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Hérault
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Biotechs - Santé
| 28/04/2026

Amel Hadri (Inits) : « Transformer les défis en solutions pour la biotechnologie »

© Inits

Fondée en 2013 par une experte du développement pharmaceutique, la société héraultaise Inits accompagne les entreprises de biotechnologie. La PME de 56 salariés s’apprête à lancer son activité de fabrication partagée au sein de son nouveau siège et site de production basé au cœur du Parc Industries Or Méditerranée à Mauguio, fruit de 27 M€ d’investissement, qui sera inauguré en juin. Dans un entretien exclusif accordé à La Lettre M, Amel Hadri, fondatrice et présidente d’Inits, dévoile ses ambitions.

Présentez-nous Inits
J’ai fondé Inits en 2013 à Boisseron, près de Montpellier. C’est une société de services qui accompagne les entreprises de biotechnologie tout au long de leur développement pharmaceutique, de la phase de conseil à la production, avec une activité de fabrication partagée ou shared manufacturing organization (SMO) qui a débuté en avril. Aujourd’hui, nous comptons plus de 250 clients, majoritairement en France, mais aussi en Belgique, en Suisse et en Espagne. Depuis 2025, nous avons débuté des échanges avec des entreprises australiennes car il y a une réelle attractivité des essais biotech, la règlementation y est simplifiée et surtout moins coûteuse. 

Concrètement, qu’est-ce qu’un biomédicament ?
Un biomédicament est un médicament dont le principe actif est issu de sources biologiques. Cela inclut des produits tels que les protéines, les anticorps monoclonaux et d’autres substances dérivées d’organismes vivants, comme les cellules, les tissus ou les micro-organismes. Les biomédicaments sont souvent utilisés dans le traitement de maladies complexes (troubles immunologiques, cancers, maladies infectieuses…) et sont généralement plus compliqués à produire et à caractériser que les médicaments chimiques traditionnels.

Comment avez-vous eu cette idée d’activité ?
Cela fait vingt-six ans que j’évolue dans le développement de médicaments, la prestation de services dans le domaine des biotechnologies afin d’accompagner les entreprises à développer leurs produits ou procédés. Au départ, Inits était une société de conseils puis l’équipe s’est étoffée avec l’ajout de d’expertises visant à compléter nos champs d’actions jusqu’à ce projet de diversification qui permet à l’entreprise d’être présente sur toute la chaîne de valeur du conseil : la fabrication partagée, les affaires règlementaires, l’approvisionnement clinique et jusqu’à l’assurance qualité et les audits. 

Votre projet de diversification s’est structuré naturellement ?
En 2020, j’ai été sollicitée en vue de créer une entreprise de services dédiée à la production de médicaments. Je n’ai pas adhéré à ce projet. Mais l’idée a fait son chemin. J’avais envie d’aller plus loin dans la démarche pour répondre à un besoin que j’avais pu identifier chez mes clients lors du passage à la phase de la fabrication pour les tests cliniques. De la simple production, j’ai choisi de m’orienter vers une offre inédite en proposant une capacité de production partagée pour des essais précliniques et cliniques dans un site dédié. J’ai présenté ce projet d’activité SMO à mon équipe, composée de sept collaborateurs à l’époque. L’objectif est de répondre aux besoins de production (zone de production, équipements, équipe support) ainsi qu’aux exigences réglementaires des entreprises de biotechnologie. Cette unité permettra aux entreprises de biotechnologie de maîtriser leur processus de fabrication en produisant elles-mêmes leurs lots de substance médicamenteuse, tout en bénéficiant de notre appui. Nos clients conservent la maîtrise ainsi des étapes critiques de leur projet, avec des collaborateurs présents sur site, tandis qu’Inits assume la responsabilité pharmaceutique. Le cadre SMO réduit les risques liés aux premières phases de production clinique et préserve la flexibilité stratégique pour nos clients. Dès 2023, j’ai travaillé sur la viabilité de ce projet, son modèle et la recherche de financements auprès de fonds et de banques. Il s’est réellement concrétisé début 2026.

Quelle est votre organisation ?
Notre transfert au sein d’un nouveau site au Piom, à Mauguio, nous a amené à structurer notre organisation en trois entités pour un effectif global de 56 collaborateurs. Le groupe Inits regroupe les fonctions supports (RH, IT, administratif, finance...). Inits Conseil représente notre activité originelle de conseil aux entreprises de biotechnologies, qui regroupe une vingtaine de collaborateurs. Enfin, le nouveau site nous permet d’afficher une nouvelle activité avec Inits SMO, dédiée à la bio production, dont l’effectif atteint 30 salariés. 

Cela vous a amené à transférer votre activité…
Ce projet de diversification nous a conduit à changer d’échelle. Nous investissons 27 M€ dans de nouveaux locaux implantés dans le parc d’activités Parc Industries Or Méditerranée, à Mauguio, sur une surface de 3 200 m2. Situé près d’un aéroport et d’une gare TGV, à proximité de Montpellier, ce site contribue à valoriser notre image et apporte un véritable confort de travail à nos collaborateurs comme à nos clients ; la promesse de l’offre est tenue. Le projet a été conçu pour limiter l’impact sur l’environnement avec un bâtiment labellisé Breeam very good ; des panneaux photovoltaïques seront installés sur le toit pour que l’énergie produite soit autoconsommée et nous avons travaillé à la réduction des déchets. Le site sera inauguré le 4 juin prochain. 

