Transparence des rémunérations : de l’injonction à l’outil stratégique
Initiée par des exigences européennes, la transparence des rémunérations se construit et s’anticipe. Bien maîtrisée, elle devient un avantage concurrentiel durable où salariés et employeurs ont tout à gagner. Le point avec Roxane Osanno, juriste senior manager, département droit social chez Deloitte Société d’Avocats.
Pourquoi la transparence salariale s’impose-t-elle aujourd’hui ?
La dynamique s’accélère en 2026 sous l’impulsion de la directive européenne (UE) 2023/970 visant à renforcer l’application du principe d’égalité des rémunérations entre les femmes et les hommes pour un même travail ou un travail de même valeur par la transparence des rémunérations et les mécanismes d'application du droit. L’avant-projet de loi français prévoit plusieurs obligations : communication des fourchettes salariales dès le recrutement, renforcement du droit à l’information « individuel » des salariés sur les écarts de rémunération…, de nombreuses actions vont devoir être entreprises.
Quels sont les bénéfices concrets et quels sont les pièges à éviter ?
Aucune divulgation des salaires individuels n’est à prévoir. Seul un accès à des informations agrégées et comparables pourra être sollicité. La transparence des rémunérations vise à devenir un marqueur de gouvernance sociale. Bien structurée, elle peut produire des effets positifs. Coté salariés, elle réduit le sentiment d’arbitraire et renforce la compréhension des critères de rémunération (compétences, expérience, performance). Côté entreprises, elle favorise l’objectivité des décisions et la correction plus rapide des éventuels écarts injustifiés et devient un outil pour attirer et retenir les talents, mais aussi pour crédibiliser la parole managériale. Mal préparée, les tensions peuvent être exacerbées. Pour y remédier, encore faut-il les avoir identifiées. Aussi, l’accompagnement par des experts (juridiques et RH) est clé pour articuler conformité, acceptabilité sociale et pilotage économique.
Quelle feuille de route adopter pour une mise en œuvre crédible et sécurisée ?
Étape 1 - Diagnostic d’auto-positionnement : cartographier les rémunérations, identifier les écarts (genre, ancienneté, métiers), auditer les pratiques existantes et définir la doctrine interne à l’entreprise (objectifs poursuivis, place du variable et de la performance individuelle dans la politique salariale…). Étape 2 - Structuration des référentiels métiers : constituer les catégories d’emploi qui doivent reposer sur des critères « objectifs et non sexistes » à l’aide des classifications, fiches d’emploi et matrices d’évolution. Étape 3 - Analyser les écarts de rémunération : ne pas attendre la publication de la loi et a fortiori son entrée en vigueur pour débuter les analyses et identifier les écarts nécessitant des mesures. Étape 4 - Planifier la mise en œuvre : hiérarchiser les priorités, mesures et étapes nécessaires en fonction de chaque situation. L’association des représentants du personnel et des managers au bon moment est déterminante pour préserver la qualité du dialogue social.











