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Région Occitanie
| | 9/10/2019

Quand une PME créé sa fondation

Rares sont les PME qui se lancent dans la création d'une fondation d'entreprise. Une seule a sauté le pas en Occitanie, avec pour objectif à trois ans de distribuer gratuitement 1 million de jeux éducatifs dans le monde auprès d’enfants en situation d’exclusion.

L’initiative est peu courante. Une PME qui créé sa fondation, c’est une exception nationale* et un défi que vient pourtant de relever l’entreprise héraultaise Bioviva. Depuis fin juin, ce fabricant de jeux éducatifs liés à la préservation de l’environnement a créé son propre organisme caritatif : Bioviva For Life. Son but : distribuer gratuitement 1 million de jeux à travers le monde à destination d’enfants en situation d’exclusion. Dans ce cadre, l’entreprise, qui réalise 4 M€ de CA, s’est engagée auprès de sa fondation à reverser un minimum de 20 k€ par an, pendant trois ans – la durée minimum légale d’engagement. « Cette somme ne permettra pas à elle seule d’atteindre nos objectifs. La fondation Bioviva doit nous aider à lever des fonds auprès d’autres entreprises ou fondations et de particuliers”, explique Jean-Thierry Winstel, PDG de Bioviva. D’un point de vue strictement fiscal, une entreprise a le droit de déduire 60 % de ses dons dans la limite de 10 k€ ou 0,5 % de son chiffre d’affaires hors taxes. « Mais ce n’est pas du tout le moteur », précise son dirigeant. Une étude réalisée en région par Science-Po Toulouse pour l’Association pour le développement du mécénat industriel et commercial (Admical) va dans ce sens : « Même si la réduction fiscale est appliquée par les trois quarts des entreprises, elle n'est pas la motivation première des mécènes. Elle est même écartée par certaines entreprises (environ 17 % des cas étudiés) », explique cette étude.

Une gestion quotidienne complexe
Malgré tout, la gestion quotidienne d’une fondation reste complexe. C’est la raison pour laquelle les PME préfèrent souvent concourir à un fonds de dotation, une structure souple n’engageant pas sur la durée. « Lever des fonds et monter des opérations philanthropiques sont des métiers que j’avais sous-estimés, concède Jean-Thierry Winstel. Et parfois je me demande si notre démarche ne va pas trop loin, au risque de nuire à la productivité de l’entreprise. Depuis un an, hors fondation, nous avons distribué 50 000 jeux à des enfants syriens réfugiés au Liban grâce au mécénat de compétence des entreprises Kaliop, CMA-CGM et Entre nous soit dit. Cela a pris 1 500 heures à mes équipes. » Soit presque un équivalent temps plein !

Un appui de la Fondation Saint-Pierre
Pour créer son œuvre et la gérer, Bioviva s’est adjoint les services de la Fondation Saint-Pierre. Installée à Palavas-les-Flots (34), cette dernière permet, à l’instar de la Fondation de France, l’hébergement sous égide d’autres organismes. La Fondation Saint-Pierre est la première du genre en Occitanie, et Bioviva la première fondation hébergée. « Nous maîtrisons la technique et veillons au respect des valeurs tant dans la collecte des fonds que dans leur usage », détaille Hervé Durand, président de la Fondation Saint-Pierre. « Nous sommes les tuteurs des comptes et offrons à la collectivité la garantie que les fonds sont bien utilisés. Pour couvrir nos frais, nous prélevons 4 % des sommes dépensées par les fondations abritées », poursuit Hervé Durand. Même si les TPE-PME ne contribuent que pour 22 % à l’effort de mécénat entrepreneurial (contre 78 % pour les ETI et grands groupes), l'Admical constate que « leur engagement s’accentue ces dernières années. Les TPE représentent la catégorie d’entreprise avec la plus forte progression en nombre : elles sont presque trois fois plus nombreuses en 2016 qu’en 2010. Quant aux PME, elles montrent un grand dynamisme en montant déclaré : elles ont multiplié leurs dons par 2,6 sur cette même période ».

* Selon l’Association pour le développement du mécénat industriel et commercial (Admical), une demi-douzaine de PME aurait créé sa fondation dans l’Hexagone.

Guillaume Mollaret
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