L’Agence régionale d’investissements stratégiques se précise
Née du constat de la trop grande dépendance industrielle de la France et de la région Occitanie, l’Agence régionale d’investissements stratégiques imaginée par la Région Occitanie en avril dernier, est en cours de finalisation. Nadia Pellefigue, vice-présidente de la Région Occitanie, chargée du développement économique, fait le point pour La Lettre M sur les missions et les moyens de cette future agence.
Quel va-t-être le rôle de l’Aris ?
Il consistera à favoriser la relocalisation ou la localisation d’activités industrielles dans des secteurs stratégiques. Nous en avons identifié cinq : l’alimentation/agroalimentaire ; les énergies renouvelables dans le cadre de leur contribution à la transition énergétique ; la mobilité, logistique et les transports ; le numérique ; la santé. Sur cette dernière thématique, nous avons d’ailleurs eu une préfiguration du rôle de l’Aris avec la création de la SAS Occitanie Protect.
Où en est-on de la création officielle de l’Aris ?
Le premier tour de table a été réalisé. La finalisation des statuts et le pacte d’actionnaires sont encore en cours. L’Aris sera capitalisée à hauteur de 30 M€ notamment par la Région (pour 15 M€, NDLR) et ses Agences (Agence régionale énergie climat et Agence régionale aménagement construction notamment, NDLR), la Banques des Territoires (et/ou Bpifrance) et des partenaires financiers privés. Nous sommes actuellement en train de recruter la direction générale de l’Aris et de constituer son équipe (une dizaine de personnes). Sa création officielle devrait être actée avant la fin du premier trimestre 2021.
Comment l’Aris va-t-elle concrètement soutenir la création d’entreprises ?
Elle sera en capacité d’investir en capital, en portage foncier ou immobilier, ou encore en ingénierie financière. Normalement, l’Aris pourra engager de l’actionnariat dès la fin du premier trimestre 2020. L’idée est qu’elle soit actionnaire à 49 % maximum d’une entreprise industrielle. Le montant total des investissements envisagés tourne autour de 93 M€, avec des tickets moyens avoisinant 1,7 M€.
À la différence d’investisseurs plus « classiques », la rentabilité de l'Aris n’est pas estimée en fonction du retour financier mais du maintien ou de la création d’emplois localisés et durables. Cela fait de nous un actionnaire beaucoup plus patient qu'un acteur privé. Quant au rendement, c’est pour nous avant tout l’intérêt général du territoire qui compte, c’est-à-dire la soutenabilité économique et l’impact environnemental.
Des projets ont-ils déjà identifiés ? Si oui, lesquels ?
Les discussions sont en cours pour que l’Aris puisse être un partenaire financier dans le dossier Cameron à Beziers, qui consiste en une diversification dans les énergies renouvelables (hydrogène vert) en lien avec le CEA et Schlumberger. L'exemple d'Occitanie Protect a également déjà abouti.
Par ailleurs, une dizaine de projets ont déjà été identifiés pour 2021, mais ils sont encore couverts par le secret industriel. Il s’agit de projets qui concernent les domaines des batteries recyclées, du stockage de l’énergie éolienne, ou encore des transports intelligents. Nous travaillons également actuellement à l’identification de projets pour 2022.
L’Aris est-elle uniquement un outil destiné à maintenir l’emploi pendant la crise sanitaire ou doit-elle être pérennisée dans le temps ?
Bien sûr, la création de nouvelles entreprises industrielles doit permettre de maintenir l’emploi et les compétences en transférant les postes des secteurs mis en danger par la crise - l’aéronautique par exemple - dans des filières industrielles émergentes. Cependant, le rôle de l’Aris est bien plus large. Sa création découle de la crise, notamment du constat de notre dépendance à l’importation dans les secteurs industriels et technologiques. L’Aris a donc pour ambition d’accélérer la relocalisation industrielle et de diminuer notre dépendance. Il s’agit d’assurer une souveraineté régionale industrielle qui doit perdurer bien au-delà de la crise que nous traversons. Lorsque nous en serons sortis, l’Aris est appelée à demeurer pour créer des activités industrielles qui répondent aux nouveaux besoins de nos populations.










