Thibaut Guilluy (France Travail) : « Travailler en silo ne fonctionne pas »
Présent aux 94e Assises des Départements de France organisées à Albi (81) du 12 au 14 novembre, Thibaut Guilluy, directeur général de France Travail, estime que la réforme du RSA « produit déjà des résultats très positifs, avec +15 à +30 points d’accès à l’emploi dans les Départements engagés ». Il plaide pour un décloisonnement mais souligne toutefois trois leviers à renforcer : la mobilisation des intercommunalités, le partage des données et l’implication des entreprises. Dans le Tarn, où l’on compte aujourd’hui moins de 10 000 allocataires du RSA, le dirigeant vise « moins de 8 000 avant fin 2026 », un objectif qui répondrait aux besoins de recrutement et générerait 15 M€ d’économies pour le Département. Interview exclusive.
La réforme France Travail est maintenant déployée depuis plusieurs mois. Quels premiers effets concrets observez-vous ?
Avant la réforme de France Travail, les personnes ne retrouvaient pas d’emploi lorsqu’elles étaient au RSA, et plus de la moitié y restaient plus de quatre ans car les Départements n’avaient pas les moyens sur l’accès à l’emploi et sur la formation. Sous le chef de filât des Départements, nous avons instauré un accompagnement sur le social, assuré par les Conseils départementaux, et sur l’accès à l’emploi, géré par France Travail. Lorsqu’on décloisonne et qu’on travaille ensemble, on obtient des résultats très positifs : dans tous les Départements qui se sont engagés, on constate + 15 à + 30 points d’accès à l’emploi.
Comment la coopération entre les Départements et France Travail fonctionne-t-elle et quels points restent à améliorer ?
Il y a trois leviers sur lesquels nous avons encore des marches à franchir. À commencer par la mobilisation des intercommunalités dans les comités locaux pour l’emploi, qui est essentielle pour régler les freins à l’emploi. Travailler en silo ne fonctionne pas. Il y a aussi la question du partage des données et des systèmes d’information interopérables. Enfin, nous devons mobiliser encore plus les entreprises. Il y a un an, nous avons lancé France Travail Pro et sommes passés de 100 000 à 400 000 prospections entreprises en 2025. En associant les équipes des Départements dans ces actions de prospection, nous pouvons plus aisément convaincre les entreprises d’ouvrir leurs portes à la diversité des talents.
Quelle est la situation dans le Tarn, où sont organisées les Assises des Départements de France ?
Le Tarn compte actuellement moins de 10 000 bénéficiaires du RSA. Désormais, nous visons moins de 8 000, le plus vite possible, idéalement avant fin 2026. Atteindre cet objectif nous permettrait de résoudre le problème des entreprises qui ont des difficultés de recrutement, d’aider des familles à retrouver une qualité de vie et de supprimer 2 000 allocations RSA, ce qui représente 15 M€ d’économies pour le Département du Tarn.











