Région/Médias - Les patrons de presse insistent sur le poids de l’Internet
Edwy Plenel et Franz-Olivier Giesbert (FOG), patrons respectifs du site payant Mediapart et du magazine Le Point, ont insisté vendredi dernier au Corum de Montpellier, lors de la Comédie du Livre, sur le poids croissant d’Internet dans l’information.« Aux Etats-Unis, des grands groupes de presse comme le New-York Times sont dans une situation financière catastrophique, a déclaré FOG. Des journaux-icônes sont menacés de mort. Les salariés ont accepté une baisse substantielle de leurs salaires, mais ce n’est que partie remise. Le Los Angeles Times a licencié la moitié de sa rédaction. Les évolutions aux Etats-Unis, on les connaît en France peu de temps après. Un véritable tsunami, une vague de cinq mètres nous attend. Les journaux de demain seront davantage des plateformes multimédias, jonglant entre Internet, vidéos, radios et téléphonie mobile. On se dirige vers un autre type de presse. »FOG a épinglé les Etats Généraux de la presse, impulsés à l’automne par Nicolas Sarkozy : « Je n’y suis pas allé. C’est complètement débile de sortir la sébile pour demander des subventions à l’Etat. La question n’est pas là. Si les journaux n’innovent pas, on va tous mourir. Essayons d’inventer autre chose. Voyez en Corée du Sud : tout se passe sur le téléphone mobile. On est dans une mutation énorme. »Le patron de Mediapart a évoqué la révolution numérique à venir : « Le numérique supprime trois coûts : le papier, l’impression et la distribution. C’est donc forcément un média d’avenir. La grande presse de qualité, les grands navires amiraux ont commis l’erreur historique de mettre leur contenu gratuitement sur Internet. En agissant ainsi, ils ont rajouté de la crise à la crise. »Il a recentré le débat sur le contenu de l’information : « L’enjeu n’est pas tant le tuyau et le support que la question de la valeur démocratique de l’information. La crise actuelle des médias, c’est la crise des contenus. La presse française est parmi la plus chère et la plus subventionnée au monde. Ce n’est pas un contre-pouvoir. Un mur de verre l’a mise à l’abri des réalités économiques et de ses lecteurs. Il n’y a pas assez de tradition de reportage dans le journalisme en France. Raconter le monde tel qu’il est et le rendre intelligible pour soir et pour les autres, c’est pourtant la base de la profession. Le problème de la presse française, c’est que 14 % de son budget global provient d’aides directes et indirectes. »H.V.










