ZFE : les craintes des entreprises subsistent
La mise en place de zones à faibles émissions dans les métropoles de Toulouse dès le 1er mars, puis Montpellier à l’été, questionne les professionnels. Malgré des dérogations dans les deux collectivités, les entreprises redoutent un impact sur la continuité de leur activité économique.
Une petite révolution se prépare pour les professionnels circulant dans les deux métropoles de la région avec la mise en place de la zone à faibles émissions (ZFE). Les choses sérieuses débutent dès le 1er mars à Toulouse, puis à Montpellier à partir du 1er juillet.
Créé par la loi d’orientation des mobilités (Lom) en 2019, le dispositif définit un périmètre dans lequel la circulation des véhicules les plus polluants est limitée ou interdite. Nîmes et Perpignan seront concernées à partir de 2025 par cette obligation nationale. À Toulouse, la ZFE couvrira un périmètre intégrant la partie de la ville ceinturée par le périphérique et les communes de Tournefeuille et de Colomiers. Du côté de Mont- pellier, elle sera d'abord effective dans onze communes, pour s’étendre à l’ensemble de la métropole à partir de l’été 2026.
Maquis de dérogations
Pour les professionnels, la lisibilité de la mesure reste encore floue. En déplacement à Toulouse le 21 février, la ministre de la Tran- sition écologique Barbara Pompili l’a reconnu devant un parterre d’entrepreneurs locaux. « Je comprends les craintes de certains. On n’a peut-être pas suffisamment communiqué sur le pourquoi et le com- ment. Sur qui est concerné. » Pour l’heure, des dérogations sont prévues, d’une durée de trois ans pour certains types de véhicules selon le dispositif législatif : camions frigorifiques, bétonnières, camions citernes ou véhicules d’approvisionnement des marchés. La présidente du Medef Occitanie Sophie Garcia craint « un maquis de dérogations » et regrette un manque de concertation des organisations représentatives des professionnels. « Nous ne sommes pas contre le principe de cette mesure, confie-t- elle. Le timing est très court, nous n’avons pas été suffisamment sollicités en amont. » Un sentiment de manque d’anticipation également partagé par Christian Poujol, pré- sident de la Chambre de métiers de l’Hérault. Reçu le 24 février par Julie Frêche, vice-présidente de Montpellier Méditerranée Métropole chargée des transports, ce dernier plaide pour le dialogue et « une tolérance pour les artisans ayant commandé un véhicule propre et tributaires de délais de livraison allant jusqu’à plus de 24 mois » dans une lettre adressée aux artisans.
La question du diesel
L’autre point d’achoppement pour les entreprises concerne la fin de la circulation des véhicules diesel – poids lourds et utilitaires – à partir du 1er janvier 2024 à Toulouse, et à compter de début 2025 pour Montpellier. Également dirigeante d'une entreprise spécialisée dans la sécurité incendie, PSL, basée à La Salvetat-Saint-Gilles (Haute-Garonne) avec une antenne à Saint-Jean-de-Védas (Hérault), Sophie Garcia doit renouveler cinq véhicules utilitaires de son parc de vingt véhicules. Cette dernière évoque un temps d’amortissement moyen à l’achat « de sept ans pour les véhicules utilitaires légers et de treize ans pour les poids lourds. Sans compter la décote à la revente des anciens véhicules ».
« La technologie électrique n’est pas
assez aboutie sur certains véhicules »
Au cas par cas
Ce problème se pose aussi pour Frédéric Astruc, dirigeant de l’entreprise éponyme à Fabrègues (Hérault). Œuvrant dans le BTP, sa flotte compte cinq poids lourds motorisés au diesel. Le dirigeant de l’entreprise de dix-sept salariés a dépensé 120 k€ l’an passé sur un camion à benne basculante qui n’existe, selon lui, que sur cette motorisation ou engendre un surcoût. « Je ne peux pas répondre aux exigences de la Métropole. La technologie électrique n’est pas encore assez aboutie sur certains véhicules et nécessite un investissement additionnel de 100 k€ à l’achat. Cela risque de me poser un réel problème économique. » Face à ces incertitudes, les deux Métro- poles indiquent vouloir poursuivre l’échange et étudier au cas par cas. Julie Frêche précise que « des négociations vont se poursuivre pour les modèles n’ayant pas d’équivalents à faibles émissions ou géné- rant un surcoût trop important ». Le maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole Jean-Luc Moudenc a annoncé la création d’un comité de suivi intégrant professionnels et usagers de la route « afin d’évaluer régulièrement l’impact de ce déploiement ».
>> Retrouvez La Lettre M l'hebdo dans sa version complète ici










