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Hérault
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Education - Formation
| 21/02/2013

Une université portugaise dans l’ex-IUT de Béziers

Après Toulon en 2012, Béziers en 2013 : l’université privée portugaise Fernando Pessoa de Porto continue de bousculer les codes de l’enseignement supérieur en ouvrant une seconde antenne en France. Dès la rentrée 2013, un centre universitaire privé, au statut d’association et lié par convention à l’université portugaise, accueillera 60 étudiants en odontologie (dentaire), autant en physiothérapie (kiné), 30 en orthophonie, 40 en architecture urbanisme. Un master de Sciences humaines et sociales en criminologie devrait également être proposé, le nombre d’étudiants admis dépendant de la demande. Par la suite, des diplômes d’ingénieurs en génie civil et en informatique devrait également être ouverts, certainement pour la rentrée 2015, avant d’envisager d’ici trois ans une école de médecine. Tous les diplômes seront portugais, mais utilisables en France d'après la législation européenne. En tout, 190 étudiants sont attendus la première année, un chiffre qui devrait monter à 600 dans trois ans. Les 2200m2 de l’ex IUT au Port Neuf, vides depuis la rentrée 2011, retrouvent une utilité pour un loyer versé à la ville de 60K€ la première année, 70K€ la seconde, avec option d’achat la troisième, pour une valeur de 4,9M€.
« Véritable projet économique »
« La ville de Béziers a regardé de très près l’expérience toulonnaise, et s’est rapproché des responsables de l’université portugaise pour savoir s’ils envisageaient une autre implantation, a expliqué Raymond Couderc, sénateur-maire de Béziers, ce matin 21 février, en conférence de presse. Le contact a immédiatement été chaleureux. De plus nous disposions de locaux disponibles. Pour nous c’est un véritable projet économique. » Un gros coup signé par la mairie de Béziers, puisque l’université portugaise ne compte pas ouvrir d’autres antennes en France. Les efforts seront donc concentrés sur les deux villes françaises choisies, dont Béziers. « A Porto, l’université vient d’inaugurer un hôpital-école qui compte 200 lits, entièrement financé sur les fonds propres de l’établissement, indique Bruno Ravaz, vice-président du Centre universitaire Fernando Pessoa France. À Béziers, dans l’optique de l’ouverture de l’école de médecine, nous pourrions mettre en œuvre la même chose. Nous aurions pour cela des besoins d’investissement bien supérieurs à ce que nous mettons aujourd’hui, en plus de l’acquisition des locaux. » Le centre universitaire va investir 250K€ dans l’équipement des laboratoires, sans compter l’ameublement et l’équipement informatique. Le budget de fonctionnement de l’établissement s’établira à 1,6M€ la première année, pour atteindre 4M€ à trois ans. Une quinzaine d’enseignants « du Midi de la France » assureront les enseignements, au côté de 5 à 6 personnels administratifs dans un premier temps, chiffre qui « pourrait doubler voire tripler » à terme, selon Bruno Ravaz. « Pour la ville, c’est une chance, a souligné Elie Aboud, député de la 6e circonscription de l’Hérault. On sait qu’hors logement, chaque étudiant dépense en moyenne 700 € par mois. De plus, c’est l’opportunité de renforcer le pôle universitaire de ville moyenne pour lequel Raymond Couderc se bat depuis 1996. »

Une réponse au désert médical ?
Unique en son genre, la démarche de l’université portugaise prétend répondre à un réel besoin de personnel médical en France. Philippe Schweizer, chirurgien dentiste installé à Béziers a choisi après deux bons mois de réflexion de prendre la direction du pôle santé du centre de Béziers. Il explique : « En 2012, sur quelque 1200 installations de dentistes en France, 287 sont dus à des diplômes étrangers. Il y a une hypocrisie par rapport à cela. Les dentistes les plus virulents contre le centre Pessoa sont ceux qui envoient leurs enfants faire des études de dentaire à l’étranger. Je fais cela pour ma ville, pour y apporter de l’enseignement. Et je peux vous assurer que l’on ne donnera pas les diplômes. Au contraire, on sera obligé d’avoir de l’excellence. » La question du manque de spécialistes en France reste tabou et l’installation de l’université portugaise dérange : la ministre de l’enseignement supérieur a porté plainte contre l’utilisation abusive du terme université pour une école privé (9500€ l’année de frais de scolarité) et les syndicats de dentiste appellent à manifester pour le 15 mars. En attendant les 60 places ouvertes dans la section dentaire à Toulon ont reçu 1800 candidatures, selon Bruno Ravaz. A Bruxelles, 23 Biterrois suivent actuellement des études de kiné, selon les recherches d'Elie Aboud.
Légende : Bruno Ravaz, vice-président du Centre universitaire Fernando Pessoa France à gauche, aux côtés de Raymond Couderc, sénateur-maire et d'Elie Aboud, député de la 6e circonsription de l'Hérault. Tous deux refusent la polémique sur la délivrance de diplômes étrangers sur leur territoire et préfèrent retenir l'apport économique de cette installation pour tout le Biterrois.
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