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Aude / Région Occitanie
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Energies
| 4/06/2026

L'industrialisation, prochaine étape du développement de l’éolien flottant en Occitanie

© EolMed

L’Occitanie va-t-elle laisser passer sa chance de devenir un hub industriel pour l’éolien flottant en Méditerranée ? Une question au cœur des réflexions des acteurs régionaux du secteur réunis récemment à Port-la-Nouvelle (11). Après le lancement des fermes pilotes EolMed et EFGL, « la prochaine étape sera l’industrialisation », résume Christophe Manas, président de la commission Méditerranée de la Région Occitanie qui veut créer une filière rassemblant l’ensemble de la chaîne de valeur. Les projets de premières fermes commerciales alimentent cette ambition, à l’image d’EFLO, 19 éoliennes flottantes au large d'Agde et de Sète dans l’Hérault, un parc porté par Ocean Winds dont la mise en service est prévue en 2032.

Entrée en production
À l’heure où les premières éoliennes flottantes du parc EolMed (30 MW) commencent à produire, « quasi conformément au cahier des charges », selon Olivier Guiraud, directeur chez Qair Marines, les éoliennes flottantes du projet EFGL (30 MW), entreront prochainement en production. « En dix ans, ces projets sont devenus réalité en s’appuyant sur les infrastructures adaptées des ports de Port-la-Nouvelle et de Sète, mais aussi grâce à la mobilisation d’acteurs tels qu’EDF, Ocean Winds, Qair, Ideol ou Valeco, souligne Christophe Manas. Si nous voulons devenir la région européenne leader de l’éolien flottant, il faut travailler tous ensemble et relever les défis technique, logistique et humainIl est temps d’accélérer sur l’opérationnel à travers les rencontres d’affaires BtoSea. » 600 demandes de rendez-vous ont été enregistrées dans le cadre de ces rencontres d’affaires organisées début juin à Port-la-Nouvelle. 

Enjeux à venir
Si l’État se positionne aujourd’hui en faveur des énergies renouvelables, l’éolien flottant a dû faire le dos rond. Pour autant, les énergies marines renouvelables en Occitanie ont représenté 258 M€ d’investissements en 2025 (237 M€ en 2024). « Au départ, le projet Eolmed portait sur un investissement de 200 M€, commente Olivier Guiraud, directeur général de Qair Marines. Puis nous avons eu le Covid, la guerre en Ukraine, la crise inflationniste. Le projet a atterri à 350 M€, sans soutien complémentaire de l'État pour nous aider à passer ce pic. » L'État accélère cependant ses engagements en lançant de nouveaux projets de fermes commerciales dans le cadre des appels à projets A06 et plus récemment AO10, avec 10 GW, dont 5GW en éolien posé et 5 GW en flottant auxquels vont s’ajouter 1,1 GW d’ici à 2050. « Sur la seule façade méditerranéenne, cinq lots totalisent 3,2 GW qui seront attribués en 2027 à trois développeurs », précise Rémi Checchin, chef de projets éolien en mer Méditerranée à la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC). Le cahier des charges prévoit de nouveaux critères tels que l’évaluation carbone sur les composants (flotteurs, aérogénérateurs …) qui contraint les candidats à préciser les choix technologiques et le pays de production. Sur les composants qualifiés, ceux qui viendront d’un état tiers de l'Europe se verront attribuer plus de points, d’où l’enjeu de créer une filière EMR régionale. »

Mobilisation des acteurs locaux
La construction d’une filière régionale nécessite par ailleurs la mobilisation et l’adaptation des acteurs locaux. « Concernant la réalisation de la ferme pilote EFGL dont la mise en service est en cours, sur 255 fournisseurs de rang 1, nous avons mobilisé 85 % de fournisseurs français (60 % de PME, NDLR) dont 40 % sont implantés en OccitanieIl faut maintenant que nous identifions les compétences et les certifications nécessaires pour ce type de projet et de la croiser avec celles des acteurs locaux, pour lever les barrières des appels d'offres », explique Jean-Mathieu Kolb, directeur de projet chez Ocean Winds qui développe la ferme commerciale issue de l’A06 EFLO (250MW) qui a déjà investi 25 M€. Qair, pour sa part, confie 80 % des coûts de construction d'EolMed à des entreprises françaises, soit trois sites industriels mobilisés dont un à Blagnac (31) en Occitanie. « Les composants proviennent de France, d’Espagne, d’Italie, du Portugal, de Grande-Bretagne, de Singapour, du Danemark, de Chine et de Croatie… », souligne Olivier Guiraud. Avec les fermes commerciales à venir, un changement d’échelle s’impose en impliquant la mobilisation de capitaux, des certifications et une organisation que le territoire ne maîtrise pas encore. « La stratégie industrielle se décide aujourd'hui », appuie Julien Ciglar qui intervient sur les énergies marines renouvelables auprès de la Région Occitanie. Des acteurs tels que le groupe Schlumberger est à « l’avant-garde » avec son Agile Factory SLB de Béziers, qui va fabriquer des composants offshore d’ici à quelques mois. 

Investissements portuaires
Les ports deviennent un enjeu stratégique pour développer les énergies marines renouvelables (EMR). Sur la façade méditerranéenne, les activités sont réparties en trois pôles complémentaires, Marseille-Fos (13) pour la fabrication et l'assemblage des flotteurs, Port-La Nouvelle (11) pour l'intégration des éoliennes sur ces flotteurs avant leur remorquage vers le large, et Sète-Frontignan (34) pour le stockage d’ancres et de câbles, la fabrication de sous-composants et la logistique. « Grâce au chantier sur le Môle Vert (300 mètres de quais sont en cours de finalisation, NDLR) et de futurs travaux sur la période 2027 - 2030, le port de Port-La Nouvelle pourra accueillir deux projets commerciaux simultanément », précise Thomas Dehize, qui développe l'éolien flottant au sein de la Semop Port-la-Nouvelle, société gestionnaire du port. À Sète, 150 M€ vont être investis d'ici à 2030 dans la construction d’un nouveau quai dont la livraison est attendue fin 2029, et dans l’aménagement de 33 hectares de zone industrielle. 

Réseau de ports Méditerranéens
La région s’appuie sur un comité de filière qui tend à rendre « robuste » la filière, en l’inscrivant en complémentarité avec les autres ports de la Méditerranée. La Région lancera en septembre 2026 un réseau de ports méditerranéens réunissant des homologues italiens et espagnols, rejoints par un réseau d’industriels. « Nous avons des projets en Italie et en Espagne. À l’heure actuelle, beaucoup de choses se font, mais sans réelle coordination. À minima, l’idée est que les ports se parlent », conclut Julien Ciglar.

Véronique Coll/coll@lalettrem.net
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