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| 1/10/2024

Samuel Hervé (Medef Occitanie) : « La hausse du coût du travail ne doit pas servir à renflouer les caisses de l'État »

© Medef Occitanie

Président du Medef Occitanie depuis novembre 2023, Samuel Hervé revient pour La Lettre M sur le contexte économique national et régional et son plan d’actions à la tête de l’organisation patronale. L’occasion pour le dirigeant de l’entreprise héraultaise Akté Services d’évoquer les priorités du nouveau gouvernement. Entretien.

Le nouveau gouvernement a été nommé fin septembre. Que vous inspire sa composition ?
Je n’ai pas de commentaires à faire sur la nomination de tel ou tel ministre. La seule chose qui m’importe est que ce nouveau gouvernement prenne les bonnes décisions en matière économique avec l’objectif de soutenir au mieux les entreprises. Nous jugerons en fonction des choix qui seront faits. Nous y reviendrons...

Vous présidez le Medef Occitanie depuis maintenant près d’un an. Quelle est votre feuille de route et comment l’avez-vous élaborée ?
Ce plan d’action a été coécrit début 2024 avec l’ensemble de nos administrateurs. Nous avons travaillé sur différents éléments à prioriser. Cette feuille de route se décline donc autour de plusieurs thématiques. La première concerne l’« offre de services » dédiée à nos adhérents. L’objectif est de mutualiser les moyens et les forces de nos différents territoires en tenant compte des réalités et des problématiques spécifiques des 14 Medef territoriaux d’Occitanie* et de nos 24 fédérations professionnelles adhérentes. Chacun peut en effet avoir une approche différente. Cela s’explique par la nature des adhérents et les particularités géographiques et économiques propres à chaque département. Cette région est aussi l’une des plus grandes du réseau national du Medef.

Comment peut se traduire cette mutualisation ?
Nous pouvons par exemple inciter des Medef territoriaux n’ayant pas la compétence en interne de juristes à bénéficier des collaborateurs présents dans un autre département. Cela passe par un travail de recensement de ces ressources humaines, puis de leur mobilisation en fonction des demandes et des problématiques territoriales. De fait, la priorité consiste à coordonner ce dispositif avec les différents adhérents. Deuxio, nous souhaitons accentuer notre capacité d’influence vis-à-vis des élus et des institutions paritaires régionales. Cela concerne notamment l’action de nos mandataires, qui représentent le Medef au sein de ces dernières : Carsat, Urssaf... Concrètement, il s’agit de mieux partager nos enjeux d’entreprise pour parler d’une seule voix. Je constate en effet qu’aujourd’hui le pouvoir glisse de l’exécutif vers le législatif. Il faut donc acculturer nos interlocuteurs avec cette évolution. Plus concrètement, nous devons avoir la capacité de sensibiliser les élus à des thématiques telles que la croissance, la compétitivité ou l’innovation. La création de richesse par les entreprises n’est en effet possible que si l’environnement économique est favorable.

Que cela signifie-t-il selon vous ?
Je vais évoquer une nouvelle fois l’actualité. Le projet de loi de finances 2025 pourrait comporter des mesures fiscales susceptibles d’impacter les entreprises en asséchant la création de richesse. Qu’en sera-t-il par exemple de la CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, NDLR)qui devait être intégralement supprimée en 2023 mais qui ne l’a pas été ? Plus largement, nous estimons que si des économies doivent être réalisées, elles doivent l’être sur le train de vie de l’État et ses dépenses. Le renchérissement du coût du travail ne doit pas servir à renflouer les caisses : si le coût du travail augmente, les dirigeants recrutent moins, ce qui se traduira in fine par une baisse des recettes de l’État au titre des cotisations sociales qui ne rentreront pas dans les caisses. Nous allons donc être extrêmement vigilants sur ce point avec le nouveau gouvernement. Autre constat : alors que certains fustigent les entreprises du Cac 40 et que pour l’État les viviers de création d’emploi se trouvent dans les ETI (entreprise de taille intermédiaire, NDLR), mais aussi les TPE et les PME, il est important de rappeler que ces entités se construisent dans le temps, et souvent sur plusieurs générations. On ne passe pas du statut de TPE à celui de PME et d’ETI en un seul jour. Je crains donc fortement une remise en cause du pacte Dutreil destiné à favoriser la transmission d’entreprise. Le directeur de cabinet du Premier ministre, Michel Barnier, est en effet le même que celui du précédent ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Or celui-ci était, semble-t-il, favorable au rabotage sinon à la suppression de ce dispositif. De fait, je constate donc une certaine schizophrénie de l’État, qui d’un côté dit vouloir accompagner les entreprises dans leur développement, et de l’autre envisage des mesures qui freinent leur croissance.

Avez-vous d’autres motifs d’inquiétude concernant la politique économique du nouveau gouvernement ?
Une de mes autres interrogations concerne la suppression possible des primes à l’apprentissage. Quant à la fin de l’allégement des charges que certains ont évoquée, ce serait un nouveau mauvais signal pour le coût du travail et donc la compétitivité des entreprises. Je rappelle que les marges des entreprises ont baissé en moyenne de 2,5 points sur l’année écoulée. Nous ne pouvons pas aller plus loin en renchérissant encore un peu plus le coût du travail. En matière d’allégement des charges, nous préconisons une approche sectorielle, notamment pour prendre en compte les spécificités de secteurs afin d’encourager les embauches ou a minima de ne pas les stopper. Nous évoluons par ailleurs dans un contexte européen où les obligations des employeurs sont renforcées, à l’image de la CSRD (directive euro- péenne renforçant les obligations de publication d’informations en matière de durabilité à l’égard des entreprises, NDLR). Autant de contraintes qui n’existent pas aux États-Unis, par exemple. De fait, nos coûts globaux sont plus élevés que chez certains de nos concurrents internationaux, entraînant ainsi une perte de notre compétitivité. Seule la concertation avec les décisions des politiques peut permettre d’accompagner le nécessaire changement tout en évitant ces problématiques.

