Luis Uribe (Nutrition & Santé) : « Nous visons 500 M€ de CA à horizon 2028 »
Il est à la tête du groupe haut-garonnais Nutrition & Santé, spécialisé dans les produits diététiques et biologiques. Luis Uribe pilote un groupe de près de 1 500 salariés qui a enregistré l’an dernier 412 M€ de chiffre d’affaires, en croissance de 4,7 % en volume, et vise 500 M€ de CA à horizon 2028. Interview exclusive.
Nutrition & Santé a été fondé il y a un demi-siècle à Revel (31). Quelles ont été les grandes étapes de son développement ?
Le groupe a en effet été créé en 1972 par Alain Chatillon (à l’époque sous le nom de Diététique et Santé, NDLR). Tout a commencé avec l’acquisition d’une petite entreprise, Gerblé, qui réalisait à l’époque moins de 100 000 francs de chiffre d’affaires... C’est sur cette base que s’est développé le groupe au fil des décennies. Avec plusieurs grandes étapes : la naissance de Nutrition & Santé en 1991, fruit de la fusion entre Diététique et Santé et Cereal Wander Nutrition, l’acquisition de Soy en 1993, le lancement de Gerlinéa en 1994, la création de trois filiales – en Espagne, au Benelux et en Italie – en 2003, le lancement de Céréal Bio en 2007, l’arrivée du groupe japonais Otsuka Pharmaceutical, qui devient actionnaire unique du groupe en 2009 (lire en encadré), puis le rachat de la marque Biocentury en Espagne en 2016. J’ai l’habitude de dire que depuis toujours, au gré des développements successifs, Nutrition & Santé a été une histoire de pionniers, d’entrepreneurs.
Quelle est la particularité des produits que vous développez ?
Nous développons des produits alimentaires et des solutions nutritionnelles actives et naturelles. Au total, notre portefeuille compte une trentaine de marques. 95 % d’entre elles peuvent être classées dans quatre grandes catégories : la santé et le bien-être (55 % de notre chiffre d’affaires global), avec des marques comme Gerblé et Biocentury, les alternatives végétales (18 %), avec notamment Céréal Bio et Soy, la gestion du poids (20 %), avec par exemple Gerlinéa, et le sport (5 %), avec Isostar. Chacune de nos gammes s’adapte aux environnements et aux cultures des pays dans lesquels elles sont distribuées, tout en conservant notre ADN : le lien avec la nature et le bien-être.
Vous vous appuyez aujourd’hui sur dix sites de production. Comment est organisée la fabrication de vos produits ?
Nous comptons en effet dix unités de production. Huit d’entre elles sont implantées en France : à Revel, notre siège social (produits diététiques, alternatives végétales, poudres minceur et sport, mais aussi barres énergétiques), à Auch (produits traiteur frais bio), à Mane (produits traiteur bio), à Compiègne (produits sans gluten) et à Annonay (biscuits diététiques). Nous disposons également d’un site central de stockage à Albon. Nos deux autres sites industriels sont basés en Espagne : à Gérone, nous produisons des galettes de riz et de maïs, ainsi que des barres minceur extrudées, et à Castellterçol, nous transformons du soja et réalisons des plats cuisinés bio. Au total, cette année, nous visons la commercialisation de 300 millions d’UVC (unités de vente consommateur, NDLR), contre 186 millions en 2024. Sur ces 300 millions, nous retrouverons 100 millions de produits de type biscuits. Notons qu’en volume, nous fabriquons 80 % de ce que nous vendons ; pour les 20 % restants, nous travaillons avec des partenaires historiques, que nous avons choisis pour leurs savoir-faire spécifiques.
Quels sont vos canaux de distribution ?
Nous sommes multi-circuits. Les grandes et moyennes surfaces représentent les deux tiers de notre volume d’activité. Les magasins bio, eux, pèsent 16 % de notre chiffre d’affaires, tandis que le digital – qu’il s’agisse des grandes plateformes ou de nos propres sites d’e-commerce – représente 10 % du total. Enfin, outre les pharmacies et les parapharmacies, qui pèsent 2 à 3 % du CA, nous sommes présents en restauration hors domicile (5 % du total). Ce dernier canal constitue, tout comme l’e-commerce, un important relais de croissance pour le groupe.
Que représente l’international dans votre modèle économique ?
