Futur réseau hydraulique Aqua Littoral : une étude pointe un déficit de 100 Mm3 à horizon 2070
Les résultats de la phase 1 de l’étude du réseau hydraulique régional Aqua Littoral présentée à Narbonne révèle un manque d’eau estimé à 100 millions de m3 d'ici à 2070, « démontrant l’intérêt d’étendre le réseau à l’Aude et aux Pyrénées-Orientales. » Cette étude sur le transfert d’eau du Rhône copilotée et cofinancée par la Banque des Territoires et l’Agence de l’eau, les Départements de l’Aude et des Pyrénées-Orientales, et la Région Occitanie a permis d’identifier les besoins en eau et de sécurisation de l’approvisionnement face aux enjeux climatique. La phase 2 organisée de mars à décembre 2026 portera sur les besoins, périmètres, coûts, prix et faisabilité technique, en lien avec l’opérateur BRL.
Baisse de l’hydrologie naturelle
L’étude réalisée par Eaucea, Acteom et Ingéeau dévoilée mi-février, démontre l’accentuation du changement climatique avec « une baisse inéluctable de l’hydrologie naturelle » estimée entre 25 % et 48 % durant l’été à horizon 2070. Le besoin en eau par hectare irrigué va augmenter de 15 à 30 % sur la période. Si l’étude a envisagée quatre trajectoires différentes, il n’existe pas une solution miracle, soulignent ses auteurs. « L’eau est un bien précieux et sécuriser la ressource est devenu un modèle de développement durable, assure Carole Delga, présidente de la région Occitanie qui dispose de deux réseaux hydrauliques régionaux Aqua Domitia, dont Aqua Littoral sera une extension, et Riveo côté ouest de l’Occitanie. Le réseau Aqua Domitia ne pourra pas amener l’eau partout. Il faudra user de sobriété dans les usages à savoir utiliser l’eau au bon moment et dans la bonne quantité. Les pratiques vertueuses devront être amplifiées avec l’appui des technologies. Pour cela il y a une condition, adapter la règlementation des procédures administratives. » Pour Pierre-André Durand, préfet de la région Occitanie, « le réseau Aqua Littoral, véritable outil d'aménagement du territoire, sera nécessaire à condition de faire preuve de sobriété et de solidarité entre les usages. » Dans le cadre des différents plans eau et résilience déjà lancés, des solutions sont d’ores et déjà déployées sur les territoires : économies d’eau, réduction des pertes et optimisation des réseaux de transfert, ouvrages de stockages, comme le maillage de Villeneuve-de-la-Raho (66) et de Vinça (66), projets portant sur la réutilisation des eaux usées traitées. Dans l’Aude, Hélène Sandragné, la présidente du Département se dit convaincue de « la nécessité d’agir pour protéger et anticiper les besoins en eau car il en va de la survie du territoire. Le projet Aqua Littoral est essentiel et doit s’intégrer aux différents projets territoriaux. »
Maîtrise d’ouvrage collective
Face aux demandes en augmentation relative à l'alimentation en eau potable ou à l’irrigation des cultures, « la nécessité d’une maîtrise d’ouvrage complémentaire – Région, Département, intercommunalités... est envisagée. Nous travaillons ce sujet également avec l’Europe. Nous devons également convaincre le gouvernement pour élargir ce pack au milieu économique et professionnel », souligne la présidente d ela Région Occitanie qui a investi 311 M€ dans l’aménagement hydraulique, dont un tiers uniquement consacré aux usages agricoles. Pour la présidente du Département des Pyrénées-Orientales, Hermeline Malherbe « Aqua Littoral nécessite des ajustements et une coordination afin de mobiliser les financements nécessaires dans un cadre juridique adapté ». L’inquiétude liée au financement a été en partie balayée par le directeur de la banque des territoires d’Occitanie, Patrick Martinez qui a assuré que le financement n’est pas un problème : « Nous disposons de 4 Md€ pour la période 2024-2028. Ce territoire est par ailleurs ciblé comme prioritaire en matière de financement ».
Les conditions de réussite
Pour le cabinet d’études, « les conditions de réussite résulteront d’un travail de tamis afin d’affiner le besoin en eau, de mesurer les efforts de sobriété par les usagers, repenser le partage de l’eau par rapport à la géographie littorale du territoire, penser un maillage des infrastructures hydrauliques, portage partagé des investissements et trouver un modèle économique car l’eau ne sera pas gratuite. Enfin, une gouvernance collective du réseau contribuera à la réussite du projet à travers un cadre transparent ». « Afin que l’extension de ce réseau soit bel et bien un levier d’adaptation des territoires au changement climatique, une vision collective de la gouvernance est indispensable. Cette gouvernance devra intégrer l’ensemble des usagers et des acteurs pour garantir les modalités de répartitions entre usages et territoires. Les décisions d’affectation de ces ressources stratégiques devront être prises dans un cadre concerté et transparent. Ce projet d’extension du réseau hydraulique existant est avant tout un projet de territoire, pour les élus et les usagers, qui nécessite leur implication pleine et entière », a conclu Pierre-André Durand, préfet de la région Occitanie.











