Jean-Philippe Madelaine (Orano Melox) : « 80 recrutement par an et un carnet de commandes sur dix ans »
En dépit de la crise sanitaire, l’usine Orano Melox (800 salariés + 600 emplois induits en sous-traitance, siège à Chusclan), filiale d’Orano Cycle, a assuré 90 % de son niveau d’activité habituelle. Par ailleurs, elle enregistre un carnet de commandes solide et un plan de charges pour les dix années à venir. Jean-Philippe Madelaine, directeur d’Orano Melox, fait le point sur les objectifs à venir, pour La Lettre M.
EDF est votre client principal, vous avez quelques clients à l’international…êtes-vous en quête de nouveaux prospects ?
J-P Madelaine : Orano Melox est spécialisée dans la fabrication d’assemblages de combustibles Mox destinés aux réacteurs de centrales nucléaires. EDF représente en effet deux tiers de notre activité. Il faut savoir que 10 % de l’électricité produite en France, l’est à partir du Mox. Les deux autres clients significatifs de Melox sont Kansai, au Japon et EPZ, aux Pays-Bas. Même si nous faisons un travail continu de prospection, ces trois clients représentent aujourd’hui un plan de charges qui prend toute la capacité de l’usine Melox sur les dix ans à venir. Notre objectif principal est donc d’ordonnancer les différentes campagnes de fabrication des assemblages.
Le maintien de ce niveau élevé d’activité implique-t-il des recrutements ?
Orano Melox recrute en moyenne 80 personnes chaque année (CDD et CDI), auxquelles s’ajoute une cinquantaine d’embauches chez nos sous-traitants, en permanence sur l’usine. En 2020, nous avons même procédé à 110 intégrations sans compter la quarantaine d’alternants. Ces recrutements permettent de remplacer les personnes qui partent à la retraite mais aussi de renforcer certains services tels que la maintenance et la conduite de procédés. Rien que sur 2019 et 2020, une quarantaine d’emplois a été créée et vingt personnes, déjà en poste, ont été détachées à la formation et ont donc dues, elles-aussi, être remplacées. Ainsi, au total, sur 2019 et 2020, il y a eu une soixantaine de créations de postes.
20 M€ sont injectés chaque année dans votre usine. À quelle fin?
Ils financent essentiellement l’amélioration capacitaire des machines et leur renouvellement. Nous travaillons aussi à des ajustements pour réduire notre empreinte carbone - bien que très faible car notre usine est déjà dédiée au recyclage – et notre consommation énergétique. Nous réfléchissons par exemple à passer à de l’éclairage en Led, à limiter encore davantage notre consommation d’eau, à remplacer les chaudières à fioul par des chaudières électriques, à doter notre parking en bornes de recharge pour véhicules électriques et à installer des ombrières photovoltaïques. En plus de cela, certains investissements exceptionnels émergent, tels que la réalisation de notre PC de crise (faisant suite au renforcement des mesures de sécurité post-accident de Fukushima, NDLR) pour 16 M€. Lancés en 2018, les travaux devraient s’achever fin 2021. En parallèle de ces investissements, l’usine comptabilise plus de 100 M€ d’achats annuels (pièces détachées, sous-traitance, fournitures, énergies…), dont 70 % dans la région.
Début 2020, vous indiquiez vouloir atteindre les 150 t de production rapidement, où en êtes-vous ?
Nous n’y sommes pas encore. En 2020, nous avons produit 90 t de combustibles. Nous visons les 145/150 t d’ici à 2023/2024.
Quelle place pour l’innovation chez Orano Melox ?
Nous poursuivons nos développements en matière d’innovation et d’open innovation. Si nous voulons continuer à attirer des jeunes talents, il n’est pas concevable de travailler sur des bases technologiques des années 90. C’est pour cela que nous avons créé un FabLab en 2019. Chaque année, environ 200 sujets sont élaborés au sein de ce FabLab. En matière de transition digitale, nous nous sommes dotés d’un outil, Melox Interactive, permettant de suivre la production de l’usine sur son smartphone, à tout moment. Nous travaillons aussi à des développements sur des métiers plus classiques tels que la radioprotection en essayant d’y intégrer des outils tels que l’IOT (Internet des objets connectés, NDLR). 60 à 70 personnes travaillent à la R&D au sein d’Orano Melox.










