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Région Occitanie
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Aménagement - Urbanisme
| 20/08/2026

Yann Cabrol (Agence d'urbanisme de l'aire toulousaine) : « La contrainte poussera à la collaboration »

© AUAT

Début de mandat sous contrainte(s) pour les élus locaux, conciliation entre les impératifs environnementaux et les ambitions de construction de logements et de bâtiments à vocation économique, promotion de l'intelligence collective... : dans un entretien exclusif accordé à La Lettre M, Yann Cabrol, directeur général de l'Agence d'urbanisme de l'aire toulousaine (AUAT), évoque les grands enjeux d'urbanisme et d'aménagement autour de la Ville rose.

Alors qu'a débuté un nouveau mandat pour les élus de Toulouse Métropole, mais aussi ceux des communes de l’aire toulousaine, quel rôle peut jouer l’AUAT à leurs côtés ?
C'est un mandat qui commence malheureusement sous contraintes, à la fois budgétaires, climatiques et démographiques. Nous le voyons tous les jours : le contexte national et international se tend. Notre agence doit par conséquent plus que jamais se positionner comme tiers de confiance en éclairant les décisions des élus. Notre territoire est très dynamique et les élus ont cette donne en tête ; mais la progression démographique sera moins importante demain que par le passé. Nous accueillerons moins de jeunes que de seniors. Dans ce contexte, il nous faut objectiver les tendances lourdes, mais aussi les signaux faibles. Je pense notamment à la question - encore assez peu connue des élus - de l'explosion du célibat dans les logements. Nous devons rendre ces sujets concrets, en proposant des données consolidées et en territorialisant nos analyses.

Sur le front de l’aménagement et de l’urbanisme, en quoi le jeu de l’intelligence collective peut-il permettre de relever les défis de demain et d’après-demain ?
Au cœur de cette question se pose celle de la contrainte portée sur les ressources. Prenons un sujet qui va continuer à faire l'actualité dans les mois et années à venir : le Zan (Zéro artificialisation nette des sols, NDLR). La raréfaction du foncier urbanisable va obliger les acteurs à coopérer. Des territoires voisins vont devoir mener des réflexions collectives. D'une certaine manière, nous entrons dans le mandat du choix et du renoncement, avec la fin de l'abondance et la nécessité de la régulation. Quelle place pour l'économie, le logement, les équipements publics ? Tout cela appelle en effet l'intelligence collective. La ressource en eau est aussi un sujet majeur qui doit amener les acteurs à travailler ensemble, à réaliser des arbitrages, à inventer de nouvelles forces de coopération et de nouveaux usages.

Justement, dans le territoire, comment concilier des injonctions parfois contradictoires - accueil de la population, considérations environnementales, nouveaux besoins des habitants… -, le tout dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint ?
C'est le rôle de notre agence : accompagner les décideurs dans le changement d'échelles à la fois temporelles et spatiales. Nous devons expliquer aux élus cette complexité. J'ai envie de croire que la contrainte, encore une fois, poussera à la collaboration. Nous l'avons constaté par le passé avec la question de l'accueil des logements sociaux ; c'est désormais le cas pour le foncier. L'intercommunalité nous permet de voir quelles sont les décisions les plus pertinentes. Et d'autres dispositifs plus informels, comme l'interscot (démarche collective volontaire de dix territoires du grand bassin toulousain couverts par des Schémas de cohérence territoriale, représentant environ deux millions d'habitants, NDLR) et l'Association du dialogue métropolitain de Toulouse (qui réunit dix intercommunalités autour de la Ville rose, NDLR) permettent de dépasser les limites administratives. Les espaces de dialogue sont autant de tremplins de coopération. Quant à la question de l'adaptation au changement climatique, elle implique nécessairement des arbitrages, avec le renoncement potentiel à certains projets afin de conforter l'existant. Les élus sont pleinement conscients de cela.

Quels sont les enjeux en termes de densification des zones d’activités économiques dans la métropole toulousaine et au-delà ?
L'enjeu partagé est celui de l'industrie, avec le sujet de la préservation de foncier pour accompagner le processus de réindustrialisation, au-delà des effets de concurrence territoriale. Pour le tertiaire, c'est plus compliqué, car nous faisons face à certains locaux devenus obsolètes, avec la présence de véritables passoires thermiques, tandis que la production neuve est parfois importante. Par ailleurs, dans les territoires plus éloignés de Toulouse, nous pouvons être encore sur des logiques de foncier disponible sans forcément de feuille de route derrière. Or, en la matière, le cap est nécessaire.

Prendrez-vous part au Conseil économique que souhaite créer Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole ?
Oui, nous apporterons notre pierre à l'édifice, en termes d'objectivation des tendances, notamment. Nous défendons depuis longtemps l'idée d'un renforcement des liens avec les acteurs économiques du territoire. Prendre le pouls, être un agent facilitateur autour des enjeux de mobilité, d'espace public... : nous essaierons d'apporter des éclairages permettant de faire converger les différents intérêts.

Propos recueillis par Alexandre Léoty / leoty@lalettrem.net
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