Pourquoi le burn-out guette davantage les chefs d’entreprise
17,5 % des chefs d’entreprises français présentent un risque d'épuisement professionnel (burn-out). C’est l’un des résultats clés présentés par Olivier Torres, fondateur de l’observatoire Amarok, et Charlotte Kinowski-Moysan, psychologue clinicienne & doctorante en entrepreneuriat, dans la Revue Française de Gestion (éditions Lavoisier). Principale explication : « Les chefs d’entreprise travaillent nettement plus que les salariés, indique Olivier Torres, 50 heures par semaine en moyenne contre 39 heures pour un salarié. » Autres facteurs : les dirigeants dorment environ 6h20 à 6h30 par nuit, soit environ 30 minutes de moins que les salariés. Les travailleurs non-salariés engagent aussi généralement une partie de leur patrimoine, « ce qui atteste d’un sur-engagement ». Ainsi, les chefs d’entreprise sont une population à risque pour le burn-out. Mais, ils auraient tendance à créer eux-mêmes les conditions de leur épuisement professionnel : « Ils sont dans une contrainte choisie, pas subie ». Et le stress choisi aurait, selon l’expert, un impact « moins négatif » que le stress subi. Ce dernier rejette toutefois la théorie du « bon stress » qui stimulerait. S’il peut améliorer la performance, son impact positif sur la santé n’a jamais été démontré, souligne Olivier Torres.
Épuisement chez les agriculteurs et les artisans
Autres résultats relayés dans cette étude : 35 % des agriculteurs sont exposés à l'épuisement. Un chiffre élevé (obtenu en collaboration avec la Chambre d'agriculture de Saône-et-Loire) qui traduit plusieurs sentiments que disent ressentir les agriculteurs : l'impression que leur destin leur échappe du fait des évolutions fréquentes et de la lourdeur des réglementations, notamment au niveau européen, et l'‘agribashing“, c'est-à-dire la mauvaise image qu'ils ont dans la société qui a tendance à les considérer comme des pollueurs. Côté artisans, même constat : 35,3 % d'entre-eux (étude en partenariat avec Garance, mutuelle) risquent l'épuisement professionnel. En cause notamment, des horaires de travail à rallonge et un manque de management. « Certains pensent davantage à leur chantier qu'à se faire payer leurs factures et pourtant : “no cash-flow = no sleeping“ », rappelle Olivier Torres.
Autre population touchée par ce phénomène, les experts-comptables, pour 30,2 % d'entre-eux (chiffre collecté suite à une collaboration avec l’Ordre des experts-comptables d’Île-de-France). « La loi Pacte a impacté la profession avec le relèvement du plafond obligeant les entreprises à faire appel aux experts-comptables ce qui implique pour ces derniers des pertes de marché. À cela s'ajoute l'hyperinflation des lois liées au code du travail et des affaires qui complexifie leur travail. Leurs clients se renseignent de plus en plus sur Internet et sont très exigeants. Ils attendent de leur expert-comptable qu'il sache tout mais avec une loi qui évolue rapidement c'est compliqué. Dernier facteur : un discours ambiant anxiogène qui consiste à dire que dans le futur, l'intelligence artificielle fera que les experts-comptables auront disparu. »










