Corinne Mailles (Telespazio France) : « Nous devons préparer le futur »
Depuis le 1er janvier, elle est la nouvelle PDG de la société haut-garonnaise Telespazio France, spécialisée dans les opérations et services spatiaux satellitaires à valeur ajoutée, filiale du groupe italien Telespazio détenue conjointement par Leonardo (à hauteur de 67 %) et Thales (33 %). Dans un entretien exclusif accordé à La Lettre M, Corinne Mailles évoque son parcours, ses missions et sa feuille de route à la tête d’une entreprise de 500 salariés ayant enregistré 100 M€ de CA en 2024.
Quelques mots sur votre parcours ?
Je suis tombée dans la marmite du spatial très tôt… mais par un hasard complet ! Toulousaine, j’ai fait une école de commerce (l’ESCE, à Paris, NDLR). Dans ce cadre, j’ai réalisé mon stage de fin d’études chez Alcatel, dans les activités spatiales. Puis j’ai fait le choix de rejoindre ensuite cette entreprise, avec un profil plutôt atypique à l'époque, puisque j’étais une jeune femme non-ingénieure. J’ai par la suite occupé des fonctions commerciales et de développement business chez Thales Alenia Space. Enfin, forte de cette expérience, j’ai rejoint Telespazio France en 2011 en tant que directrice générale adjointe.
Le 1er janvier, vous avez pris la suite de Jean-Marc Gardin, avec qui vous avez formé un binôme pendant des années et qui demeure DG adjoint du groupe Telespazio. C’est une évolution naturelle ?
Oui, car pendant toutes ces années, nous avons copiloté l’entreprise ensemble. Ayant plutôt un profil d’entrepreneur, j’étais déjà en charge de la stratégie, du plan de croissance et de transformation. Au fil du temps, nous avons constitué un Comex de très grande qualité, à la fois solide et complémentaire, sur lequel je peux m’appuyer. Tout le challenge consiste à trouver le bon équilibre entre continuité et nouveauté. Avec une conviction profonde qui est la mienne : l’intérêt de la diversité au sein d'une entreprise. À titre personnel, je n’ai jamais souffert d’être une femme dans un monde d’hommes ; je dirais même qu’au contraire, cela m’a plutôt rendue visible. En revanche, j’ai été plus handicapée par le fait de ne pas être ingénieure dans un monde d’ingénieurs ! Mais cela m’a amenée à voir les choses différemment, ouvrant la voie à de la disruption et à de l’innovation. C’est quelque chose que j’essaye d’instiller dans l’entreprise, en misant sur la diversité au sens large.
Telespazio France a enregistré 100 M€ de chiffre d’affaires en 2024. Qu’en est-il des résultats 2025 ?
Ils ne sont pas encore publiés. Ce que je peux vous dire, c’est que l'année a été fantastique, avec une croissance profitable à deux chiffres.
Quels sont les ressorts de cette croissance ?
En réalité, notre croissance s’exprime sur nos deux grands marchés. D’une part, notre activité historique d’opérateur de confiance, que nous avons fait évoluer en trois temps. Tout d’abord, nous avons opéré une montée en puissance au sein de la chaîne de valeur en nous positionnant sur des sujets de plus en plus complexes. Nous avons par ailleurs fait évoluer les systèmes dans le sens d’une opérabilité plus fluide, jusqu’à notre engagement dans la transformation de la base spatiale de Kourou. Enfin, nous sommes en train de franchir une nouvelle étape en considérant les acteurs du NewSpace (spatial d’initiative privée, NDLR) non pas comme une menace, mais bien comme un facteur d’opportunités. Nous nous posons également en opérateur de confiance auprès de ces entreprises innovantes évoluant dans les champs du lancement et des nouveaux services en orbite, qui doivent relever des défis à la fois technologiques et commerciaux. Et d’autre part, nous faisons monter en puissance notre rôle de méta-opérateur.
De quoi s’agit-il ?
Nous nous positionnons au cœur de l’écosystème spatial en proposant des services à valeur ajoutée. Nous mettons face à un besoin utilisateur le bon niveau de solutions spatiales. Nous avons débuté par les télécommunications, avant d’étendre notre modèle à l’observation de la Terre. Désormais, nous nous déployons aussi dans la surveillance de l’espace.
Vos deux métiers ont-ils connu la même croissance l’an dernier ?
La croissance a été assez équilibrée, en effet. Et nous savons que progressivement, notre activité de méta-opérateur prendra de l’importance. En 2026, nous devrions avoir globalement équilibré ces deux grands métiers en termes de chiffre d’affaires.
Par ailleurs, vous préparez l’étape d’après…
Absolument ! Nous nous appuyons pour cela sur une direction nommée, justement, « Préparation de l’avenir », afin de sanctuariser des ressources au sein de l’entreprise en vue de préparer le futur. Sur nos marchés, où les cycles sont relativement longs en termes de maturité, nous devons adopter une démarche agile. Nous ne sommes pas techno-push. Notre offre doit être en permanence adaptée à un marché encore peu stable.
Dans ce contexte, vous investissez dans de nouveaux locaux à Toulouse. Pour quelle raison ?
Nous allons en effet emménager fin avril ou début mai dans un nouveau bâtiment, plus spacieux, non loin de notre site actuel. Nous serons locataires mais allons tout de même investir plusieurs millions d’euros afin de sécuriser le site et de l’aménager, avec notamment le déploiement d’un centre de contrôle de satellites. Sur notre effectif total de 500 collaborateurs, 200 personnes travaillent au sein de notre site toulousain ; par ailleurs, notre croissance nous amène à prévoir une cinquantaine de recrutements cette année.
Quels seront, justement, vos axes de croissance pour les années à venir ?
Nous allons continuer à nous développer de plus en plus sur les marchés européens, voire internationaux, tout en diversifiant notre portefeuille de clients. Nous sommes un acteur dual (évoluant sur des marchés à la fois civils et militaires, NDLR) et nous allons le demeurer. Aujourd’hui, dans le spatial, l’innovation vient en grande partie du secteur privé. Nous allons poursuivre nos développements dans le BtoB et le NewSpace, avec un objectif : rester réactifs, agiles et compétitifs, avec le bon niveau de sécurité.











