Thomas Courbe (Directeur général des entreprises) : « L'économie française se transforme avec succès »
Souveraineté économique, réindustrialisation, cybersécurité, transition environnementale... Président de la cérémonie des Masters Occitanie Est de La Lettre M organisée le 7 octobre au Pasino de La Grande Motte, Thomas Courbe, Directeur général des entreprises, évoque les grands sujets économiques nationaux et l’impact des dispositifs de soutien aux entreprises en Occitanie.
Devant près de 700 décideurs du territoire venus assister à la cérémonie 2024 des Masters Occitanie Est de La Lettre M, Thomas Courbe a tout d’abord tenu à expliquer la nature de sa mission exercée sous l’autorité du ministère de l’Économie et des finances. « Notre direction est chargée de mettre en œuvre la feuille de route du gouvernement en faveur du développement des entreprises dans des secteurs clés tels que l’industrie, le commerce ou le numérique. Dans l’Hérault, cela se traduit par exemple par l’accompagnement du projet Genvia de création d’une unité de production d’hydrogène vert à Béziers, le financement de la rénovation de zones commerciales à Pérols ou Grabels, ou le soutien financier apporté à près de 200 entreprises pour les aider à faire face à la hausse des prix de l’énergie », explique le Directeur général des entreprises (DGE) avant d’évoquer les priorités de l’État. Premier sujet abordé, la réindustrialisation. Avec des signaux positifs, selon lui. « Nous ouvrons aujourd’hui davantage d’usines que nous n’en fermons. Le climat des affaires remonte, notamment dans l’industrie. Au niveau mondial, les chaînes de valeur se réorganisent, et maintenir la compétitivité des entreprises est une priorité, dans le contexte d’une concurrence internationale accrue, notamment face à la Chine ou aux États-Unis, souligne Thomas Courbe. La baisse progressive des taux d’intérêt offre par ailleurs de meilleurs conditions de financement aux entreprises désireuses d’investir dans leur outil industriel. Plus largement, je considère que l’économie française a plutôt mieux résisté que les autres pays européens aux différentes crises que nous avons traversées. »
100 M€ injectés dans la décarbonation de l'Occitanie
Autre thématique évoquée : la décarbonation. « L’Europe a fixé des objectifs élevés, avec une réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2030, par rapport à 1990. Trois leviers sont actionnés pour y parvenir. D’abord dans l’industrie : le plan de Relance a mobilisé 100 M€ en Occitanie en vue de financer les projets de décarbonation. Le plan France 2030 a ensuite accéléré cet effort avec une enveloppe de 5 Md€ au niveau national destinée à la décarbonation de notre tissu industriel. En Occitanie, cela doit se traduire par une baisse de 300 000 tonnes des émissions ; et de 11 millions de tonnes dans l’Hexagone. Autre levier : l’isolation thermique des bâtiments professionnels, avec le soutien de Bpifrance ou de l’Ademe dans le cadre de dispositifs tels que le diagnostic Eco-Flux. Enfin, il s’agit de décarboner le parc automobile, notamment les flottes de véhicules d’entreprises en orientant la demande vers les véhicules électriques, dans le cadre d’un plan plus large consacré à la transition écologique de l’ensemble de la filière automobile », détaille le DGE. L’occasion également de valoriser la production européenne : « Dans ce domaine, les efforts engagés par les producteurs de l’Union européenne destinés à réduire les émissions de carbone sont très supérieurs à ceux entrepris par nos concurrents. Nous travaillons à ce que cette excellence environnementale soit mieux prise en compte dans les règles d’accès au marché européen, au-delà de ce qu’implique déjà la mise en place du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF). »
Aider les start-up à vendre
Concernant l’économie numérique, Thomas Courbe plaide pour la montée en puissance de grands acteurs nationaux et européens. « Nous n’avons pas encore dans notre territoire l’équivalent de géants tels qu’Amazon ou Google. Cependant, le nombre de licornes (entreprises valorisées à plus de 1 Md€, NDLR) augmente », constate-t-il, sans omettre les difficultés de financement rencontrées actuellement par les start-up. Selon lui, l’enjeu principal de cet écosystème va au-delà des problématiques de financement. « Si les levées de fonds sont essentielles et nécessaires, ces entreprises ont ensuite besoin de vendre pour être pérennes. Notre action vise donc à les soutenir dans leur développement commercial. À cet effet, nous avons mis en place un programme leur permettant de rencontrer les acheteurs de grands groupes et d’ETI (entreprises de taille intermédiaire, NDLR). Et des financements publics sont engagés pour les aider à s’implanter dans les marchés européens et internationaux », explique Thomas Courbe. Accompagner et favoriser la croissance des entreprises passe également par des mesures de simplification. Si la tâche est ardue, selon lui, « nous pouvons avancer ». Illustration avec le projet de loi élaboré à partir de 5 500 contributions de dirigeants ou la proposition de loi instaurant des “tests PME“, afin de mesurer l'impact des projets de texte sur les petites et moyennes entreprises : « L’objectif est d’éviter les réglementations imposant des contraintes trop fortes, notamment en termes de coût ou de délai. Et dans le cadre du plan France 2030, le réseau des CCI est mobilisé pour les aider à constituer des dossiers de financement. »
Fiscalité “verte“
Même approche pragmatique concernant la fiscalité “verte“. Pour Thomas Courbe, renchérir le coût de ce qui pollue et baisser le coût de ce qui est vertueux doit favoriser la transition écologique en permettant l’essor de la production française de panneaux photovoltaïques ou d’équipements d’éolien flottant. « Nous devons également développer l’économie circulaire en faisant en sorte que les metteurs en marché contribuent aux opérations de collecte et de recyclage. Cela doit permettre de sécuriser nos approvisionnements et à nos entreprises de consommer moins de matières. Là encore, il s'agit de valoriser la production industrielle française. » Dernier point abordé, la sécurité numérique. « Si les acteurs malveillants vont vite, les solutions de protection aussi. Les entreprises ont besoin d’être sensibilisées à ces enjeux, avec un accompagnement vers les outils dont elles ont besoin. La plateforme France Num, dédiée à la transition numérique des TPE et des PME, a vocation à les accompagner, notamment en matière de cybersécurité. Il s’agit avant tout d’identifier les bonnes solutions ! »











