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Languedoc-Roussillon
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Agri - Agro
| 22/06/2011

La Safer L.-R. inquiète de son avenir

Environ 300 personnes (chambres d’agriculture, FDSEA, Safer, Confédération paysanne, banquiers…) ont assisté mardi au siège du Crédit Agricole du Languedoc, à Maurin (Hérault) à la table ronde « L’implication nécessaire de l’Etat et des collectivités territoriales pour une vraie politique foncière », organisée dans le cadre des 50 ans de la Safer L.-R.
Etaient notamment présents Christian Bourquin, président de la Région L.-R., Henri Nallet, ministre de l’Agriculture de 1988 à 1990 et André Vezinhet, président du conseil général de l’Hérault.
Jean-Philippe Tronche, dg de la Safer L.-R. (65 salariés), a identifié trois enjeux majeurs pour la Safer dans les prochaines années : « Tout d’abord, le morcellement parcellaire en plaine. Les parcelles font souvent un hectare ici, alors qu’en Rhône-Alpes leur surface est d’environ 5 ha. Cette faible surface favorise le mitage et le phénomène de cabanisation, particulièrement prégnant dans les P.-O. » Deuxième enjeu : « Le L.-R. est composé de sols pauvres, sa végétation est hostile au bétail. Les hivers y sont rigoureux et les étés secs. Le départ de l’homme des zones agricoles appauvrit la biodiversité et engendre des risques d’incendie plus fréquent. » Enfin, Jean-Philippe Tronche stigmatise « une urbanisation galopante, mal maîtrisée en de nombreuses zones. L’étalement urbain est excessif, les espaces naturels saccagés. Sur la seule année 2010, 2 360 ha ont quitté l’agriculture pour être artificialisés en L.-R. Les extensions urbaines se font le plus souvent sur les terres qui possèdent le meilleur potentiel agronomique. Certes, nous n’avons pas le pouvoir de dire où il convient d’urbaniser. Mais nous pouvons favoriser un partage consensuel de l’espace. L’agriculture pourrait par exemple occuper temporairement des fonciers en attente d’urbanisation. »
Christian Bourquin a évoqué « la forte pression foncière exercée par l’arrivée, chaque année, de 30 000 nouveaux habitants. Cette pression peut déstabiliser l’équilibre de la ruralité. » Evoquant le projet Aqua Domitia (réseau hydraulique amenant l’eau du Rhône jusqu’à Narbonne), le président de la Région L.-R. à invité la Safer à se prononcer. « Un énorme travaille vous attend. Quelles terres irriguer ? C’est un gros travail de priorisation. Où porter les irrigations, les acquisitions foncières ? On ne part pas de rien, mais face à des investissements de plusieurs centaines de millions, on n’a pas le droit de se louper. »

Henri Nallet préconise une intervention de l’Etat

Henri Nallet a préconisé une action foncière à l’échelon régional. « Il faut une échelle régionale. L’Etat doit se réinvestir dans les problèmes fonciers agricoles. Dans les années 60, il y allait, au moins les grandes orientations… Il faut des bons gros sous bien placés, ça c’est efficace. L’Etat doit y aller, quitte à ce que ça crée des fictions ! Ici, vous avez une certaine habitude des frictions, et quelques compétences en la matière (rires dans la salle)… »
Il a soulevé la solitude des maires, décideurs en matière d’urbanisme, face à cette pression démographique : « Il y a le poids des notaires, des agents immobiliers, des agriculteurs qui veulent faire une bonne opération avant de partir à la retraite… Parfois, c’est dur de résister. Un lotissement, ça rapporte, à la fois en termes de recettes fiscales et pour le secteur du BTP, de la grande distribution... Les enjeux financiers liés à la croissance démographique sont majeurs. Les maires devraient avoir obligation de s’expliquer sur le cap qu’ils veulent en termes de politique foncière. »
Prenant de la hauteur, l’ancien ministre a invité à une réflexion plus globale : « On détruit un équilibre qui a mis plusieurs siècles à se réaliser. L’accroissement de la population humaine dans les prochaines années va être formidable. Cela va générer une grosse pression pour s’approprier des sols nécessaires à la production de l’alimentation. La Chine achète des milliers d’ha sur la planète en prévision de ces enjeux. A terme, il n’y aura pas assez de terre agricole pour satisfaire cette demande. Il y aura des guerres pour s’approprier des terres agricoles, sauf à envoyer des vaches brouter sur la lune ! Détruire des espaces fragiles, délicats, capables d’accueillir un maraîchage diversifié, c’est de la folie d’un point de vue de l’humanité. »

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