LGV Bordeaux-Toulouse : « Le projet est irréversible », assure Sébastien Lecornu, en visite dans la Ville rose
« Ce projet, désormais, est irréversible ». En déplacement à Toulouse le 7 mai pour sécuriser l’avenir de la Ligne nouvelle du sud-ouest (LNSO), qui doit relier notamment Bordeaux à Toulouse, le Premier ministre Sébastien Lecornu annonce le déblocage de près de 500 M€ afin de lancer les procédures d’appels d’offres et signe un protocole d’intention politique avec les collectivités partenaires. Alors que les conclusions du Conseil d’orientation des infrastructures ont récemment ravivé les doutes sur le financement et le calendrier du projet, le chef du Gouvernement fixe également une nouvelle échéance, à l’automne prochain, afin de faire « un point très précis » sur la conduite du chantier et les engagements financiers de l’État.
Moderniser le réseau ferroviaire et poursuivre les grands projets
Lors de cette réunion, organisée à la préfecture, le ministre des Transports Philippe Tabarot défend une stratégie qui vise à conjuguer modernisation du réseau existant et développement des grands projets ferroviaires. « Le Gouvernement choisit d’affirmer clairement son engagement en faveur du train en donnant les moyens d’entretenir et de développer le réseau », affirme-t-il, rappelant que la fréquentation ferroviaire a fortement progressé depuis 2019, avec « 18 % de trajets supplémentaires sur les lignes et 40 % sur les TER ».
Dans ce contexte, l’exécutif prévoit d’augmenter les investissements consacrés à la régénération du réseau ferré, qui s’étend sur 28 000 km. Aujourd’hui fixés à 3 Md€ par an via SNCF Réseau, ils devraient atteindre 4,5 Md€ annuels à partir de 2028. « Le contrat de performance entre l’État et SNCF Réseau permettra de rénover chaque année 1 000 km de voies, contre 750 actuellement », précise Philippe Tabarot. Le ministre évoque également le futur projet de loi-cadre relatif au développement des transports, récemment adopté au Sénat, qui doit permettre de flécher une partie des recettes des futures concessions autoroutières vers les infrastructures de transport. « Cela permettra de dégager, dès 2032, 2,5 Md€ de ressources supplémentaires pour les transports, dont une large part pour le ferroviaire », souligne-t-il. Le président de la SNCF, Jean Castex insiste lui aussi sur la nécessité de ne plus opposer réseau du quotidien et grande vitesse. « La crédibilité des projets de développement repose sur celle des projets du quotidien », affirme-t-il, évoquant un « contrat de réseau historique ».

© Laurie Correia
Un lancement des appels d'offres prévu en 2026
Du côté des collectivités, les élus du Sud-Ouest saluent surtout la clarification de la position de l’État. « Ce protocole met fin aux interrogations sur l’engagement de l’État », estime Jean-Luc Moudenc. Le maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole rappelle que l’accord conclu en 2022 entre l’État et les 24 collectivités – qui avait été formalisé par Jean Castex, alors Premier ministre – prévoit un financement réparti à 40 % pour l’État, 40 % pour les collectivités et 20 % pour l’Union européenne. « Le protocole doit permettre le lancement des marchés de conception-réalisation », ajoute-t-il, alors que les premiers travaux préparatoires ont débuté en 2024. « Je souhaite que rien n’arrête ce chantier et que les signatures d’aujourd’hui le rendent irréversible », insiste l’édile.
Même prudence du côté de Carole Delga, qui réclame désormais des engagements opérationnels rapides. « Je serai sécurisée quand les appels d’offres seront lancés en 2026 », déclare la présidente de la Région Occitanie, rappelant que leur lancement initialement prévu en février dernier a été suspendu par Matignon. L’élue détaille également le calendrier financier envisagé : « Au total, 820 M€ seront engagés au cours des années 2026 et 2027, à parité entre l’État et les collectivités territoriales, pour aller jusqu’à l’attribution des marchés de construction ». Carole Delga continue par ailleurs de défendre l’objectif d’une mise en service en 2032, tout en reconnaissant qu’il est « très compliqué de donner une échéance à quelques mois près ».
Des arbitrages encore en cours
Sur la question du montage financier définitif, Philippe Tabarot confirme enfin que les arbitrages restent en cours. « Rien n’est définitivement décidé concernant le montage, mais nous nous sommes donné un mois ensemble pour pouvoir trancher avec les collectivités, en conjuguant la volonté des collectivités et les contraintes budgétaires de l’État », indique-t-il.
Cette séquence politique intervient dans un contexte délicat pour la LGV. Dans son rapport publié le 6 mai – mais dévoilé par la presse fin avril -, le Conseil d’orientation des infrastructures (COI) estime que le coût global du projet pourrait dépasser de 20 % le coût de référence de 10,36 Md€ (valeur 2020) et juge « peu réaliste une mise en service avant 2035 », contre un objectif initial autour de 2032. Le ministre des Transports relativise la portée des conclusions du COI, « qui est là pour orienter le Gouvernement, mais certainement pas pour décider à sa place ni à celle du Parlement ».











