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Haute-Garonne
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Transports - Logistique
| 22/03/2024

Place aéroportuaire de Toulouse : un pacte « gagnant-gagnant » est signé, mais des crispations demeurent

© Alexandre Léoty

Aboutissement de la démarche « Atelier des territoires » consacrée à la place aéroportuaire du nord-ouest toulousain, « un pacte gagnant-gagnant » est signé le 21 mars à la préfecture de la Haute-Garonne, à Toulouse. Avec autour de la table des représentants de l’État, des collectivités locales, des acteurs économiques et des associations de riverains. « En 2019, il régnait un climat d’extrême tension entre les parties prenantes ; cette démarche de dialogue est à la fois pacificatrice et constructive », estime Pierre-André Durand, préfet de la région Occitanie et de la Haute-Garonne. Néanmoins, des crispations demeurent, reconnaît-il, liées « aux nuisances sonores et à l’utilisation du foncier pour les activités aéronautiques ».

Le pacte décline douze objectifs répondant à trois grandes ambitions : « faire de la place aéroportuaire un territoire d’innovation environnementale », « intégrer les plateformes aéroportuaire et aéronautique dans les territoires voisins » et « encourager le développement économique durable du territoire ». Des engagements qui concernent plusieurs champs : l’aménagement des territoires, l’interterritorialité, les mobilités et les infrastructures, l’économie-emploi-formation, la santé-pollution-qualité de vie, mais aussi les données et la gouvernance.

Des points de convergence…
« L’objectif est de dépasser les contradictions entre les exigences économiques et environnementales, résume le préfet. Le fait de travailler ensemble a permis de rétablir la confiance entre les acteurs, sans tabou ni procès d’intention. » Une méthode collégiale saluée par l’ensemble des parties prenantes. « C’est l’honneur des républicains que nous sommes tous de s’asseoir autour d’une table pour échanger nos points de vue et nos arguments », estime Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole. Et l’édile d’exposer sa propre vision du rôle que doit jouer la place aéroportuaire : « Notre ligne de conduite tient en deux points qui, admettons-le, ne sont pas toujours facilement conciliables. D’une part, nous adhérons à une vision de l’avenir caractérisée par le développement ; nous ne croyons pas en la décroissance. Et d’autre part, nous avons la conviction que le développement d’aujourd’hui et de demain doit répondre à des critères nouveaux, aux enjeux de la transition écologique et énergétique et aux légitimes aspirations de nos concitoyens. » Sébastien Vincini, président du Conseil départemental de la Haute-Garonne, l’assure : « Au travers de ce pacte, nous essayons de trouver des convergences, des compromis, en mettant l’ensemble des enjeux sur le même plan. » Pour Stéphanie Sense, conseillère régionale représentant Carole Delga, la signature du pacte marque ainsi « la fin d’un processus », mais aussi « le début d’un engagement ».

 

… et des crispations
Si les sourires sont de rigueur sur la photo de famille, certaines crispations ne manquent pas d’émerger çà et là, liées en particulier à la question – sensible – des nuisances sonores engendrées par l’activité aéroportuaire. Ainsi, devant les élus, Chantal Beer-Demander, présidente du Collectif contre les nuisances aériennes de l’agglomération toulousaine, monte au créneau. « L’aéroport de Toulouse nous a montré l’été dernier son incapacité à maîtriser son trafic de nuit, s’agace-t-elle. Il va nous falloir des garanties autres que celles présentées aujourd’hui pour transformer ce pacte gagnant-perdant en véritable pacte gagnant-gagnant. »

Jean-Luc Moudenc le reconnaît, « ce pacte est une étape positive, mais ne siffle pas la fin de la partie. Les points de vue sur des sujets importants demeurent non convergents. Il faut poursuivre le dialogue. » Sur le sujet particulier des nuisances sonores, le maire de la Ville rose défend « l’idée que les vols commerciaux dans le cœur de nuit doivent progressivement disparaître, même si nous savons que c’est plus facile à dire qu’à faire ». Même objectif pour Sébastien Vincini, qui entend ne pas « transiger avec les questions de santé et de qualité de vie des habitants qui vivent sous les avions ». Pour l’élu, « un chemin existe, parfois étroit et semé d’embûches, mais je suis certain que nous pouvons y arriver ». Stéphanie Sense acquiesce : « Nous ne baisserons pas les bras face aux difficultés que nous rencontrerons inévitablement. »

S’il vante lui aussi « une méthode collective porteuse de solutions », Patrick Piedrafita, président de la CCI Toulouse Haute-Garonne, voit avant tout dans la plateforme aéroportuaire toulousaine « un outil essentiel de connexion, une infrastructure permettant à Airbus d’être aujourd’hui le leader mondial de l’aéronautique et un hub logistique majeur ». Sur le sujet complexe des nuisances sonores, l'élu consulaire se veut nuancé : « L’objectif est de ne pas pénaliser l’activité économique aéroportuaire tout en se donnant les moyens nécessaires pour en limiter les nuisances, sans prendre de mesures restrictives sur les vols de nuit mais en poursuivant les démarches vertueuses de réduction de ces derniers. » Ainsi, constate Pierre-André Durand, « si l’objectif de baisse des nuisances fait consensus, les moyens pour y parvenir ne sont pas partagés par toutes les parties ».


Photo © ATB

 

Et après ?
Sur ce front, le préfet d'Occitanie le reconnaît, « un aéroport génère inévitablement des nuisances et des contraintes, en particulier dans une zone très urbanisée ». Et d’ajouter : « Des tensions se sont accentuées progressivement, au fur et à mesure de la croissance de l’activité de la plateforme. L’Atelier des territoires a permis de rétablir le dialogue, même si des divergences peuvent persister. » Parallèlement aux discussions ayant donné lieu à la rédaction et à la signature du Pacte « gagnant-gagnant », démarche structurante mais informelle, les services de l’État ont engagé une étude d’impact selon l’approche équilibrée (EIAE), dont les conclusions devraient être connues en juillet prochain. En fonction de ces dernières, une révision du plan d’exposition au bruit de la plateforme aéroportuaire pourrait être réalisée, incluant potentiellement une restriction de trafic en cœur de nuit.

Au-delà des problématiques de bruit, le sujet foncier alimente lui aussi les débats. « Les perspectives de développement d’Airbus engendrent le besoin d'un accroissement de ses capacités de production, constate Pierre-André Durand. Il y a des arbitrages à faire, dans ce contexte de foncier rare, entre les activités économiques, les logements, les infrastructures de transport, les services publics… »

Des acteurs de tous horizons
Lancée en 2022 à l’initiative de l’État avec l’implication de la Région Occitanie, du Conseil départemental de la Haute-Garonne et de Toulouse Métropole, la démarche « Atelier des territoires », qui visait à « dessiner une vision partagée et à s’accorder sur des actions concrètes pour le développement durable de la place aéroportuaire de Toulouse Blagnac et des territoires avec lesquels elle interagit », a réuni des acteurs de tous horizons : collectivités, entreprises, experts, associations de riverains, acteurs syndicaux, services de l’État…

Alexandre Léoty / leoty@lalettrem.net
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