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Industrie
| 5/05/2026

Philippe Roussel (Robotics Place) : « Rapprocher les utilisateurs de robots et les offreurs de solutions en Occitanie »

© CCO - Pixabay - Photo d'illustration / Robotics Place

Co-présidé par Patrick Dehlinger, dirigeant de la société tarnaise Rob’Occ, et Sébastien Bach, qui pilote l’entreprise haut-garonnaise NovaLynx, le cluster régional Robotics Place compte désormais plus de 150 adhérents. L’association, qui s’appuie sur un budget annuel de 200 k€, multiplie les initiatives, avec la création d’une entité dédiée au secteur spatial, mais aussi d’un club utilisateurs et d’un réseau d’investisseurs individuels. Entretien exclusif avec Philippe Roussel, délégué général.

Robotics Place a été créé en 2012. Comment le cluster a-t-il évolué au fil des années ?
En effet, le cluster est né en 2012 afin de contribuer au développement du secteur robotique en Occitanie. L’association s’est structurée et développée petit à petit, regroupant à la fois des entreprises, des laboratoires de recherche et des écoles des secteurs de la robotique et des technologies connexes. Nous comptons aujourd’hui plus de 150 adhérents, dont 74 % sont implantés en Occitanie. Dans le détail, 21 % d’entre eux sont des bureaux d’études, 21 % des intégrateurs de solutions robotiques, 19 % des fournisseurs de briques technologiques, 13 % des producteurs d’équipements ou de robots de service et 9 % des producteurs d’équipements ou de robots industriels.

Après avoir déployé une activité dédiée à la robotique médicale, vous souhaitez dupliquer l’initiative dans le champ du spatial. Pour quelle raison ?
Nous avons créé il y a trois ans Med Robotics Place, une entité consacrée à la robotique médicale, avec une envergure nationale. Et nous sommes en effet en cours de constitution de son équivalent dans le spatial, Space Robotics Place. C’est une dynamique que nous avons engagée il y a deux ans en discutant avec Aerospace Valley et le Club Galaxie. Nous avons eu l’occasion de rassembler des acteurs de la robotique et du spatial afin qu’ils échangent. Aujourd’hui, il y a une relative méconnaissance de ce que le tissu robotique d’Occitanie peut apporter à l’écosystème spatial, pourtant très présent dans le territoire. Or, les acteurs régionaux peuvent être en mesure de développer des robots sur-mesure pour le spatial. Pour cela, il est nécessaire de mener une acculturation réciproque.

Vous faites aussi le pari de l’évangélisation des entreprises régionales, au travers du lancement d’un club dédié aux utilisateurs de solutions robotiques…
Oui, nous créons un club utilisateurs au sein du cluster. L’objectif est de permettre aux utilisateurs et utilisateurs potentiels de robots de se retrouver, d’échanger autour de leurs problématiques et, bien sûr, d’accéder à l’expertise des offreurs de solutions régionaux. Nommée Rob’Team, cette entité en cours de déploiement aura sa propre gouvernance et un comité de pilotage dédié. Elle est destinée à rassembler les industriels du territoire, dans l’aéronautique, bien entendu, mais aussi dans l’agroalimentaire et tous les autres secteurs d’activités.

Alors que les robots chinois se taillent aujourd’hui la part du lion, quels arguments opposez-vous aux entreprises régionales pour qui le facteur prix demeure déterminant ?
Tout d’abord, dans le secteur industriel, il est primordial que les fournisseurs comprennent les besoins de leurs clients. Par ailleurs, la robotique suggère une maintenance à assurer. Tout cela ne se fait pas depuis Pékin ! Les entreprises doivent s’assurer de bénéficier d’un réel suivi, car lorsqu’une production s’arrête, ce n’est évidemment pas anodin. Choisir une solution sur la seule base du prix peut être dangereux. Ce n’est pas parce qu’il y a une étiquette « CE » que le robot est réellement aux normes, surtout lorsqu’il vient de Chine. Si le produit est moins cher, ce n’est pas uniquement parce que les Chinois sont plus productifs que nous. D’une part, il peut y avoir des sujets de qualité et, d'autre part, nous voyons se développer un système de dumping, avec des subventions visant à éteindre la concurrence et à prendre l’hégémonie sur le marché. Enfin, n’oublions pas l’aspect cyber ! Les robots sont équipés de capteurs qui peuvent regarder ce qui se passe dans leur environnement. Avec une potentielle communication vers l’extérieur sur laquelle il convient d’être très vigilants.

Vous prenez par ailleurs l’initiative de la création d’un réseau national d’investisseurs individuels dédiés à la robotique. Quel est votre objectif ?
Nous nous inspirons en effet du modèle d’Aerospace Angels (réseau de business angels dédié aux projets aéronautiques et spatiaux, NDLR), que nous souhaitons dupliquer pour la robotique, là encore à l’échelle nationale. L’idée est de regrouper des investisseurs individuels disposant d’une expérience et d’une expertise technique dans le secteur de la robotique. Leur connaissance des enjeux et des technologies doit permettre d’apporter une validation sur un projet et par conséquent de générer ensuite un effet de levier financier, avec le concours d’investisseurs traditionnels. En clair, un dossier légitimé a plus de chance, ensuite, de lever d’autres fonds. Nous souhaitons formaliser ce nouveau réseau, nommé Rob’Angels, d’ici à la fin de l’année.

Propos recueillis par Alexandre Léoty / leoty@lalettrem.net
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