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| 6/03/2026

Jean-Michel Germa (Soper) : « Nous mettons l’industrie lourde au service de la transition énergétique »

© VC

À la tête du groupe héraultais, Soper qui fournit des services industriels liés à la transition énergétique, Jean-Michel Germa évoque dans un entretien exclusif accordé à La Lettre M la stratégie de développement de l’entreprise dans la production de carburant de synthèse, et ses perspectives de croissance sur le marché mondial.

Quelle est l'activité de Soper ?
Elle se divise en deux pôles : industriel et financier. Avec plus de 300 M€ d’actifs et 50 collaborateurs, Soper possède deux filiales : MGH Energy et SuntiMGH Energy développe des carburants de synthèse renouvelables dédiés aux secteurs des transports, maritime et aérien. Sunti se concentre sur la production d’énergie photovoltaïque pour les industriels et les collectivités, ainsi que sur la réhabilitation de sites, l’optimisation des activités agricoles et les solutions agrivoltaïques.

MGH Energy vient d’annoncer un projet d’usine de carburants de synthèse. Quelle est sa nature ?
Nous avons remporté un appel à projets lancé par la communauté d’agglomération du Gard rhodanien et la commune gardoise de Laudun-l’Ardoise pour redonner vie à l’ancien site sidérurgique Ugine Aciers, fermé depuis 2004. Il s’agit d’une zone de 35 hectares labellisée en 2024 par l’État « site clé en main France 2030 ». Nous développons sur ce foncier un projet d’usine de production de e-fuel ou carburant de synthèse qui représente 1 Md€ d’investissement. Sa mise en service est prévue à horizon 2031.

Quelles sont les caractéristiques de ce projet ?
Il s’agit avant tout d’un projet d’industrie lourde, plus que d’innovation, au service de la transition énergétique. Il consiste en la réalisation d’une usine de production d’e-fuels d’une capacité de 120 000 tonnes de carburants de synthèse par an. Nous tablons sur 70 000 tonnes de e-kérosène et 50 000 tonnes de e-méthanol, cela dépendra de la demande finale. Ce site industriel comptera à terme un effectif de 200 personnes. La construction de l’usine est prévue à compter de 2028 et mobilisera environ 400 emplois directs. La durée de ce chantier d'aménagement est de 30 mois. Près de 25 hectares seront affectés à la production industrielle et une dizaine à des installations annexes : parcs photovoltaïques, aires de stationnement, bureaux aménagés dans du bâti existant. Les premiers appels d’offres seront lancés au second semestre 2027. Entre temps, il faut que les industriels qui ont une technologie ou un service à nous proposer viennent nous rencontrer. Notre ambition consiste davantage à développer un cadre de collaboration, plus qu’une mise en concurrence. Ainsi, l’usine va s’appuyer sur la technologie de l’entreprise biterroise Genvia (électrolyseur). Grâce à un partenariat pilote, Genvia va pouvoir développer une installation de grande puissance de 20 MW, sur les 300 MW qui seront produits sur le site. Nous avons déjà présélectionné des bureaux d’études.

Comment se profile la mise en œuvre de ce chantier industriel ?
Nous allons créer une société de projet et sommes actuellement en phase de préconception technique pour dimensionner les installations. En parallèle, nous recherchons des subventions, des partenaires en fonds propres et de futurs acheteurs de carburant de synthèse. Les appels d’offres donneront lieu à des lettres d’intention, puis des protocoles d’accord avec les parties prenantes – acheteurs issus des secteurs maritimes ou aériens, banques, investisseurs, industriels... – avant de passer à la phase des contrats. Nous sondons des partenaires pour nous fournir en carbone, tels que des cimentiers, des unités de valorisation d’énergie, des papèteries. Nous allons également utiliser les infrastructures portuaires de Laudun-l'Ardoise afin d’approvisionner l’usine en carbone et exporter le e-carburant.

Comment se finance un tel projet ?
Le financement sera composé de dette bancaire à hauteur de 60 %, et à 40 % de fonds propres, soit 400 M€ à trouver ! Les fonds peuvent provenir de subventions nationales et européennes liées à l’innovation, ainsi que de capitaux propres de MGH Energy. L’investissement de départ est conséquent car comme pour l’éolien, il faudra entre 20 et 25 ans pour que les carburants de synthèse deviennent une énergie compétitive et moins chère que les énergies fossiles. Seule une règlementation coercitive conduira à terme à accroître la consommation de carburant de synthèse pour amortir les investissements.

Avez-vous d’autres projets similaires pour appuyer votre développement ?
Oui, notre filiale MGH Energy Maroc développe le projet Janassim, qui prévoit la construction d’une usine de production de carburants de synthèse renouvelables à Dakhla-Oued Ed-Dahab. Cette usine devrait produire 190 000 tonnes de e-méthanol et 70 000 tonnes de e-kérosène par an, en s’appuyant sur 2,2 GW d’énergies renouvelables (éolien et photovoltaïque, NDLR). Ce projet a d’ailleurs servi de matrice au projet de Laudun-l’Ardoise. Cette future usine électrique, située au milieu du désert sur 30 000 hectares, représente un investissement total de 2 Md€. Sa mise en service est prévue en 2032. Nous avons un pré-accord du gouvernement du Maroc. En concurrence avec d’autres opérateurs, nous attendons la confirmation du comité national d’investissement. Il est prévu une seconde tranche, représentant un investissement de 5 Md€, pour laquelle nous sommes mobilisés avec des partenaires dont un groupe belge. Nous avons également d’autres projets, moins avancés, en Australie, au Portugal, aux États-Unis, à Oman ou encore en Namibie.

Véronique Coll / coll@lalettrem.net
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