La fédération bancaire française écarte le risque de crise du secteur
Alors que l’univers de la banque fait l’objet de toutes les attentions suite aux défaillances enregistrées récemment aux États-Unis et en Suisse, Christophe Le Pape, président du comité des banques de la Fédération bancaire française (FBF) Occitanie – et par ailleurs président du directoire de la Caisse d’Épargne Midi- Pyrénées –, répond aux questions de La Lettre M aux côtés de Maya Atig, directrice générale de la FBF. Interview exclusive.
Les difficultés rencontrées par certaines banques étrangères font l'actualité, notamment avec la faillite de la Silicon Valley Bank aux États-Unis et le rachat en urgence de Crédit Suisse. Le système bancaire français est-il menacé ?
Maya Atig : Non, les banques européennes, et notamment françaises, ne sont pas menacées. Le système est stable, solide. Il est important de revenir sur ce qui s'est passé aux États-Unis puis en Suisse au cours des dernières semaines. Tout d'abord, la Silicon Valley Bank a eu des difficultés, pour deux grandes raisons : premièrement, compte tenu de sa taille et de son caractère régional, elle n'était pas soumise au maximum des règles américaines ; et deuxièmement, elle était très concentrée dans le domaine de la tech, dans lequel les entreprises accumulent beaucoup de trésorerie pour faire face à des risques économiques très élevés. Cette faillite a conduit à quelques jours de tension sur certains marchés. Puis en Suisse, il y a eu une opération visant à maintenir la solvabilité d'une banque qui élaborait des plans stratégiques depuis quelques années déjà. Les deux cas n'ont rien à voir et il n'y a pas de mécanisme de contagion entre ces deux banques et l'immense majorité du secteur bancaire. Notre système est très diversifié et est donc beaucoup moins exposé. Il n'y a pas de crise bancaire aujourd'hui.
Christophe Le Pape : Absolument. Nos banques sont universelles et non dédiées à un secteur d'activité spécifique. Différents marchés équilibrent notre modèle économique. Même en Occitanie où le secteur est important, la banque de l'aéronautique, ça n'existe pas !
Les taux d'intérêt augmentent. Quelles peuvent être les conséquences de ce phénomène ?
C.L.-P. : Il y a depuis l'an dernier une remontée des taux assez importante, qui amène les banques, dans un souci de bonne gestion, à adapter leurs politiques commerciales et à revoir les taux, en particulier ceux des crédits immobiliers. Mais nous restons sur des niveaux relativement faibles. En réalité, nous avons été biberonnés depuis des années à des taux extrêmement bas, voire négatifs. Aujourd'hui, d'une certaine manière, la situation se renormalise. Cela reste raisonné et raisonnable.
M.A. : Concernant les crédits immobiliers, en France, les taux sont à 0,7 point de pourcentage en dessous de la moyenne de la zone euro. Le crédit reste abondant et relativement stable pour les ménages. Le marché n'est pas bloqué, même s'il y a de l'attentisme chez les emprunteurs. Les entreprises, elles, continuent à investir. Et la demande est servie puisqu'en France, 80 à 90 % des clients entreprises obtiennent tout ou large partie de ce qu'ils avaient demandé à leurs partenaires bancaires, contre 60 % en Allemagne et 53 % en Espagne. Avec en France des taux d'intérêt de l'ordre de 3 % pour les nouveaux crédits, à comparer là encore avec une moyenne de 3,7 % dans la zone euro.
Y a-t-il aujourd'hui un resserrement des conditions d'accès au crédit, en particulier pour les entreprises ?
M.A. : La liquidité est une denrée précieuse. Il peut y avoir des entreprises qui disposent déjà de matelas de liquidités importants et qui demandent encore davantage et à qui, en effet, nous n'accordons pas tout. Il n'empêche qu'en termes de réponse à la quasi-totalité de la demande, la France reste largement devant tout le monde.
C.L.-P. : Bien sûr, on peut toujours trouver des contre-exemples, mais en 2022, la croissance des crédits équipements accordés aux entreprises a été plus forte que celle des crédits immobiliers octroyés aux particuliers. Face à la succession de crises que nous affrontons, les entreprises font preuve d'une grande résilience. Elles sont agiles, s'adaptent. En Occitanie (chiffres à fin février 2023, NDLR), nous comptons 190 Md€ d'encours de crédits – ce qui représente une hausse annuelle de 6,1 % –, dont 54 Md€ d'encours de crédits équipements pour les entreprises, en croissance de 9 % sur un an. Il y a donc une belle dynamique ! S'il y a en effet un ralentissement au niveau des crédits immobiliers accordés aux particuliers, le marché des entreprises reste demandeur. Cela n'exclut pas quelques difficultés dans certains secteurs touchés notamment par la crise énergétique mais je ne vois pas les choses arriver de façon systémique. Et cela ne vient pas bouleverser le coût du risque.
Qu'en est-il du remboursement des prêts garantis par l’État (PGE) en Occitanie ?
C.L.-P. : En Occitanie, 69 000 entreprises se sont vu accorder un PGE, pour un total de 10,5 Md€. Il y a quelques demandes de conciliation liées au souhait de certaines entreprises, dans un contexte marqué par les incertitudes, d'étaler leurs échéances pour maîtriser leur trésorerie. Mais c'est plutôt de la prudence. L'objectif est de ne pas se mettre dans le rouge, d'avoir les capacités de préparer le rebond. Il n'y a pas de difficulté structurelle et généralisée en matière de remboursement des PGE.











