La Rentrée économique 2026 : les entreprises à l'heure de l'adaptabilité
Impacts régionaux des soubresauts internationaux, européens et nationaux, stratégies des entreprises face aux crises, accès aux financements… Organisée le 20 février au Domaine de Verchant, à Castelnau-le-Lez (34) par JCG Factory, en partenariat avec La Lettre M, l’édition 2026 de la Rentrée économique a réuni près de 300 décideurs régionaux. Temps forts de cette quatrième édition, plusieurs dirigeants du territoire, qu’ils soient à la tête d’organisations publiques ou d’entreprises, ont évoqué lors de deux tables-rondes l’impact de la conjoncture actuelle sur l’économie régionale, leur stratégie pour relever les défis actuels et les clés pour rebondir dans un contexte encore incertain. Morceaux choisis.
Les entreprises face aux incertitudes
Premier intervenant à aborder les effets de la conjoncture actuelle sur l’économie régionale, André Deljarry, président de la CCI Hérault, a évoqué la « problématique de la confiance » des chefs d’entreprise dans un contexte économique tourmenté : « Cela ne leur donne pas l’envie d’investir, explique-t-il en pariant sur une relance des investissements après les élections municipales. La commande publique devra être forte pour restaurer cette confiance en l’avenir. Elle doit montrer l’exemple ! » Face aux incertitudes - thème de la première des deux table rondes - Sophie Spring, professeure des universités en science de gestion à Montpellier Management, appelle à transformer les contraintes en trajectoire de développement. « Il faut pouvoir survivre aux chocs s’il l’on veut être résilient, analyse l’enseignante. Les dirigeants doivent mobiliser les ressources à leur disposition pour rebondir et renouer avec l’équilibre financier en misant sur l’agilité. Exemple, lors de la crise sanitaire, quand les restaurateurs se sont lancés dans la vente à emporter pour pallier la fermeture de leurs établissements… L’objectif est de trouver des antidotes aux turbulences. » Directeur général de la Banque Populaire du Sud (BPS), Cyril Brun use d’une métaphore animalière pour résumer sa vision. « Comme la libellule, nous devons avoir une vision à 360 degrés sans jamais reculer. On ne meurt jamais d’une crise d’endettement, mais d’une crise de liquidités, observe le banquier en rappelant les 1,150 Md€ engagé par la BPS dans le cadre des PGE (prêts garantis par l’État). Sans ce cash, le syndrome du hérisson, qui se met en boule face au danger, se serait reproduit. De fait, ces PGE ont permis aux chefs d’entreprise de continuer à voir à 360 °. Plus largement, je n’utilise plus le terme de résilience, qui signifie revenir à l’état initial, mais celui d’adaptabilité. »

© Éric Durand
Collectif et robustesse
Directrice général de l’ETI (entreprise de taille intermédiaire) héraultaise Biotope, spécialisée dans l’ingénierie écologique, Anne-Lise Melki adopte quant à elle la stratégie des fourmis légionnaires : « Elles ont la capacité d’avancer en colonne dans le même sens jusqu’à ce que l’une d’elle trouve ce qu’elles recherchent toutes, commente-t-elle. Notre secteur se porte bien, ce qui nous permet d’affronter ces incertitudes avec robustesse. À la différence d’autres entreprises, nous avons fait le choix de ne pas faire de la croissance externe mais d’aller chercher des activités différentes de notre cœur de métier historique. Nous avons ainsi créé de nouvelles filiales spécialisées dans les problématiques de l’eau ou de la restauration des sols… » Président de l’entreprise biterroise, Deltanov spécialisée dans la robotique industrielle, Mathieu Dossat évoque une autre forme d’adaptabilité face aux difficultés du marché : « l’évolution collective ». Avec d’autres industriels héraultais, il a fait le pari de créer une structure commune – ITS Fusion - en vue de regrouper savoir-faire et compétences. « Cela nous a permis d’aller chercher ensemble de nouveaux marchés en diversifiant nos activités respectives, notamment en direction de l’aéronautique ou des énergies renouvelables, commente le dirigeant héraultais. Proposer une offre globale est un facteur différenciant dans notre secteur. La finalité est de ne plus subir les crises. Nous sommes aujourd’hui armés pour adresser de nouveaux secteurs. » Déléguée régionale de l’Apec Occitanie, Cyrille Longuépée pointe les difficultés liées au recrutement et à la fidélisation des salariés après le choc de la crise sanitaire : « Les dirigeants peuvent les rassurer par la robustesse de leur entreprise, notamment dans les métiers à forte valeur ajoutée. »

