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| 26/08/2024

Les professionnels du bâtiment planchent sur l'intelligence artificielle

© VC

Organisée dans le courant de l'été à Montpellier par la Fédération du bâtiment (FFB) Occitanie, la deuxième édition des journées “Bâtisseurs du futur“ était consacrée à l’intelligence artificielle (IA). « Nous devons vulgariser ce sujet pour aider les entreprises à monter en compétences », souligne Frédéric Carré, président de la FFB Occitanie. « L’IA est une porte ouverte pour se réorganiser et être plus compétitif », complète Karine Leveque-Lhote, présidente de la commission IA à la FFB et à la tête d’une société de gros-œuvre/génie civil utilisant cette technologie dans la gestion des plannings et la préparation des chantiers.

« Accompagné par Bpifrance, la mise en place de l’IA a mobilisé mes collaborateurs pour faire un état des données et des process », indique-t-elle avant de préciser que le modèle économique du bâtiment est à bout de souffle « L’innovation et l’IA doivent nous aider à optimiser nos organisations et récupérer de la valeur ajoutée et de la rentabilité. » Au cœur du sujet, la « richesse » du patrimoine documentaire de l’entreprise : véhicules, volume de matériaux, productivité sur les chantiers... « Mais nous n’avons pas encore accès à toutes les données. Comme l’a déjà fait le secteur agri-agro, il nous faut une plateforme d’intermédiation de données de la profession et des métiers connexes pour aller plus loin dans la démarche de la mise en œuvre de l’IA », concède-t-elle. L’impact de l’IA sur l’emploi est souvent pointé. « Il faut faire la différence entre métier et tâches. Certaines vont disparaître et les métiers vont évoluer même si les compétences métiers vont demeurer, précise la dirigeante. La fédération est déjà mobilisée dans l’acculturation des entreprises à l’IA avec par exemple des vidéos, des podcasts, des webinaires ou encore des fiches d’information sur les données à maîtriser. »

Maîtriser la donnée
La maîtrise et la préservation des données constituent un autre enjeu dans le cadre du déploiement de l’IA. Chez le promoteur montpelliérain FDI Promotion qui affiche 800 logements en cours de construction et 1 500 en développement, « nous n'en sommes qu'aux prémices de l’intégration de l’IA dans la structure », explique Paul Biglione, directeur maîtrise d’ouvrage . « Nous avons lancé une réflexion pour savoir comment l’IA pouvait intégrer nos métiers afin de simplifier les tâches à faible valeur ajoutée des collaborateurs. Comme vérifier les documents lors des dépôts de permis de construire, ou pour le SAV par exemple, souligne le professionnel. En parallèle, nous étudions le croisement des logiciels métiers grâce à l’IA pour avoir une information instantanée sans avoir à passer d’un logiciel métier à l’autre ce qui est très chronophage. Nous nous appuyons sur une entreprise spécialisée en IA pour nous accompagner . » Pour Frédéric Muh, directeur général du groupe alèsien Bea spécialisé dans la cybersécurité, « les entreprises doivent être en capacité de protéger leurs données et avoir conscience que toutes données confiées peuvent devenir publique rendant ainsi vulnérable l’entreprise. 67 % des entreprises attaquées pourraient ne pas se relever car une cyberattaque génère de la perte de chiffre d’affaires et la perte de confiance des clients et fournisseurs également. »

Partir des cas d'usages
Jean Ramirez, président du groupe Largier Technologie (siège à Vals-les-Bains, 07), présent à Montpellier, Nîmes et Alès, a bénéficié du dispositif Booster IA et l’aide de Datasulting pour cartographier les données de l’entreprise spécialisée dans le domaine du chauffage, climatisation, plomberie, ventilation et du traitement d'eau. « Nous sommes partis des cas d’usage et de la vision client par rapport à l’IA dans nos processus. Les équipes ont identifiés 20 cas d’usage qui ont été posés dans une matrice nous permettant de voir combien chaque cas nous coûte et nous rapporte. Nous avons constaté que les réponses aux appels d’offre nous coûtaient 200 k€ en temps de chiffrage. Grâce à l'IA, l’objectif est d’atteindre 10 à 20 % de rentabilité dans ce domaine. Pour ce faire, nous avons recruté un data scientist, un professionnel de la donnée, avec l’aide de datasulting », explique Jean Ramirez attentif au risque d’hubérisation des services, avec l’arrivée d’intermédiaires comme Booking dans le tourisme. Même schéma du côté de la maîtrise d’œuvre. « L’IA est un outil à destination des collaborateurs afin d’automatiser des tâches : appels d’offres, compte rendus automatisés, intégrer de la data... », explique Mikaël Blanville DG associé chez Betem. « Nous voulions un bâtiment 100% connecté grâce à l’IA pour différents cas d’usage : qualité de l’air, température, éclairage... Le projet est plus dans la scénarisation que l’automatisation c’est-à-dire que selon la lumière naturelle l’éclairage s’adapte par exemple. Notre approche a demandé un travail particulier avec le bureau d’études Betem car il n’est plus question d’avoir d’interrupteurs. Ils ont dû faire évoluer leurs habitudes dans la conception du projet », explique Emmanuel Mouton, président de l'éditeur de solutions IoT (internet des objets) héraultais Synox.

Développer le service
Le vendarguois Grégory Valency déjà la tête de A’Climatis (génie climatique) a choisi de lancer prochainement une plateforme de mise en relation des artisans avec un modèle IA. « L’idée de la plateforme Kelkun est de créer un Doctolib pour les artisans du bâtiment. L’IA intégré à la plateforme inclusive permet à tous d’accéder au service. L’IA permet notamment de détecter l’urgence du besoin du client et pour l’artisan d’optimiser ses achats de matériel », explique-t-il. Présente pour l’occasion, Anne Laurent, vice-présidente déléguée de l’Université de Montpellier (Lirmm) intervient au sein de l’institut de la science de la donnée de Montpellier. « Je suis impressionnée de voir la posture et l’ouverture du secteur du bâtiment au monde de l’IA. Le secteur est conscient qu’il faut s’emparer de la question de la donnée et de l’IA. Nous menons deux projets de recherche. On veut y aller fort mais pas à n’importe quel prix. On veut du concret à partir de l’usage avec un enjeu de business au final », conclut la chercheuse qui se dit confiante car « la Région a annoncé un plan IA, la recherche académique est mobilisée, ou encore que les collectivités veulent massifier les usages de l’IA. »

Véronique Coll / coll@lalettrem.net
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