Pénurie d'eau : le préfet de l’Hérault lance un plan d'urgence
François-Xavier Lauch, préfet de l’Hérault, présente, le 20 mars à Béziers, un plan d’urgence sur l’eau et annonce le lancement d'une task force associant l’État, le Département et l’association des maires (AMF). « L’été va être compliqué, je tire la sonnette d’alarme. Déjà 12 communes sont en difficulté et l’arrêté de restrictions n’a pas été interrompu cet hiver, indique-t-il inquiet sur la gestion de la ressource lors d’une journée dédiée à l’eau. Ce plan d’urgence sensibilisera le public via des outils tels que Cons’Eau, site de conseils en ligne ou Restr'Eau (recensement communes concernées par les restrictions).
Des nappes insuffismment rechargées
Le dispositif mobilisera aussi des acteurs tels qu’Hérault Ingénierie, l’Agence de l’eau, la Banque des Territoires, le Département afin de sécuriser la ressource. « Nous avons les finances, l’ingénierie et la volonté d’agir », conclut-il. Face aux enjeux de l’impact du changement climatique sur la ressource en eau, plus de trois cent acteurs intervenant dans le cycle de l’eau - communes, intercommunalités, régie, syndicats, canalisateurs, spécialistes du traitement de l’eau et des forages, bureaux d’études, financeurs -, ont participé à cette Journée eau organisée depuis trois ans par le Département de l’Hérault (CD34), l’AMF 34 ainsi que la Fédération nationale des travaux publics et sa branche des canalisateurs. Le bilan de la situation de la ressource est inquiétant cette année. Les nappes phréatiques ne sont, faute de pluie suffisante, rechargées qu'à 80 % dans le meilleur des cas, et entre 30 et 40 % dans la zone ouest du département particulièrement impactée. « Il faut parvenir à économiser 10 à 15 % d’eau par une série de petits gestes », indique le préfet de l’Hérault qui ne veut pas se retrouver acculé cet été face à des conflits d’usage et compte sur les outils du plan d’urgence pour donner les bons conseils et alerter sur les niveaux de consommation pour limiter l’utilisation de la ressource.
Des solutions variées
La gestion de la ressource si elle passe par des économies d’utilisation, et la limitation des pertes dans les réseaux doit aussi se pencher sur d’autres solutions. À ce titre, le préfet ne se dit pas opposé aux projets de retenues d’eau (six envisagées sur l’Hérault dont une concertation est en cours dans l’ouest). Le représentant du CD34 a d'ailleurs lancé un appel aux communes pour accompagner la création de retenues d’une capacité de 1 à 1,1 millions de m3. Le représentant d el'État n’est pas contre également la potabilisation de l’eau de BRL, ou encore la réutilisation des eaux usées traitées pour laquelle les bureaux d’études sont sollicités, selon le cabinet Gaxieu, voire la désalinisation de l’eau de mer sur le littoral, car « nous ne sommes pas très loin de la situation des Pyrénées-Orientales », déclare-t-il. Selon lui, le changement climatique va très vite. « Nous avons entre trois et cinq ans pour nous adapter alors que nous pensions avoir au moins 10 ans pour le faire ». Et de se poser laquestion de savoir « si le prix de l’eau est assez élevé par rapport à sa rareté ». Ce point a été évoqué par l’association des maires de l’Hérault, Frédéric Roig, lui-même maire d’une commune. « Le coût des travaux est bien supérieur aux recettes que rapportent la facturation de l’eau actuellement. La question du prix va se poser », indique-t-il.
Une gestion intercommunale
Pour faire face à cet enjeu d’ici 2026, la compétence eau devra être gérée par les intercommunalités qui ont des capacités supérieures aux petites communes. « Cette loi est contestée car certaines communes craignent pour la tarification de l’eau », note le préfet conscient des défis à relever. D’ailleurs, l’association Intercommunalités de France a fait des constats sans appel : sur les 198 réseaux locaux présentant un taux de fuites supérieur à 50 %, 151 sont gérés directement par des communes, 22 sont gérées par les intercommunalités et 25 par les syndicats intercommunaux et enfin plus de la moitié de l’eau potable perdue se retrouve dans les zones isolées. « C’est un point que l’on connaît parfaitement, a souligné le préfet de l’Hérault en invitant les communes à se rapprocher des intercommunalités. On pourrait calquer la carte des communes isolées et celles des problèmes de gestion de l’eau sur le département ».
Des lourdeurs administratives
L’exemple de la commune de Cessenon-sur-Orb cet été témoigne des difficultés des maires à trouver des solutions. « Nous avons été alimenté en eau par des camions citernes qui ont fait sept à huit rotations par jour pendant un mois. L’eau nous a été offerte par nos voisins du Sivom Orb et Vernazobres mais le coût du transport s’est élevé à 60 k€, indique Marie-Pierre Pons, maire de la commune. Nous avons lancé un projet de forage difficile à faire aboutir dans des délais raisonnables en plus des actions de sécurisation sur les réseaux, les compteurs... Nous avons pu nous appuyer sur le CD34 et Hérault ingénierie et obtenu des subventions pour l’investissement de 550 k€. Le problème de l’eau sera récurrent il faut que tous nous changions de logiciel et que l’État soit facilitateur ». Présent pour l’occasion, Alain Barbe, président de la communauté de communes du Grand Pic Saint Loup a rappelé que le forage de Saint-Gély-du-Fesc, qui va passer en phase opérationnelle, a nécessité 30 ans de procédures et mobilisé sept bureaux d’études pour un coût de 7M€. Ce dernier envisage un schéma d’utilisation d’eau brute de BRL, soit un investissement de 40 M€. « C'est indispensable pour l’agriculture et la viticulture et pourquoi pas envisager de potabiliser cette eau si besoin », indique l’élu.
Un mur d'investissement
Du côté des aides face au mur d’investissement annoncé par les acteurs et les professionnels du secteur, l’Agence de l’eau (sous conditions variables en ZRR ou pas) et l’État, la Banque des Territoires et les collectivités sont actives aux côtés des collectivités. Une aubaine pour la communauté de communes du Gévaudan en Lozère, qui a été soutenu à 80 % (État, Région, CD48, Agence de l’eau) pour prolonger son réseau (16 km, 2,8 M€) à destination de ses 450 abonnés.