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Lever les freins financiers
Autre point évoqué lors de cette première table ronde, la question du financement des entreprises. « C’est l’un des leviers majeurs de compétitivité, à l’heure des transitions, notamment celle liée à l’écologie et à l’environnement. Il s’agit de passer dans un mode post crise covid, analyse Sophie Spring. Pour les dirigeants, il s’agit d’abord d’évaluer les risques climatiques auxquels ils sont confrontés. Dans ce registre les solutions existent, à l’image de la Banque de France qui s’est associée à Météo-France pour leur proposer un outil de diagnostic des risques climatiques. La BPS propose pour sa part un dispositif d’accompagnement en matière de gestion de l’eau. Au-delà, il est essentiel de se mettre en ordre de marche pour accéder au financement de la transition écologique, à l’image des prêts verts ou prêts bonifiés. » Toujours en matière de financement des entreprises, son métier, Cyril Brun évoque la transformation de son business model : « Nous sommes passés du modèle du banquier 3.0 à celui de banquier 4.O en faisant évoluer notre offre bancaire. Aujourd’hui, le dialogue avec nos clients est essentiel. Nous abordons ces questions de transitions, ce que nous ne faisions pas auparavant. C’est un élément vital pour jouer notre rôle de prêteur. Nous avons réinventé ce dialogue stratégique pour se mettre à l’écoute et stimuler un certain nombre de sujets, en intégrant par exemple un volet RSE dans nos contrats de prêts pour inciter aux transformations avec des bonifications des taux de crédit si un certain nombre d’objectifs sont atteints, comme la féminisation des conseils d’administration. Nous considérons en effet que nous pouvons amener les dirigeants à engager ces transitions grâce à ces leviers incitatifs. L’entrepreneur ne doit pas agir par contrainte mais par envie. »

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Leviers d’actions et perspectives d’avenir
Dans le prolongement de la première, la deuxième table-ronde au programme de cette Rentrée économique 2026 - animée par Alexandre Léoty, rédacteur en chef de La Lettre M - a permis d’évoquer les leviers d’espoir en donnant des clés pour rebondir malgré des difficultés persistantes pouvant fragiliser l’économie régionale. « La première relève de l’impact du coût des différents crises que nous avons traversés et traversons encore sur la valorisation des entreprises, résume Samuel Hervé, président du Medef Occitanie. Aujourd’hui, les différentes transitions nous sont imposées à marche forcée, même si les entreprises sont responsables. Ces contraintes sont compliquées à gérer, faute de visibilité. Les incertitudes réglementaires coupent les ailes des entreprises à l’image du stop and go lié à l’arrêt puis à la reprise du dispositif MaPrimeRenov pour les professionnels du bâtiment. Il est impératif que la puissance publique définisse un cadre clair et stable, car cela a un impact direct sur les investissements et les créations d’emplois. Et face à la concurrence chinoise ou américaine, il faut simplifier les normes et les règlements, qui pèsent 60 Md€ en France, soit 2,7 points de PIB. La simplification est un enjeu majeur. » Directrice régionale adjointe de la Banque des Territoires en Occitanie, Christelle Assié fait état d’une situation contrastée au sujet des financements engagés dans la région. Selon elle, si ces derniers sont au rendez-vous concernant la sphère publique – collectivités, bailleurs sociaux… - avec 5,7 Md€ injectés en Occitanie l’an dernier, « la situation est plus compliquée dans le privé avec des projets plus difficiles à lancer, explique-t-elle. Plus largement et dans cette période un peu trouble, il faut continuer à investir et à jouer très collectif. »

