Pourquoi Altrad mise sur les services
Plombé, côté rugby, par l'affaire Laporte, Mohed Altrad convie la presse économique le 13/9 à Montpellier pour renouer avec ce qu'il sait le mieux faire : acheter des concurrents. Louis Huetz, DG du groupe Altrad, officialise l'acquisition du Britannique Cape. Depuis le dépôt effectif de l'offre le 1/8, plus de 95 % des titres ont été acquis, autorisant le groupe Altrad à initier une procédure de retrait obligataire (squeeze out) à l'issue de laquelle il détiendra 100 % des titres de Cape. Altrad avait annoncé le dépôt d'une offre publique d'achat sur Cape le 7/7. « C'est la 3ème acquisition majeure du groupe Altrad en deux ans dans le domaine des services à l'industrie, après le Néerlandais Hertel en 2015 et l'Isérois Prezioso en 2016 », rappelle Louis Huez. Le montant de l'acquisition de Cape s'élève à 500 M€.
Altrad pèse à présent un CA de 3,1 Md€, 39.000 salariés (Cape employant 18.000 personnes) et dégage un Ebitda (excédent brut d'exploitation, NDLR) de 400 M€. Ces trois opérations de croissance externe rajoutent plus de 2 Md€ de CA au groupe, qui aura été multiplié par trois en trois ans. La direction est prise vers les services à l’industrie, qui représentent à ce jour 83 % de l’activité du groupe et des employés. Intérêt de l'acquisition de Cape : son expertise sur les grands projets liés à la construction de nouvelles installations industrielles, notamment dans la liquéfaction de gaz naturel. « Le gaz naturel va se développer dans les prochaines années : il est moins polluant et dispose de grandes réserves. Des projets de terminaux se développent, dont trois terminaux en Australie, avec l'installation de tuyaux pour réfrigérer le gaz, exigeant beaucoup d'isolants. Nous sommes désormais leaders sur ce type de services avec Cape. » Le positionnement dans les services, amorcé au début des années 2000, s'accélère. « Nous proposons une offre complète à destination des sites industriels : solutions d’accès, maintenance, solutions d’isolation, maintenance mécanique, traitement de surface, anti-corrosion », pour des secteurs tels que la pétrochimie, les raffineries, les centrales thermiques ou nucléaires, ou les sites industriels de grande taille. « Ce sont des marchés récurrents, avec beaucoup de prévisibilité. On peut bâtir un groupe solide sur ce type de métiers, qui ne souffrent pas d’effets conjoncturels sur la fabrication de biens d’équipement. Là, on part sur des contrats de maintenance d'une durée comprise entre 4 et 6 ans, avec taux de renouvellement très élevé. » Ce marché est par ailleurs important, avec de fortes potentialités de nouvelles opérations de croissance externe. « Avec un CA de 3 Md€, nous sommes le 2ème mondial, et le numéro 1 hors États-Unis. Or, notre marché pèse 100 Md€ au niveau mondial. » Dans son nouveau périmètre, le groupe, toujours détenu par Mohed Altrad à hauteur de 78 %, réalise 30 % de son CA hors d'Europe. Sur les 3,1 Md€ de CA, un tiers est réalisé en Grande-Bretagne, premier marché. Altrad compte 900 M€ de dettes, « soit à un ratio inférieur à nos concurrents. Nos marges d'endettement sont larges. Des banques américaines proposent de nous prêter 1 Md€ pour financer nos prochaines acquisitions », glisse Mohed Altrad, dont l'empire n'est pas présent aux États-Unis.










