Karine Traval-Michelet (Toulouse Métropole) : « L’urbanisme est une question de temps long »
Alors que la loi Climat et résilience vise le zéro d’artificialisation nette d’ici à 2050 et oblige les acteurs de l’urbanisme à repenser la ville, Karine Traval-Michelet, maire de Colomiers et vice-présidente de Toulouse Métropole chargée du logement et de l’habitat, indique à La Lettre M souhaiter « prendre le temps » pour « acculturer les habitants » à ce changement de paradigme. Malgré les divergences politiques, les élus métropolitains ont tous voté le plan 2025-2026 de 32 M€ visant à soutenir la production de logements.
À l’heure où est imposé l’objectif de zéro artificialisation nette d’ici à 2050, comment repenser la ville de demain ?
Nous avons tous été formés au développement urbain, qui suppose de préempter des terrains naturels, agricoles... Avec la loi Climat et résilience, nous sommes obligés de changer de paradigme et de travailler différemment pour reconstruire la ville sur elle-même. La difficulté est de réussir à acculturer les habitants, qui certes mesurent ces enjeux, mais qui sont aussi souvent en opposition aux projets que l’on propose. Cela prend du temps, car l’urbanisme est une question du temps long. Nous avons donc travaillé sur le PLUi-H (plan local d’urbanisme intercommunal et habitat, NDLR), document qui permet de poser la politique d’urbanisme mais surtout du développement du territoire pour les dix prochaines années. Il intègre des outils permettant de travailler sur la construction de logements locatifs sociaux, en lien avec la loi zan (zéro artificialisation nette, NDLR).
En une décennie, 75 000 logements ont vu le jour dans la métropole toulousaine, dont 5 471 l’an dernier. Comment parvenez-vous à trouver des accords, au sein de Toulouse Métropole, malgré vos différentes sensibilités politiques ?
Les profils des villes et des élus des 37 communes de la Métropole ne sont pas les mêmes. Mais nous travaillons tous dans l’intérêt des habitants. C’est ce qui nous rapproche, au-delà des considérations politiciennes. Chacun a réussi, en prenant le temps, à acter du nécessaire accueil, pour pouvoir loger les familles, les personnes âgées, conserver les jeunes diplômés… Nous traversons une crise exceptionnelle qui a mis le secteur de l’immobilier à plat. La métropole joue un effet de levier, grâce au plan 2025-2026 de 32 M€ visant à soutenir la production de logements. Nous maintenons les objectifs fixés de 2 500 logements locatifs sociaux par an, mais cela reste tout de même difficile.
En décembre dernier, les élus de Toulouse Métropole ont adopté un budget primitif principal 2025 de 1,7 Md€ dans un contexte chahuté…
Lorsque nous avons adopté le budget primitif, nous vivions une situation inédite : il n’y avait pas de projet de loi de finances, l’État demandait un effort de 60 Md€ pour réduire le déficit en pointant la responsabilité des collectivités territoriales. Nous savions que nous allions subir des ponctions sans connaître les atterrissages. Le budget primitif a donc été voté pour assurer la pérennité des affaires courantes, sans prendre la mesure des éléments du projet de loi de finances. Aujourd'hui, nous savons qu’il a un impact important et que nous avons une quarantaine de millions d’euros à trouver en termes d’économies de fonctionnement.