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Investir pour avancer
Autre témoignage, celui de Philippe Combette, vice-président de l’Université de Montpellier en charge du PUI (Pôle universitaire d’innovation). Évoquant le risque de « décrochage » de l’activité économique régionale faute de financement de l’innovation, ce dernier se montre pragmatique : « Les entreprises ne peuvent se passer de l’innovation, facteur de compétitivité. De fait, si elles ont été ralenties, les collaborations entre entreprises et laboratoires de recherche sont une réalité. Notre PUI, doté de 9 M€ et dont la vocation consiste à créer de la valeur dans notre territoire, permet de financer ces travaux de recherche et ces partenariats. Seule ombre au tableau, nous n’avons pas assez de projets compte tenu de la frilosité des acteurs. Moins de 10 % des chercheurs que nous suivons sont en effet en contact avec des entreprises. » À la tête de la biotech montpelliéraine Cilcare spécialisée dans le développement de thérapies dédiées au traitement des pathologies auditives, Célia Belline témoigne de son parcours de dirigeante confrontée à des besoins élevés en financement dans son secteur d’activité. « Dans cette période tendue, il faut savoir conserver du cash jusqu’à ce que le contexte économique permette d’avoir à nouveau un accès aux financements, commente-t-elle. Or, il est difficile de maîtriser sa croissance en mettant en pause certaines activités afin de stopper les dépenses. Pour avancer, nous devons continuer à investir. » La dirigeante, qui a levé 40 M€ en 2024 pour financer le développement de candidats médicaments, constate par ailleurs des difficultés récurrentes à accéder aux sources de financements privés dans le secteur des biotechnologies et de l’innovation de rupture, « même si l’argent est là ».

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Oser l'export
Autre réflexion de la dirigeante : l’export. « Aujourd’hui, il faut être agile sur sa capacité à rebondir à l’international, observe-t-elle avant une mise en garde. Il faut par ailleurs veiller à ne pas mettre tous les œufs dans le même panier, c’est-à-dire ne pas hésiter à se déployer dans d’autres territoires pour être plus agile et ne pas être dépendant d’un seul marché national. » Évoquant le financement de l’innovation et leur sécurisation, Philippe Combette salue l’action de Bpifrance, « un partenaire fondamental » dans ce domaine, selon lui : « Il faut également s’interroger sur les modèles économiques à mettre en place pour financer les projets de création d’entreprise en sortie de laboratoires qui peinent à trouver des fonds et qui restent de fait très fragiles. Concrètement, nous nous battons au quotidien pour capter financeurs et industriels, en travaillant sur tous les étages de la fusée en liaison avec les collectivités qui nous soutiennent. » En guise de conclusion, Samuel Hervé plaide également pour la notion « d’adaptabilité » au détriment de la « résilience ». « L’entreprise doit s’adapter et innover en permanence pour subsister et avancer, résume le président du Medef Occitanie. Au-delà, nous sommes là pour permettre aux entreprises de bien comprendre leur écosystème en décryptant la réalité des transitions. À titre d’exemple, nous avons réuni 1 500 dirigeants autour du sujet majeur que représente aujourd’hui l’intelligence artificielle. Accompagner les transitions, qu’elles soient environnementales, énergétiques ou numériques, nécessite de créer du lien et de rendre nos territoires plus résilients. Dans ce domaine, je suis plutôt optimiste au regard des piliers de croissance dont nous disposons, que ce soit dans le domaine des énergies nouvelles, du digital ou des industries culturelles et créatives. »

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