Nouvelles générations : comportement au travail et aspirations
Le télétravail, fortement installé depuis la crise du Covid, a accentué une surutilisation des écrans avec le développement d’outils de visioconférence. 2024 a par ailleurs été l’année de la généralisation de l’usage des IA génératives. Les nouvelles générations sont particulièrement concernées par ces tendances. Une tribune de Julien Granata, responsable du Master of Science Management des Ressources Humaines à MBS.
Le plus redouté des phénomènes post-Covid est le quiet quitting, dit démission silencieuse. Il s’est répandu en 2022 auprès des jeunes travailleurs via des vidéos TikTok consistant à se filmer en train de faire le strict minimum, voire de dénigrer ses managers. L’apogée de la priorité à la vie personnelle en n’effectuant que ce qui est prévu dans le contrat de travail ou en ne s’en tenant qu’aux horaires stricts. Il est également le fruit d’un rejet de l’autorité de la part des nouvelles générations. Avec un marché du travail favorable aux demandeurs explosent les demandes de congé sabbatique, les abandons de poste, les injonctions de temps partiel et les pauses à rallonge pour pratiquer du sport entre midi et deux. D’ailleurs, les écrans favorisent la multiplication des micro-pauses durant le temps de travail, hors du contrôle des supérieurs, pour des usages de loisir. En opposition à ces tendances au désengagement, une armée d’ultra-connectés s’échine. Les workaholics développent une véritable addiction au travail en parallèle de celle aux écrans, jusqu’à potentiellement risquer le burn-out. Se dresse ici une véritable digital generation à l’hyperconnexion dangereuse. Pris dans les filets du FOMO – la peur de manquer une information capitale –, ils ne cessent de consulter leurs nombreuses boîtes mail, fils d’actualité et réseaux sociaux. Résultat : plus personne ne décroche de son smartphone en réunion pour s’adonner au multitasking, c’est-à-dire l’illusion d’être capable de faire plusieurs choses en même temps. L’épuisement et l’inattention sévissent. Ainsi, deux visions de la relation au travail s’affrontent. Et si les aspirations des nouvelles générations venaient réconcilier les deux ? Là aussi, même si les études divergent, nous pouvons retenir quelques tendances positives : le besoin de sens, de comprendre le pourquoi, qui agit comme un facteur d’engagement ; la préférence au collaboratif, qui détourne des écrans au profit d’interactions réelles ; et la nécessité de flexibilité, permettant un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Malheureusement, les plus jeunes souffrent particulièrement de solitude et d’anxiété. Les liens virtuels en ligne ne remplacent en aucun cas les liens sociaux réels et accentuent la solitude. Ils sont aussi les plus concernés par l’éco-anxiété et l’anxiété d’évaluation. Paradoxalement, l’IA pourrait agir comme un agent régulateur pour réduire le temps passé derrière des écrans ou consacré aux tâches répétitives vides de sens au bénéfice d’activités plus intéressantes de réflexion, d’innovation ou de collaboration humaine.











