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Région Occitanie / Midi-Pyrénées
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Viticulture
| 25/10/2023

Paul Fabre (Vins du Sud-Ouest) : « Un sommet européen pour relever les défis collectivement »

© Ivso

À quelques jours de la première édition de l'European Wine Day, programmée le 27 octobre à Toulouse, La Lettre M donne la parole à Paul Fabre. Le directeur de l'Interprofession des vins du Sud-Ouest (IVSO) évoque les grandes mutations de la filière et les pistes qu'elle explore pour s'y adapter.

Toulouse accueille le 27 octobre la première édition de l'European Wine Day. Pourquoi cet événement et pourquoi à Toulouse ?

En juin 2022, le vignoble du Sud-Ouest a été reconnu comme « itinéraire culturel européen » par le Conseil de l'Europe et est désormais inscrit au titre de la Route culturelle européenne de la vigne et du vin « Iter Vitis - Les Chemins de la vigne ». En parallèle, Toulouse a été désignée « Ville européenne du vin » pour 2023 (un titre qu'elle partage avec la vallée du Douro, NDLR) par le réseau Recevin. Nous voulions donc profiter de cette double reconnaissance pour créer, dans la Ville rose, le premier sommet européen de la viticulture. L'événement fédère donc notre interprofession, l'Assemblée des régions européennes viticoles (AREV), le think tank Farm Europe et les Vignerons Coopérateurs de France, en collaboration avec Iter Vitis et Recevin.

Qu'attendez-vous de cette initiative ?

À travers cette manifestation, qui devrait réunir entre 250 et 300 professionnels venus de toute l'Europe, nous voulons faire converger des points de vue, des analyses, mais aussi interpeller des élus – notamment européens puisque la Commission européenne sera représentée – sur les défis que nous devons relever : crise économique, changement climatique, nouvelles attentes sociétales, mise en place de pratiques plus respectueuses de l'environnement, évolution des normes sanitaires et réglementaires… Ne soyons pas naïfs : la journée n'aboutira pas à des solutions toutes faites, mais se réunir ainsi pour la première fois va nécessairement nous donner des pistes d'actions à mener collectivement.

Dans ce contexte, comment le vignoble du Sud-Ouest se porte-t-il ?

Les vendanges ne sont pas terminées partout, mais nous savons que les vignes ont souffert du mildiou et que la récolte sera faible par endroits : - 50 % dans le Lot, entre - 40 et - 50 % dans le Frontonnais, - 30 % dans le Gers… D'après le ministère de l'Agriculture, nous devrions perdre presque un million d'hectolitres par rapport à l'an dernier (3,6 Mhl, NDLR). Par rapport à la moyenne quinquennale, la baisse de production devrait être de 18 %. Le problème, c'est que nous enchaînons les années de petite récolte et que le stock manque, en blanc et rosé notamment, pour répondre à la demande.

Cette demande justement, comment évolue-t-elle ?

Ce n'est pas propre au Sud-Ouest mais les vins rouges ont moins la cote en France, donc nos appellations orientées vers cette couleur sont très pénalisées. Les vins blancs, effervescents et rosés, qui répondent aux tendances de consommation actuelles, résistent mieux. Mais globalement, la consommation de vin baisse et de nouvelles attentes émergent, par exemple en faveur de vins plus légers en alcool. Nous devons en tenir compte et faire évoluer notre offre, en ayant une réflexion sur comment concilier baisse du degré d'alcool et maintien du profil organoleptique.

Un plan d'arrachage, cofinancé par l'État et le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux à hauteur de 57M €, a été lancé cette année dans le Bordelais. Le Sud-Ouest s'apprête-t-il à prendre le même chemin ?

Le contexte est différent dans notre région, où nous manquons de volumes, contrairement au Bordelais, qui souffre d'une surproduction. À ma connaissance, il n'y a pas eu ici de demandes officielles et massives en faveur de l'arrachage. Avant d'en arriver à cette extrémité, je crois que nous avons un travail à faire sur les cépages pour d'une part en faire émerger de plus résistants – et je ne parle pas ici d'OGM mais de travaux menés manuellement en laboratoire par des chercheurs – et d'autre part retrouver des cépages anciens. Il y a quelques expérimentations très intéressantes qui sont faites dans notre région, autour du Bouysselet à Fronton ou du Tardif dans le Gers par exemple. Depuis un an, nous effectuons aussi un travail avec l'Institut français de la vigne et du vin Occitanie pour cartographier nos terroirs afin d'identifier les impacts climatiques zone par zone et d'adapter les mesures à prendre. Dans certains cas, peut-être serons-nous amenés à déplacer certaines parcelles, qui sait ? Les premiers rapports d'étape de ce travail sont imminents.

Propos recueillis par Aline Gandy / gandy@lalettrem.net
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