C’est clairement stratégique. En 2024, nous avons réalisé 59 % de notre chiffre d’affaires en France. Les autres marchés importants pour nous sont l’Espagne et le Portugal, qui pèsent environ 20 % des volumes commercialisés, mais aussi l’Italie (10 %) et le Benelux (8 %) ; des pays où nous disposons de filiales. Nous sommes également présents, mais cette fois-ci par le biais de partenaires, dans d’autres zones d’Europe comme la Suisse, l’Allemagne, l’Autriche et les pays nordiques. Nous étudions aujourd’hui l’opportunité d’implanter des filiales en Allemagne et au Royaume-Uni, potentiellement au travers du rachat d’acteurs locaux, avec ou sans capacités industrielles existantes.
Quel volume d’activité avez-vous enregistré en 2024 ?
L’an dernier, nous avons enregistré 412 M€ de chiffre d’affaires, avec une croissance – en volume – de 6,5 % en France, de 3,2 % en Espagne et de 4,7 % au niveau groupe. C’est l’Hexagone et la zone ibérique qui ont tiré notre progression. Et côté produits, c’est – de très loin – le segment de la santé et du bien-être.
Quels sont les ressorts de cette croissance ?
Si l’on regarde la marque Gerblé, qui a bondi de 11,1 % l’an dernier, on constate qu’elle est désormais reconnue, mais aussi appréciée car ce qu’elle délivre correspond à son positionnement. Elle « colle » à la tendance : du goût et une nutrition équilibrée, avec un bon rapport qualité-prix. Par ailleurs, même si ce dispositif peut encore aller plus loin et être amélioré, le Nutriscore nous porte. Aujourd’hui, 93 % de nos 1 200 produits non soumis à une réglementation sur la formulation (comme les produits pour sportifs ou les substituts de repas) sont classés A, B ou C (les trois catégories les plus vertueuses, NDLR) et 72 % sont classés A et B. Nous nous sommes préparés à la nouvelle version révisée du Nutriscore (actée par le Gouvernement le 14 mars, NDLR). Nous avons commencé à retravailler la formulation de certains produits afin que, dans cette version encore plus exigeante que l’actuelle, 85 % de nos produits soient classés A, B ou C.
Quels sont vos plans en matière d’investissement dans vos capacités productives ?
Nous allons inaugurer au printemps une nouvelle ligne de production de biscuits au sein de notre usine de Revel, fruit d’un investissement de 10 M€, qui permettra de produire jusqu’à 20 millions d’UVC chaque année. Ce sera notre septième ligne dédiée au biscuit. L’opération s’accompagne du recrutement d’une douzaine de personnes. En parallèle, nous réalisons d’autres investissements : nous injectons notamment 3 M€ sur deux ans afin de développer les capacités de notre unité de Gérone, en Espagne.
Vous êtes récemment devenue entreprise à mission. Pourquoi avez-vous fait ce choix ?
Cela correspond à notre raison d’être, car notre responsabilité va au-delà de notre performance économique. Nous sommes depuis toujours convaincus que les germes d’une bonne nutrition sont présents dans la nature et ont une action bénéfique sur la santé. Nous souhaitons les rendre disponibles pour tous, dans le respect du vivant. C’est notre ADN, et cela rejoint nos quatre grands objectifs statutaires : mettre la santé et la nutrition au cœur de nos initiatives, accompagner la transition alimentaire – en allant plus loin que les produits et en ajoutant du service –, développer des filières agricoles durables et faire de nos salariés des « collabor’acteurs », acteurs de cette transformation.
Comment comptez-vous développer des filières agricoles « durables » ?
L’objectif est de limiter notre impact sur l’environnement, avec plus de 59 % des ingrédients mis en œuvre cultivés à moins de 300 kilomètres du site de production, en nous engageant contractuellement avec des producteurs agricoles sur des volumes et des prix. Aujourd’hui, nous comptons dix filières durables – dont cinq en bio –, qui représentent 46 % de nos approvisionnements. Nous souhaitons en avoir douze en 2030, représentant 80 % des approvisionnements. Par ailleurs, cette année, 15 % des matières premières agricoles sont sous convention agroécologique ; en 2030, ça devra être 60 %. Notre objectif est de réduire de 28 % nos émissions de carbone en Scope 3 dans les cinq ans. Nous y croyons fermement et nous allons le faire !
Quels sont vos objectifs de développement pour les années à venir ?
Notre ambition est d’enregistrer 500 M€ de chiffre d’affaires à horizon 2028, hors potentielles opérations de croissance externe. Pour cela, nous devrons enregistrer une croissance annuelle moyenne de 4,5 %, tout en formulant une proposition de valeur consistante à destination des consommateurs. Cette feuille de route s’appuiera sur un plan annuel d’investissement industriel de 12 M€ en moyenne.