Comment avez-vous financé votre projet ?
Le projet immobilier et les équipements pour l’activité SMO (salles blanches, équipements techniques...) ont été rendus possible grâce au soutien de Crédit Agricole du Languedoc et de la Banque des Territoires. Le projet immobilier est le fruit d’une collaboration efficace avec le promoteur Icade, le contractant général GSE Occitanie Est et le conseil de l’agence Tourny Meyer. Concernant le financement de l’exploitation nous avons l’appui de fonds tels que SofilaroIrdi Capital Investissement, Aris et Altex, et de banques locales : Crédit Agricole du Languedoc, Banque Populaire du Sud et Caisse d’Épargne Languedoc Roussillon. Nous avons également obtenu 1 M€ du fonds européen Feder. Les équipes ont rejoint ce nouveau site en février dernier. L’activité va monter en puissance avec les nouveaux contrats signés pour l’activité SMO.

Vous avez signé vos premiers contrats stratégiques. Quel est votre positionnement actuel ?
100 % de notre activité était jusque-là tournée vers le conseil. Mais en avril, nous avons lancé l’activité SMO grâce au contrat signé avec le groupe allemand FyoniBio, qui porte sur le transfert de procédé. Dès juin-juillet, ce sont deux autres contrats, avec Alga Biologics (production d’anticorps recombinants à partir de microalgues marines) et AGS Therapeutics (transformation des vésicules extracellulaires dérivées de microalgues), qui vont concerner l’activité de transfert de production pour développer de nouveaux médicaments. Un autre contrat vient d’être signé avec l’intégrateur Target (Nantes) pour développer des procédés pour la production de vecteurs viraux. 

Est-ce que vous recrutez ?
L’objectif est d’atteindre 70 collaborateurs d’ici à fin 2026. Les recrutements réalisés l’an dernier ont principalement porté sur des profils d’ingénieurs et de docteurs en pharmacie. Désormais, nous recherchons des profils de techniciens variés : production en laboratoire, logistique, maintenance... 

Avez-vous des difficultés à embaucher ?
Afin de pallier ce problème et pour anticiper nos besoins futurs, j’ai entamé des discussions avec les acteurs de la formation, notamment avec le lycée Mermoz de Montpellier pour sa  section BTS Bioproduction. L’idée est de montrer aux jeunes durant leurs études à quoi ressemblent réellement les débouchés dans les entreprises. Il en est de même pour les filières en licence pro, ingénieur...

Quelle est votre stratégie de développement ?
Avec l’activité SMO, nous allons franchir une grosse marche. Nous visons un développement international et, pour cela, nous devons renforcer nos positions commerciales au travers de présences à des congrès, des plateformes BtoB, des partenariats avec des acteurs comme l’IHU à Montpellier. 

Avez-vous besoin de lever des fonds ?
Les entreprises ont toujours besoin de partenaires financiers, c’est un fait. Nous avons déjà obtenu des fonds, mais je réfléchis à l’avenir et aux besoins qui peuvent émerger pour soutenir notre développement et nous doter de nouveaux équipements en fonctions des besoins de nos clients.

Quel bilan tirez-vous de l’année 2025 ?
L’année a été intense avec le nouveau bâtiment, le maintien de l’activité de conseil et le développement de l’activité SMO en parallèle. Nous avons également accompagné nos clients pour qu’ils se projettent dans nos capacités à faire de la production partagée. Nous avons réussi à maintenir notre niveau de chiffre d’affaires. 

Quelles sont vos perspectives 2026 ?
Poursuivre notre ambition de transformer les défis en solutions pour la biotechnologie via l’essor de nos activités et le recrutement de talents. Nous projetons une croissance à deux chiffres grâce à la livraison de nos premières productions de biomédicaments. Mais, pour moi, il s’agira surtout de poser deux jalons : celui de la gouvernance et celui de l’organisation de la communication de l’entreprise.

Comment percevez-vous les initiatives MedVallée et Eurobiomed ?
L’écosystème MedVallée et le pôle de compétitivité Eurobiomed constituent des leviers pour l’entreprise, notamment en termes de visibilité, de partenariats... Ils apportent de la synergie et une réelle dynamique qui peuvent contribuer au développement de nos activités. 

Quelles sont vos perspectives à horizon 2030 ?
J’espère que notre activité SMO bénéficiera d’un bon retour de nos clients au profit de patients qui pourront être traités par les futurs médicaments. Je réfléchirai peut-être à un déploiement de nos activités ailleurs et sur le développement d’autres thématiques à plus long terme. Mais il faut d’abord que notre modèle fasse ses preuves.  

Véronique Coll / coll@lalettrem.net
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