Nouveau changement de gouvernement : le monde économique régional en quête de stabilité
Tandis que le mouvement « Bloquons tout » a été suivi en Occitanie ce 10 septembre et qu’un nouveau premier ministre – Sébastien Lecornu - a été désigné après la chute du gouvernement Bayrou, les chefs d’entreprise du territoire oscillent entre ras-le-bol, lassitude et espoirs. Pour les décideurs interrogés par La Lettre M, l’instabilité politique nationale, source de fragilisation de l’activité économique, doit prendre fin.
Le calendrier s’affole. Un jour seulement après la chute de François Bayrou et de son gouvernement, le Président de la République Emmanuel Macron a nommé le 9 septembre au soir un nouveau premier ministre en la personne de Sébastien Lecornu, jusqu’alors ministre des Armées. Une décision intervenue à la veille du mouvement « Bloquons tout » qui, en Occitanie comme ailleurs, a cristallisé les mécontentements au travers de manifestations et de blocages. Comment les chefs d’entreprise du territoire, déjà fragilisés par des crises en série – économique, écologique, géopolitique… - vivent-ils ce nouvel épisode, eux qui ne cessent d’appeler de leur vœux stabilité et visibilité ? La Lettre M est allée à leur rencontre.
« Les entreprises n’ont aucune visibilité »
Président du Medef Haute-Garonne, Pierre-Olivier Nau avoue à La Lettre M avoir ressenti, lors de la chute du gouvernement, « un mélange de dégoût et de lassitude », craignant les conséquences potentielles de cette instabilité sur les entreprises françaises. « Les chefs d’entreprise ne peuvent pas prendre de décision sans conditions identifiées », estime le dirigeant de la société toulousaine Manatour, considérant que dans ce climat de crise politique, « la seule stabilité est celle de l’entreprise ». La nomination – rapide – de Sébastien Lecornu à Matignon est donc ressentie comme un soulagement par le président du Medef 31. « Lorsqu’il était ministre des Armées, il a fait preuve d’une forte implication dans le monde économique français, notamment toulousain », justifie le dirigeant, en référence au fabricant de drones Delair qui a fourni les forces armées ukrainiennes. « Le deuxième élément qui me rassure est sa vision tournée vers l’offre, poursuit l'élu patronal. Enfin, il me semble être un homme modéré, qui permet le dialogue entre les partis modérés. Cela me rassure un peu car ma plus grande angoisse est que les extrêmes, qui ne comprennent rien à l’économie, prennent le pouvoir. » Et d’appeler le nouveau Premier ministre à « lire les propositions du Front économique lancé par le Medef, qui peuvent largement contribuer au sujet du budget 2026 ». Alors que l’agence de notation financière Fitch doit rendre son verdict pour la France le 12 septembre, Pierre-Olivier Nau confie néanmoins son appréhension. « La France a mis de côté le règlement du problème de la dette et considère qu’elle n’a pas besoin de la compétitivité des entreprises à l’échelle mondiale, déplore-t-il. C’est un peu le village gaulois qui se fiche des considérations du monde. » Le dirigeant toulousain craint que, dans ce contexte, les investisseurs internationaux et les fonds d’investissements « n’aient plus envie de venir en France ».
