[Salon du Bourget] Croissance, désendettement, perspectives de cession... : Jean-Claude Maillard (Figeac Aero) se livre
Figeac Aero enregistre 432,3 M€ de chiffre d’affaires en 2024-2025, en hausse de 8,1 %. Spécialisé dans les pièces de structure en alliage léger et en métaux durs, les pièces de moteur, les trains d'atterrissage et les sous-ensembles, le groupe aéronautique lotois de 3 000 salariés réalise un Ebitda courant de 69,5 M€, avec un free cash flow porté à 37,9 M€. Dans une interview exclusive accordée à La Lettre M Jean-Claude Maillard, PDG, évoque sa trajectoire de croissance, le sujet stratégique de l'endettement, sa feuille de route à horizon 2028, mais aussi sa volonté de céder à terme l'entreprise qu'il a fondée en 1989.
Quels sont les ressorts de votre croissance ?
Notre croissance est portée par la bonne tenue du transport aérien. Dans ce contexte, les compagnies aériennes commandent de nouveaux avions, ce qui permet à nos clients de disposer aujourd'hui d'un carnet de commandes sur plus de dix ans. Leurs besoins nous sont répercutés. Résultat : sur un marché très dynamique, nous avons à nouveau dépassé nos objectifs financiers et avons retrouvé nos niveaux d'activité d'avant-crise.
Êtes-vous en ligne avec votre trajectoire de désendettement, sujet hautement stratégique pour Figeac Aero ?
Oui, nous sommes parfaitement en ligne avec notre trajectoire. Durant l'exercice 2024-2025, nous avons réduit notre dette nette d'une vingtaine de millions d'euros (elle est passée de 288,4 M€ à 266,6 M€ en un an, NDLR). Notre levier (ratio de dette nette ne portant pas intérêt sur Ebitda courant, NDLR) est passé de 4,8 en mars 2024 à 3,8 en mars 2025. Il devrait être de 3 en mars 2026. Nous faisons donc des progrès réguliers sur le levier financier, qui devrait être inférieur à 2 en 2028.
Quels volumes d'investissement allez-vous consentir cette année pour accompagner votre croissance ?
Nous investissons chaque année entre 35 et 40 M€. Cela représentera environ 6 % de notre chiffre d'affaires durant les exercices à venir, jusqu'en 2028.
Quels sont vos objectifs pour 2025-2026 ?
Pour l'exercice 2025-2026, qui va se clôturer le 31 mars 2026, nous visons un chiffre d'affaires compris entre 470 et 490 M€, avec un Ebitda courant compris entre 77 et 83 M€ et un free cash flow qui s'établirait entre 35 et 40 M€. Pour atteindre ces objectifs, nous nous appuyons sur un carnet de commandes qui est déjà quasiment assuré ; il s'agit en effet de commandes fermes formulées par nos clients. Par ailleurs, les prix sont définis par contrat, de même que nos prix de revient sont connus. Enfin, notre rentabilité est maîtrisée. Il devrait donc y avoir peu d'effet de surprise.
Dans quelle mesure pourriez-vous être impactés par les mesures douanières de Donald Trump ?
L'impact potentiel sera très faible. Car les flux de production enregistrés depuis nos sites à destination des États-Unis (principalement liés aux programmes A350 et A320 d’Airbus, NDLR) ne concernent qu’environ 6 % de notre chiffre d’affaires total.
Vous maintenez vos objectifs à horizon 2027-2028. Quels sont-ils ?
Pour l'exercice 2027-2028, nous visons un chiffre d'affaires supérieur à 600 M€, avec un Ebitda courant de plus de 100 M€ et une dette nette réduite grâce à un free cash flow supérieur à 60 M€. Et d'ici à 2028, nous devrions avoir généré entre 80 et 100 M€ de chiffre d'affaires liés à de nouvelles affaires ; 40 % de ces commandes sont d'ailleurs d'ores et déjà sécurisées.
Et après 2028, qu'en sera-t-il ?
Je pense que la croissance annuelle de Figeac Aero devra ensuite rester entre 8 et 12 %, avec une moyenne de 10 %. Il faudra rester raisonnable et ne pas dépasser ce pourcentage. Car une croissance supérieure amène à beaucoup investir et à financer de très fortes hausses du besoin en fond de roulement. Ce qui génère un free cash flow faible, voire négatif. Nous avons connu cette situation par le passé, avec une dette devenue insupportable au regard de la chute importante de chiffre d'affaires enregistrée lors du Covid. Nous ne voulons pas revivre la même situation, donc il faudra rester autour de 10 % de croissance annuelle au-delà de 2028. Je suis d'autant plus à l'aise de parler de ce qui va se passer après 2028 qu'il y a des chances que je ne sois plus à la tête de la société et que d'ici là, je l'ai vendue.… Mais en tout cas, c'est ce que je conseillerai à celui qui viendra après moi.
Vous le dites, vous souhaitez passer la main en 2028. Certaines sources de presse ont évoqué il y a quelques mois des discussions avec le groupe indien Mahindra… Figeac Aero est-il à vendre aujourd'hui ?
Non, pas aujourd'hui. J'ai eu l'opportunité de discuter avec un investisseur sérieux et crédible à un moment donné. J'ai écouté ce qu'il proposait avec beaucoup d'intérêt et d'attention. Mais il a valorisé la société par rapport à ce qu'elle venait de réaliser en termes de performance financière et n'a pas souhaité prendre en compte ce qu'elle allait devenir. Par conséquent, les discussions se sont arrêtées après l'analyse d'une offre revue à deux reprises. Une offre tout à fait correcte par rapport à la performance que nous venions de délivrer. Mais comme nous avons réalisé 25 % de croissance par an, que notre dette a baissé tous les ans, que notre free cash flow augmente régulièrement et que cela va durer dans les années à venir, j'aurais souhaité sentir, ou voir, la prise en compte de l'avenir dans l'offre proposée. Mais ça n'a pas été le cas.
Discutez-vous avec d'autres repreneurs potentiels ?
Non, il n'y a pas d'autres discussions. Mais pour conclure une vente au plus tard en 2028, il faudra lancer une opération dans quelques temps.











