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| 4/11/2025

Guillaume Pépy : « L’argent public n’est plus la solution »

© Cément Axel Manes

Président de la cérémonie des Masters Montpellier de La Lettre M organisée le 3 novembre au Pasino de La Grande Motte, Guillaume Pépy, ex-président de la SNCF (de 2008 à 2019), ex-président du réseau Initiative France, président du conseil d’administration d’Emeis (ex-Orpea) et président du conseil de surveillance d’EM Lyon Business School, a évoqué les grands enjeux économiques nationaux et leur impact en Occitanie. Morceaux choisis.

Mobilités, formation ou développement économique… Devant plus de 800 décideurs du territoire venus assister à la cérémonie 2025 des Masters Occitanie Est de La Lettre M, Guillaume Pépy a tout d’abord évoqué ses convictions de dirigeant d’entreprises forgées au fil de son expérience professionnelle. « Je crois à la valeur des territoires, explique-t-il d’emblée. Dans le cadre de mes fonctions à la SNCF, j’ai rencontré beaucoup d’élus d’Occitanie avec qui j’ai eu la chance travailler sur des grands dossiers liés au transport, tels que les TER, les autoroutes ferroviaires ou les lignes à grande vitesse. » Autre « fil rouge » ayant guidé son action à la tête de plusieurs grands groupes nationaux, la valeur de l’’entrepreneuriat : « Les entreprises, leurs salariés et leurs clients sont devenus le moteur de la transformation du pays », résume Guillaume Pépy. 

« Le transport va coûter plus cher » 
Interrogé sur la question des mobilités, l’ancien président de la SNCF constate que si le train « a le vent en poupe », les investissements liés au développement des infrastructures ferroviaires représentent un défi majeur : « Leur coût est énorme en comparaison à celui des routes. Dans le ferroviaire, la contribution des utilisateurs ne suffit pas à compenser les besoins en financement. De fait, il manque entre 1,5 à 3 Md€ par an pour débloquer les nœuds de blocage du trafic et faire circuler plus de trains. Plus largement, il est impossible de proposer une offre ferroviaire de qualité avec les moyens financiers actuels. Il va falloir davantage d’argent pour entretenir et développer le réseau ferroviaire ! » Autre constat selon lui, la nécessaire réorganisation des flux dans un contexte de transition environnementale et énergétique. Là encore, Guillaume Pépy, pointe son impact financier. « Le rééquilibrage entre la route, mode de transport dominant dans tous les pays européens, et le transport ferroviaire de marchandises ou de passagers va être douloureux, prévient-il. Les citoyens et les entreprises vont forcément payer plus cher un mode de transport plus écologique tel que le ferroviaire ! »  Illustration avec le projet de ligne nouvelle Montpellier-Perpignan (LNMP) : « Un kilomètre de ligne à grande vitesse coûte 44 M€ soit l’équivalent de la construction d’un lycée neuf. Le coût de ce projet long de 150 kilomètres s’élève donc à 6 Md€. Cette ligne verra peut-être le jour, mais le vrai débat porte sur la part de financement public qui seront alloués à la grande vitesse ferroviaire par rapport à d’autres projets d’infrastructures publiques. Ce sont les élus qui décideront de leur affectation. » 

Relever le défi de la formation
Autre thématique développée par Guillaume Pépy, celle du développement économique régional. « Il fallait créer la grande région Occitanie qui rend ce territoire plus fort et où l’ex-Languedoc-Roussillon a toute sa place, analyse-t-il. Par ailleurs, les élus et plus largement l’ensemble des acteurs économiques ont fait le choix des bonnes filières économiques en choisissant les bons créneaux de l’industrie et des services de demain. Et tous les acteurs, publics et privés, sont capables de travailler ensemble. Il existe également en Occitanie un écosystème entrepreneurial et institutionnel qui fonctionne bien, de l’université aux entreprises. Cependant, le défi majeur à relever par cette région est celui de la formation. Les entreprises doivent pouvoir trouver ici les talents qui leur permettront de se développer. » Toujours en matière de développement économique, le dirigeant plaide également pour l’accompagnement des PME et des ETI par les grands groupes implantés dans la région, à l’image d’Airbus dans l’aéronautique ou Newrest dans les services. « Ces grandes entités ont la capacité d’aider les plus petites structures grâce par exemple à l’apport de fonds propres, ou par des contrats de co-traitance ou de sous-traitance. L’argent public des collectivités locales ou de l’État n’est plus la solution pour accompagner financièrement le développement des TPE, des PME ou des ETILa réponse réside dans la solidarité entre entreprises ! »    

David Danielzik / danielzik@lalettrem.net
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