Malgré la dynamique de la filière aéronautique, la croissance régionale ralentit
D’après le bilan économique 2023 de l’Insee publié le 13 juin, la croissance fléchit en Occitanie mais de manière moins marquée qu’en France grâce à une croissance solide dans la filière aéronautique. Ainsi, le nombre d’heures rémunérées augmente de 1,4 %, contre 2,2 % en 2022. Quant à l’emploi salarié, il progresse plus faiblement en 2023 (0,7 %) qu’en 2022 (1,6 %). Le chômage remonte légèrement (8,9 %) mais reste inférieur à l’avant-crise (9,6 %). L’Insee, qui note aussi un retour à la normale pour le tourisme, fait état de disparités entre les territoires qui bénéficient d’un fort dynamisme de l’aéronautique et du tourisme et ceux touchés par un net ralentissement dans les autres activités, notamment dans la construction.
La croissance de l'emploi faiblit
Alors que l’activité économique globale ralentit progressivement, l’industrie reste dynamique et connaît une hausse de 3 %, contre 0,4 % en France, grâce à la reprise de l’industrie aéronautique. L’emploi salarié progresse plus faiblement, avec 15 100 nouveaux salariés fin 2023. Les activités qui se portent le mieux sont les services non marchands (+ 9 100 emplois), les services marchands hors intérim (7 300) et l’industrie (5 000). En revanche, l’Insee note une diminution dans le secteur de la construction, qui perd 1 900 emplois, conséquence de la dégradation du marché de la construction et de l’immobilier liée à la chute des mises en chantier de logements neufs. Le secteur de l’intérim perd quant à lui 3 600 emplois. « Ce fléchissement a des conséquences sur le chômage, qui repart à la hausse et prend 0,4 point en un an pour s’établir à 8,9 % de la population active, contre 7,5 % en France », indique Lionel Doisneau, responsable des études économiques. Si le taux de chômage augmente dans tous les départements, il est davantage marqué sur le littoral. Quant à la demande d’emploi, elle augmente de 0,6 % en un an, notamment chez les jeunes.
Des disparités selon les territoires
C’est en Haute-Garonne et dans les Hautes-Pyrénées que la croissance est la plus forte, avec un volume de travail en progression de 2,6 %, notamment grâce à la reprise de la filière aéronautique. « Il s’agit de la plus grosse reprise d’activité en France derrière les Alpes-Maritimes », indique Lionel Doisneau. Le Lot bénéficie aussi de la reprise de l’aéronautique, mais pâtit du recul dans les secteurs de l’hébergement et de la restauration. Dans les départements du littoral, l’activité ralentit sensiblement, notamment en raison de la baisse d’activité dans le secteur de la construction. L’activité évolue ainsi faiblement dans l’Aude (+ 0,3 %) et les Pyrénées-Orientales (- 0,1 %), mais résiste davantage dans le Gard (+ 0,9 %) et l’Hérault (+ 1,2 %) grâce au dynamisme du secteur des services aux entreprises. Elle se maintient aussi en Aveyron (+ 1 %) et dans le Tarn-et-Garonne (+ 1,4 %), qui se démarquent par une hausse du volume de travail rémunéré dans le secteur de la construction. « La chute des mises en chantier de logements y a été plus tardive que dans le reste de la région », précise l’Insee. Enfin, dans les autres départements, l’activité progresse faiblement en Ariège (+ 0,4 %) et diminue légèrement dans le Gers (- 0,3 %), en Lozère (- 0,5 %) et dans le Tarn (- 0,3 %). Un phénomène lié au recul de la consommation des ménages en raison de la forte inflation.

Un dynamisme porté par l'aérospatial et le tourisme
« La filière aérospatiale progresse fortement et Airbus augmente ses cadences », indique Lionel Doisneau. Malgré les difficultés de recrutement, l’emploi de la filière accélère avec une augmentation de 4,7 % du nombre de salariés après 3,9 % en 2022, soit 5 000 emplois nets. Cette hausse est particulièrement notable dans l’industrie, qui connaît une progression de 6 %. Concernant le tourisme, autre activité économique très importante pour l’Occitanie, l’Insee enregistre 55,2 millions de nuitées, soit une progression de 1,3 % par rapport à l’année précédente. Si les campings (+ 2,9 %) et les hôtels (+ 2,4 %) sont plébiscités, les autres hébergements collectifs connaissent une baisse de fréquentation de 4,3 %. « L’affluence est concentrée sur la saison estivale, qui représente 84 % de la fréquentation annuelle », précise Lionel Doisneau, qui constate aussi une hausse de 8,5 % de la clientèle étrangère. « Ces évolutions traduisent un retour à la normale, largement interrompu par les restrictions sanitaires », poursuit-il.
La construction poursuit sa chute
La chute de la construction de logements amorcée en 2022 se poursuit. L’Insee comptabilise ainsi 31 200 logements mis en chantier, soit 9 300 de moins qu’en 2022, alors que la moyenne décennale est de 41 200. « Cette chute de 23 % n’est pas propre à l’Occitanie puisqu’elle atteint 24 % en France », indique le responsable des études économiques. La diminution est régulière tout au long de l’année et concerne tous les départements hormis les Hautes-Pyrénées. Si la Haute-Garonne et l’Hérault concentrent plus de la moitié des mises en chantier d’Occitanie, ce sont aussi les deux départements qui connaissent la plus forte baisse, de 26 % en Haute-Garonne et 19 % dans l’Hérault. « Tous les types de logements sont concernés, notamment les maisons individuelles », précise l’Insee. Les ventes de logements neufs chutent de 44 % mais la construction de locaux non résidentiels résiste, avec une légère hausse de 1,9 %.

Agriculture : un contexte économique difficile
Après une année 2022 marquée par une sécheresse généralisée, l’agriculture fait face à un contexte économique et commercial difficile même si les conditions de production sont meilleures. Le prix de vente à la production baisse de 4 %. « La baisse des prix de vente étant plus marquée que celle des intrants, les marges des exploitations agricoles se resserrent, en particulier pour les grandes cultures et la viticulture », détaille l’Insee. La production de céréales augmente mais les cours chutent à partir du deuxième semestre. Quant à la production viticole, elle baisse de 10 %, conséquence de la sécheresse estivale dans l’arc méditerranéen et du mildiou dans la partie ouest de la région. « Les fruits et légumes bénéficient de rendements élevés en 2023 mais leur commercialisation pâtit d’une forte concurrence internationale », ajoute Lionel Doisneau.
Les créations d’entreprise toujours à un niveau élevé
L’Insee comptabilise 96 400 créations d’entreprise en 2023, soit un niveau proche de celui des deux années précédentes. « Le nombre de micro-entrepreneurs augmente de 5 % alors que celui des entreprises individuelles classiques diminue de 4 %, indique le responsable des études économiques. En revanche, même si le nombre de sociétés baisse de 11 %, il demeure à un niveau nettement supérieur à celui de l’avant-crise sanitaire. » Quant aux défaillances, elles augmentent de 41 %. « Durant les deux années de crise Covid, les défaillances étaient beaucoup moins nombreuses grâce aux mesures de soutien mises en place par les pouvoirs publics, prêts garantis par l’État et reports de cotisations sociales notamment, poursuit-il. La recrudescence actuelle des défaillances d’entreprises constitue ainsi un mouvement de rattrapage amorcé en 2022. » Toutefois, elles sont inférieures de 6 % au niveau moyen de la période 2010-2019.











