Les industriels régionaux misent sur les drones de Défense
La société haut-garonnaise Delair qui lance un nouveau drone d'observation longue distance destiné à « l’inspection et la surveillance de grands espaces dans des contextes aussi bien civils que militaires ». Non loin de là, le néo-avionneur Aura Aero qui est sélectionné par le ministère des Armées et la Direction générale de l'armement (DGA) en vue de développer un prototype de drone militaire susceptible de voler d'ici à 2026 ; tout comme le groupe Daher, dont l’entité tarbaise (65) est spécialisée dans la production d’avions mono-turbopropulseurs. Tandis que la Région Occitanie lance un plan Défense doté de 200 M€, un certain nombre d'acteurs du territoire font le choix de développer des drones à vocation duale ou militaire.
Un changement de paradigme
« Les conflits récents ont entraîné un changement de paradigme, analyse - le 17 juin sur le pavillon Occitanie, lors du Salon du Bourget - Claude Chenuil, responsable du Pacte Drones aériens de Défense, lancé en 2024 par le ministère des Armées en vue de mettre en place un collectif de travail associant l’État et les industriels. Aujourd'hui, les drones légers dominent les champs de bataille. Il y a un an, ils chassaient des chars ; maintenant, ils chassent des fantassins... C'est une révolution dans la guerre moderne. » Une révolution à laquelle la France n'était pas forcément préparée, estime l'expert : « L'industrie du drone était jusque-là essentiellement tirée par le marché civil, avec une forte dépendance à des composants venus de l'étranger. » Ainsi, pour Claude Chenuil, il y a encore deux ans, la France « n'était pas prête à cette nouvelle forme de guerre ». « Du côté des forces armées, il n'y avait ni assez de drones ni assez d'opérateurs formés ; et du côté de l'industrie, la Base industrielle et technologique de Défense (BITD) était atomisée, ni structurée ni pilotée, et la dépendance aux composants étrangers était forte », souligne-t-il, évoquant « un échec collectif sur les drones ».
« Les choses bougent »
Depuis, cependant, « les choses bougent », assure le spécialiste, qui évoque « une forte impulsion » du ministère des Armées, mais aussi des initiatives locales et – de façon très formelle – le rapport d'un groupe de travail Gicat-Adif (Groupement des industries françaises de Défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres – Association du drone de l'industrie française) ayant débouché l'an dernier sur la mise en place du Pacte drones aériens de Défense, avec un collectif fort de 127 membres. « Désormais, nous devons identifier les briques technologiques souveraines dont nous avons besoin, mais aussi les solutions de production de masse », insiste Claude Chenuil, pour qui il convient par ailleurs d'« améliorer les capacités et les conditions d'entraînement des forces armées à la guerre dronisée ».
Un virage militaire
Ce virage militaire, la société haut-garonnaise Delair l'a négocié depuis plusieurs années. « Nous nous sommes initialement développés pour l'industrie civile, mais désormais, la Défense représente 80 % de notre activité, indique Bastien Mancini, président de l'entreprise de 200 salariés, qui a enregistré 30 M€ de chiffre d'affaires en 2024 et vise 60 M€ de CA cette année. La France n'est pas championne du monde des drones. Les champions, ce sont les Américains, les Israéliens, les Chinois... Comment changer les choses ? Les industriels doivent prendre le risque de développer de nouveaux produits sur fonds propres. C'est une nouvelle manière de faire : il ne faut pas compter que sur l’État. »
Vincent Joséphine, responsable commercial et marketing d'Ascendance, société haut-garonnaise de 100 salariés qui développe un appareil hybride-électrique de cinq places à décollage et atterrissage vertical, acquiesce : « Il faut être capables d'itérer rapidement, de lancer des boucles d'innovation courtes, de l'ordre de quelques mois. Nous pouvons le faire sur des drones tactiques petits et légers et des drones cargos lourds. Ensemble, en meute, nous pouvons aller très loin ! » De son côté, Robert Roma, directeur commercial et marketing de la société Windlair, elle aussi basée en région toulousaine, entend déployer des drones cargos à propulsion hybride en vue d'accompagner la logistique militaire. « Notre prototype devrait voler fin 2026 », prévient-il.