Le Medef est-il prêt à la négociation avec l’exécutif et les autres partenaires sociaux ? 
Nous l’avons toujours été. Notre ambition est de contribuer au retour à l’équilibre budgétaire. Nous ne lâcherons pas sur ce point, y compris sur l’équilibre financier des régimes de retraite. Des discussions sont en revanche possibles en matière d’emploi des seniors. Globalement, la ligne du Medef consiste toujours à maintenir le dialogue avec les organismes représentatifs des salariés. À ce sujet, Patrick Martin, notre président national, a d’ailleurs participé en septembre dernier à la Fête de l’Humanité. Nous avons la faiblesse de croire que le dialogue social doit être renforcé car il fonctionne quand les partenaires sociaux se mettent autour de la table. Cela s’est notamment traduit, en février 2023, par la signature avec les syndicats de l’accord national interprofessionnel (ANI) sur le partage de la valeur en entreprise. Le Medef entend par ailleurs contribuer à la fluidification et à la simplification de l’activité économique. Pour y parvenir, nous devons rechercher l’« Union sacrée » entre partenaires sociaux quand cela est possible. À ce titre, la « désinflation » normative est un vrai sujet. Nous prendrons nos responsabilités en vue de trouver de nouveaux accords.

Revenons à l’Occitanie. Vous parcourez la région depuis près d’un an dans le cadre de votre mandat. Quel regard portez-vous sur elle ?
Le qualificatif qui me vient à l’esprit pour la résumer est son hétérogénéité, avec une grande diversité de fonctionnement au niveau des différents territoires qui la composent. Cela tient avant tout à leur histoire respective, à la nature de leur tissu économique et aux personnalités politiques et socio-économiques qui les représentent. Le vrai enjeu de notre action est de respecter ces singularités tout en homogénéisant la marque « Medef » dans l’ensemble de l’Occitanie. Or, je le rappelle, les moyens des 14 Medef territoriaux ne sont pas les mêmes partout. La priorité doit être de défendre notre maillot commun dans le but de contribuer au développement de nos entreprises. Cela implique de se battre au quotidien pour défendre nos intérêts devant les élus, les députés, les préfets et les différents organismes de l’État. Je rencontre partout des responsables qui s’impliquent pour faire avancer cette ambition avec beaucoup d’énergie. Mon rôle consiste à catalyser ces potentiels en permettant de partager les bonnes pratiques là où cela est nécessaire.

Comment cela peut-il se traduire ?
Dans le cadre des relations avec les services de l’État ou les élus, j’estime par exemple que l’organisation de visites d’entreprise dans certains départements va dans le bon sens. Cela doit être généralisé. Ce type d’initiative permet d’acculturer les agents de l’État et les politiques avec le monde économique. C’est un vrai beau sujet à amplifier, selon moi.

Quelle est l’organisation du Medef en Occitanie ?
Elle repose sur le travail de plusieurs commissions. Celle relative aux affaires sociales est chargée des relations avec les organismes de sécurité sociale. La commission « croissance et territoire » conduite par Sophie Garcia, ma prédécesseure, et Frédéric Carré a pour but de favoriser le développement des territoires et de l’emploi en apportant des réponses concrètes en termes de mobilité, de logement ou de garde d’enfant. L’objectif est de réduire les obstacles et les disparités territoriales en termes d’accès à l’emploi. C’est aussi le rôle de la commission « emploi et compétences », qui œuvre également sur les enjeux d’attractivité des métiers et de l’orientation des élèves par un rapprochement école-entreprise. Enfin, une autre commission est également chargée de réfléchir à l’impact des transitions – numérique, environnementale, énergétique – avec des enjeux forts liés à l’IA, à la cybersécurité ou la gestion de l’eau.

Quels sont les principaux dossiers actuellement à l’étude ?
En matière de développement économique, force est de constater que l’offre de foncier est de moins en moins importante dans les métropoles. Et l’entrée en vigueur du Zan (zéro artificialisation nette) accentue cette problématique. Nous devons travailler encore plus étroitement avec la Région Occitanie et les services de l’État sur une mise à jour de la cartographie des « grands projets d’envergure nationale » présentée en début d’année par l’État. Ces derniers seront retranchés de la consommation d’espace imputable aux collectivités pour la période 2021-2031. Notre objectif consiste à élargir cette liste à de nouveaux pro- jets. Plus globalement, il s’agit de conforter l’attractivité du territoire régional pour favoriser l’implantation d’entreprises endogènes et exogènes tout en contribuant à l’équilibre des territoires. Là encore, nous attendons que les politiques jouent la carte de la concertation dans ce type de dossiers. 

*Le Medef Occitanie regroupe 14 Medef territoriaux – un par département et deux dans l’Hérault, à Béziers et à Montpellier – et 24 branches professionnelles représentant 25 000 entreprises adhérentes. Le réseau Medef emploie 41 personnes en Occitanie.

Propos recueillis par David Danielzik / danielzik@lalettrem.net
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