Vignoble audois : un orage à 80 M€
Un orage de grêle qui fait mal, très mal, à cinq semaines du début de vendanges annoncées précoces. Après les violentes précipitations qui ont frappé l’Aude dimanche après-midi, Michel Servage, président de l’union coopérative Foncalieu, évalue le montant du préjudice, pour la viticulture du département, à environ 80 millions d’euros. La récole serait amputée de 1 à 1,5 million d’hl, soit environ 10 % du volume annuel du Languedoc-Roussillon. L’épisode orageux a endommagé 15 000 ha de terres agricoles : vignes, cultures maraîchères, arbres fruitiers, grandes cultures. 2 000 ha de vignes sont totalement détruites, d’après Jérôme Despey, secrétaire général de la Fédération des exploitants agricoles (FNSEA) et viticulteur dans l'Hérault, qui parle d’un phénomène « d’une ampleur exceptionnelle, par la superficie impactée. » Les gérants de cave sortent la calculette. Au lieu de 38 000 hl d’ordinaire, la récolte de la cave de Tourouzelle ne devrait pas excéder les 5 000 hl cette année. La cave de Puichéric, membre de l'union coopérative Foncalieu, devrait quant à elle perdre 30 000 hl sur les 80 000 hl produits habituellement. De plus, seulement trois viticulteurs sur dix sont assurés dans l’Aude. « Comme c’est un risque assurable, les vignerons non couverts pourraient ne rien toucher », précise Denis Carretier, président de la chambre d’agriculture régionale.
Risque de rupture d’approvisionnement des marchés
L’épicentre de l’orage s’est situé à Tourouzelle, Castelnau-d’Aude et La Redorte. Sur ces communes, les vignerons n’auront pas de récolte cette année, « et devraient perdre la moitié de la récolte suivante », observe Denis Carretier. « Uniquement pour l’ouest audois, la perte de chiffre d’affaires devrait s’élever à plus de 6 M€ », évalue Bertrand Girard, directeur général du groupe coopératif Val d’Orbieu-Uccoar (410 salariés, 900 000 hl produits en 2013, soit le premier producteur français). D’après lui, cet épisode fait suite à une récolte 2013 « exceptionnellement faible, où les viticulteurs du secteur avaient subi des pertes de 25 % en moyenne liées à la coulure », avortement des fleurs consécutif à des conditions climatiques particulièrement froides au moment de la floraison (juin). En plus de la perte directe sur les exploitations, « nous pouvons craindre une volumétrie insuffisante pour satisfaire les marchés », prévient Bertrand Girard. Pour pallier ce risque de rupture d’approvisionnement, la FNSEA vient de demander au ministère de l’Agriculture l’autorisation aux viticulteurs audois sinistrés d’acheter du raisin provenant d’autres zones. Jérôme Despey craint d’assister à un phénomène à répétition. « On voit depuis quelques années une recrudescence du phénomène des orages. Aucune région n'est épargnée », conclut-il, en citant la Bourgogne, les Charentes et de nouveau le Bordelais le mois dernier, très affecté déjà en 2013.










