Fusion des activités spatiales d’Airbus, Thales et Leonardo : les syndicats oscillent entre espoirs et craintes pour l’emploi
Après l’annonce, le 23 octobre, de la signature d’un protocole visant à regrouper les activités spatiales d’Airbus, Thales et Leonardo, les forces syndicales oscillent entre optimisme, prudence et craintes. C’est en particulier le sujet de l’emploi qui cristallise les inquiétudes, dans un secteur impacté par les réductions d'effectifs. En Occitanie, Airbus Defence and Space compte environ 5 000 salariés, tandis que Thales Alenia Space représente un effectif de 2 700 personnes et Telespazio France 500 collaborateurs. La nouvelle entité, qui pourrait voir le jour à horizon 2027, compterait 25 000 salariés en Europe, représentant 6,5 Md€ de chiffre d’affaires annuel, avec un carnet de commandes équivalent à plus de trois ans de CA.
« Créer un monopole »
Dès le 21 octobre, alors que le rapprochement entre les trois géants du spatial n'était pas encore officialisé, la CGT Métallurgie mettait en garde dans un communiqué contre cette fusion. Pour le syndicat, la « vraie raison du projet » est de « créer un monopole permettant d’imposer ses prix et d’affaiblir le pouvoir des agences (Cnes, ESA), d’augmenter les marges et les bénéfices pour les actionnaires, au détriment de l’intérêt des citoyens, de la gouvernance publique du secteur et de l’emploi ». Et d’alerter sur « les plans de suppressions d’emplois en cours qui mettent en péril le maintien des compétences, la capacité à exécuter les nombreux contrats déjà signés et à se projeter vers l’avenir, avec un vrai impact économique et social sur les territoires », tout en assurant que « les effectifs d’Airbus Defence and Space et de Thales Alenia Space ont déjà diminué de plus de 400 et 700 personnes respectivement depuis début 2024 ».
Une fusion qui « ne peut être synonyme de perte d’emploi »
Pour la Fédération FO Métaux, ce mariage « ouvre la voie à un nouvel équilibre industriel, à condition qu’il reste guidé par deux impératifs : la souveraineté européenne et la préservation des savoir-faire français ». Mais, insiste le syndicat dans un communiqué publié le 23 octobre, « sa réussite repose sur une gouvernance claire, garantissant un pilotage européen autonome et une implication durable de l’État en tant qu’actionnaire stratégique ». Pour FO Métaux, « la logique financière de court terme ne saurait présider à la conduite d’un secteur aussi vital pour la sécurité nationale, la connectivité et la transition environnementale ». Pour le syndicat, cette fusion annoncée « ne peut être synonyme de perte d’emploi ni d’appauvrissement industriel. Au contraire, elle doit permettre de consolider les compétences, mutualiser les investissements en R&D et industrialiser les innovations issues du NewSpace (spatial d’initiative privée, NDLR) au bénéfice de toute la filière. »
Le spectre des suppressions de poste
De son côté, la CFE-CGC AED (Aéronautique, Espace, Défense) se veut prudente. « Ce projet de fusion, qui date de plus de vingt ans, est revenu sur le devant de la scène depuis que les deux sociétés Airbus Defence and Space et Thales Alenia Space se sont retrouvées en grande difficulté, avec des pertes majeures et des réductions d’effectifs très importantes, commente le 23 octobre le syndicat dans un communiqué. L’objectif recherché est de mettre un terme à la concurrence fratricide que se livrent les deux sociétés, d’éviter la duplication (et donc la dispersion) des budgets d’investissements et de R&D (…) et de donner à la nouvelle entreprise une taille bien supérieure à celle de chacune des deux sociétés actuelles isolées, afin d’être plus à même de résister à la concurrence extra-européenne. » Mais si, pour la CFE-CGC, la fusion peut bel et bien « permettre d’atteindre ces objectifs », elle pourrait également entraîner « très probablement un nombre de suppressions de postes important » puisque, les deux entreprises étant positionnées sur des activités très proches, les « doublons de postes » et « de compétences » sont « nombreux ». Ainsi, devant les perspectives de croissance du marché spatial, la CFE-CGC souhaite qu’Airbus, Thales et Leonardo s’interdisent « tout départ contraint des salariés » et préservent leurs outils industriels.
Contactés par La Lettre M au sujet des conséquences potentielles de ce regroupement pour les sites occitans des trois entités, Airbus, Thales et Leonardo n'ont pas encore répondu à nos sollicitations.