Interrogé par La Lettre M à l’occasion de la 4ème édition de la Rencontre des entrepreneurs de France Montpellier (REF), Jean-Marc Oluski, président du Medef Hérault Montpellier, dit craindre que la volonté de compromis et de concertation prônée par Sébastien Lecornu et le chef de l’État ne permettent pas de restaurer la confiance des entrepreneurs. « Le risque de nouveaux impôts est réel », souligne-t-il. Plus largement, le représentant héraultais de l’organisation patronale ne cache pas sa colère face à la situation politique et économique du pays qui s’aggrave jour après jour selon lui : « Dans ce contexte incertain et instable, les entreprises n’ont aucune visibilité. Comme en 2008 avec la crise financière, le climat des affaires est aujourd’hui au plus bas. Le nouveau gouvernement va devoir en priorité relancer la consommation pour sortir de cette spirale infernale. Il faut aussi cesser les attaques contre le crédit impôt recherche et maintenir ce dispositif qui finance l’innovation. »
« Restaurer la confiance »
Président du Medef Occitanie, Samuel Hervé se veut pragmatique en évoquant l’arrivée du nouveau locataire de Matignon. « Le profil de Sébastien Lecornu, un élu de terrain, est plutôt positif. Mais ce n’est pas l’homme qui est important, c'est la politique qu’il va engager, assure-t-il à La Lettre M. De fait, nous allons être attentifs au contenu de la prochaine loi de finance (PLF 2026, NDLR). Le nouveau gouvernement va devoir envoyer des signaux de confiance pour être crédible, notamment sans fiscalité additionnelle pour les entreprises, ce que nous redoutons. »
Mêmes attentes chez les professionnels de l’acte de construire, qui connaissent une crise de l’immobilier sans précédent. « Nous sommes ravis qu’un premier ministre ait été nommé aussi vite en la personne de M. Lecornu. Nous espérons que dans ses nouvelles attributions, il va assurer une stabilité de la gouvernance à la veille de voter le budget de la France, déclare Thierry Iacazio, président de la Fédération des promoteurs immobiliers Occitanie Méditerranée, lui aussi interrogé par La Lettre M. L’intérêt général doit primer dans les applications économiques essentielles. Parmi les premières décisions, il faut des mesures en faveur de l’investissement locatif, comme par exemple le statut de bailleur privé, afin de relancer la machine de l’immobilier, le bâtiment, les emplois... » Le président du syndicat patronal constate « une dégradation du marché de l’immobilier, qui est à l’arrêt. Il ne faut pas attendre que cela se dégrade encore. L’immobilier est devenu un véritable enjeu politique, au même titre que la sécurité ». Et d'ajouter : « Ce qui se passe actuellement, c’est un carnage qui porte atteinte à la confiance en France, des acteurs économiques jusqu’aux ménages. Il faut que nos représentants politiques soient exemplaires et qu’ils donnent confiance pour relancer l’économie et la consommation et ainsi porter une société inspirante. » Autre témoignage au sein de cette filière stratégique pour le territoire, celui de l'Héraultais Gilbert Comos. Évoquant la composition du futur gouvernement, le président de la Fédération française du bâtiment de l’Hérault (FFB 34) et de l’entreprise Giraud TP, plaide pour le maintien de Valérie Létard à son poste de ministre du Logement : « Elle a lancé plusieurs dossiers dont celui du futur statut de bailleur privé. Ce projet, qui permettrait de relancer l’investissement privé dans le logement neuf, doit aboutir. Cela permettra de restaurer de la confiance. Nos entreprises ont besoin de visibilité à long terme. Or, ce n’est malheureusement plus le cas depuis trop longtemps. »
Côté hôtellerie-restauration, à peine Brice Sannac, président de l’UMIH 66, avait-il posé des palettes pour protéger l’entrée du siège de l’UMIH 66 et du Medef 66 des manifestants du mouvement « Bloquons tout » que le nouveau premier ministre était nommé. « On s’attendait à ce renversement ; c’est triste pour le pays et son budget. Le gouvernement ne pourra pas toujours compter sur les entreprises pour porter son modèle social, déclare à La Lettre M le patron du syndicat des métiers de l'industrie hôtelière. Il faut des mesures sociales, mais justes et favorables au développement économique, à la croissance et au profit pour relancer le pays en perte de vitesse. Quand on augmente de 5 % la masse salariale, les charges Urssaf et autres augmentent de 15 % ; c'est décorrélé du coût du travail. Il faut, je pense, payer davantage ceux qui travaillent que ceux qui profitent du système. » Parmi les mesures à enclencher, il propose par exemple de créer « un choc des mesures de succession » pour que les retraités ou les dirigeants puissent facilement transmettre leur patrimoine.











