relancer un département télévisé. Si tout va bien, nous aimerions avoir en permanence une ou deux séries pour le faire tourner.
Afin d’assurer ce flot continu de productions, vous avez dû recruter...
Pour la série Netflix Astérix, nous avons réalisé une centaine de recrutements, pour atteindre 300 salariés en moyenne. La grande majorité sont des intermittents, le mode d’embauche le plus standard dans notre secteur d’activité, et environ une cinquantaine sont en CDI. Nous essayons de gérer le plus intelligemment possible nos effectifs afin d’avoir un taux de remplissage constant. Nos intermittents sont souvent engagés sur de longues périodes pouvant aller de six à douze mois. Comme l’équipe s’agrandit, nous avons dû grignoter quelques morceaux autour de notre plateau historique, situé depuis 2012 au premier étage d’un bâtiment rue Pierre-Paul Riquet, à Toulouse. Nous sommes ainsi passés de 700 m2 à près de 2 800 m2. Ce ne sont pas les seuls investissements récents que nous avons réalisés puisque nous avons aussi acheté du nouveau matériel de pointe. Depuis le début de la production d’Astérix, nous avons investi environ 2 M€.
Aujourd’hui, vous êtes reconnus pour vos longs métrages. Créer un studio d’animation à Toulouse, c’était un pari ?
C’était un énorme pari, surtout avec nos ambitions ! Je pense qu’il y avait sûrement une forme d’inconscience de notre part d’y croire ; on nous a d’ailleurs souvent dit qu’on n’y arriverait pas. Ce qui fait la spécificité de TAT productions, c’est d’être le seul gros producteur français d’animation dont la partie production est aussi installée en région et pas à Paris. Nous aimerions rester à Toulouse mais cela dépendra du soutien des collectivités locales, qui n’est pour le moment pas suffisant selon moi. Nous avons un système vertueux qui crée de la richesse et de l’emploi et fait rayonner le territoire mais cela n’est pas reconnu car il y a, en France, un problème de centralisation. J’ai conscience que nous sommes une entreprise privée et que nous ne pouvons pas espérer des collectivités locales qu’elles règlent tous nos problèmes, mais ce sont des choix politiques de soutenir des secteurs d’activité plutôt que d’autres.
Comment fait-on pour attirer des talents à Toulouse ?
Je pense que ce qui donne envie de travailler chez nous, c’est tout d’abord la reconnaissance du studio, la qualité de nos productions mais aussi leur succès, car les gens veulent travailler sur des films qui sont vus. Toulouse est aussi une ville très attractive. Malheureusement, le gros frein reste le transport ; cela a d’ailleurs été un sujet pour Astérix et d’autres productions. C’est une problématique qu’on ne rencontre pas à Montpellier puisque la ville est desservie par une ligne de TGV depuis la capitale. La future LGV Toulouse-Bordeaux est une excellente nouvelle, mais d’ici là, je ne serai pas loin de la retraite ! C’est dommage que ce ne soit pas arrivé plus tôt.
Que représente le merchandising dans votre modèle économique ?
Nous essayons de développer un peu le merchandising, notamment avec Les As de la Jungle. Mais lutter contre les géants du secteur, c’est très compliqué ! Le groupe Disney représente au niveau mondial plus de 80 % du merchandising jeunesse. Il ne reste plus beaucoup de place pour les autres, même si quelques indépendants cartonnent, comme Peppa Pig. C’est en tout cas un sujet très intéressant à étudier, mais assez compliqué à mettre en place pour un film. Il faudrait plutôt le faire sur des séries télévisées, surtout à partir de la deuxième voire de la troisième saison, quand les enfants la connaissent bien.
Quelles sont vos ambitions à l’international ?
Ce qui a fait le succès de TAT productions, c’est le marché à l’international. Nous avons tapé juste car nous sommes systématiquement dans le top 10 des films français les plus vus dans le monde. C’est fondamental, car sans cela, nous ne pourrions pas financer nos films et séries. Les budgets de production augmentent régulièrement et l’écart est comblé à 90 % par les ventes supplémentaires à l’international. Notre film Pil est arrivé deuxième au classement des films français les plus vus à l’international en 2022. À ce jour, c’est notre meilleur score, mais nous aimerions faire mieux ! Pour autant, le succès est très aléatoire et à chaque nouveau projet, c’est le saut vers l’inconnu. Un film peut très bien cartonner dans un pays et être un échec dans un autre. Il n’y a pas de recette miracle ! Le véritable enjeu est d’arriver à pré-vendre un film dans un pays. Mais quand un film ne marche pas dans un territoire, on sait que cela va handicaper le suivant...
Comment se porte la filière régionale de l’animation ?
Même si nous faisons office de locomotive en Occitanie, il existe de nombreuses autres structures, petites et moyennes, qui travaillent sur des séries ou en coproduction. Nous comptons aussi beaucoup d’écoles réputées, ce qui est un vrai plus pour la région. La filière animation se porte donc assez bien. TAT productions est par ailleurs membre de l’association Apifa Occitanie, qui regroupe des sociétés indépendantes de production déléguée de films, tous genres confondus. Nous ne sommes pas très actifs par manque de temps, mais il est très important qu’elle existe pour que nous puissions faire entendre nos voix auprès des collectivités locales. L’association compte beaucoup de producteurs documentaires, souvent des petites structures, et quelques producteurs de fiction et d’animation qui sont surtout basés vers Montpellier.











